Scandale hospitalier en Écosse : Des infections mortelles liées à un système d’eau contaminé, un deuil et une quête de vérité
Glasgow, Écosse – Un scandale sanitaire majeur secoue l’Écosse, révélant des infections graves, voire mortelles, chez des enfants atteints de cancer, liées à un système d’eau contaminé dans le Queen Elizabeth University Hospital (QEUH) de Glasgow. Après des années de dénégations, le NHS Greater Glasgow and Clyde a finalement admis cette semaine que des infections survenues chez 84 jeunes patients, dont deux sont décédés, étaient probablement causées par cette contamination.
L’histoire de Molly Cuddihy, décédée l’été dernier à l’âge de 19 ans, est au cœur de cette tragédie. Diagnostiquée à 15 ans d’un cancer des os rare, Molly a été soignée au Royal Hospital for Children et au QEUH. Son père, John Cuddihy, témoigne avec émotion : « Molly voulait juste que l’on reconnaisse ce qu’elle avait traversé. » Il souligne que les soins cliniques prodigués à sa fille étaient « de classe mondiale », mais que « les principes de base d’un environnement sûr et sécurisé dans lequel ces cliniciens pouvaient opérer étaient tout simplement absents ».
Le QEUH, un hôpital ultramoderne construit pour 842 millions de livres sterling et inauguré en 2015, était présenté comme un fleuron de la santé écossaise. Pourtant, dès 2018, des problèmes d’infrastructure étaient signalés. John Cuddihy se souvient que sa fille, même adolescente, était capable de constater les défauts du bâtiment.
Des lanceurs d’alerte avaient pourtant alerté la direction de l’hôpital et du conseil de santé sur des problèmes de contrôle des infections dans les systèmes d’eau et de ventilation. Leurs préoccupations ont été ignorées, voire minimisées, pendant des années. « On nous a menti, dénigrés, humiliés et calomniés », dénoncent les familles des victimes dans une déclaration cinglante.
L’aveu tardif du NHS Greater Glasgow and Clyde a été qualifié de « trop peu, trop tard » par les familles et les lanceurs d’alerte. « Le fait que Molly n’ait jamais entendu ces mots est encore plus douloureux », confie John Cuddihy.
L’enquête publique, ordonnée par l’ancienne secrétaire d’État écossaise à la Santé, Jeane Freeman, a révélé que la pression avait été exercée pour ouvrir l’hôpital à temps et dans les limites du budget, malgré des tests en décembre 2014 qui avaient révélé la présence de microbes dans l’eau. Le conseil de santé a également admis qu’il ne disposait pas de personnel suffisant pour gérer le nouveau campus tentaculaire.
Le leader du Parti travailliste écossais, Anas Sarwar, a dénoncé ce scandale comme « le plus grand scandale de l’histoire du Parlement écossais » et a appelé à une enquête criminelle impliquant les ministres du gouvernement écossais responsables à l’époque, dont Nicola Sturgeon et John Swinney. Il a également souligné le cas de Milly Main, une fillette de 10 ans décédée en 2017 après avoir contracté une infection lors de son traitement contre la leucémie. (Voir le témoignage de sa mère ici : https://www.theguardian.com/society/2019/nov/29/mother-blames-glasgow-hospital-bosses-for-girls-death-after-infection).
Le NHS Greater Glasgow and Clyde a présenté ses excuses, affirmant être une « organisation très différente » aujourd’hui. Cependant, John Cuddihy reste sceptique : « Où sont les résultats concrets ? Et si nous formulons des recommandations aujourd’hui, qui sera là pour s’assurer qu’elles sont mises en œuvre ? »
Une enquête pour homicide involontaire corporatif est en cours concernant les décès de Milly Main, de deux autres enfants et d’une femme de 73 ans survenus dans l’hôpital. Les procureurs enquêtent également sur le décès de Molly Cuddihy.
Le rapport final de l’enquête publique est attendu plus tard cette année. En attendant, les familles des victimes continuent de se battre pour la vérité et pour que justice soit rendue, afin que de telles tragédies ne se reproduisent plus. Elles exigent que la direction actuelle et passée du NHS Greater Glasgow and Clyde « rende des comptes » et mettent en garde contre le fait que le QEUH « n’est pas un hôpital sûr » et que sa direction actuelle « ne peut pas être considérée comme digne de confiance pour le rendre sûr ».
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