Israël : La crise de la conscription s’aggrave, 80 % des fraudeurs sont ultra-orthodoxes
Jérusalem – La crise de la conscription en Israël s’est intensifiée, avec une augmentation spectaculaire du nombre de jeunes hommes évitant le service militaire obligatoire, et une proportion écrasante de ces fraudeurs issus de la communauté ultra-orthodoxe. Selon des données présentées mardi devant la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, jusqu’à 80 % des personnes actuellement classées comme fraudeurs sont des membres de la communauté Haredi.
Le général de brigade Shay Tayeb, chef de la division de la planification et de la gestion du personnel de l’armée israélienne (IDF), a révélé que le nombre total de personnes désignées comme fraudeurs ou ayant reçu une “Ordre 12” – une notification envoyée à ceux qui ne se présentent pas pour leur service militaire – a grimpé à 68 000, une augmentation alarmante par rapport aux 13 000 enregistrés il y a seulement deux ans.
Ces chiffres interviennent alors que l’IDF est confrontée à une pénurie urgente de personnel, exacerbée par la guerre à Gaza et d’autres défis sécuritaires. L’armée estime avoir besoin d’environ 12 000 nouvelles recrues pour maintenir ses effectifs.
Selon le général Tayeb, 49 % des fraudeurs identifiés sont Haredi, et on estime que 25 à 30 % supplémentaires le sont probablement, sur la base de critères tels que leur parcours éducatif. Moshe Tur-Paz, membre de la Knesset pour le parti Yesh Atid, a souligné l’ampleur du problème, affirmant que la proportion de fraudeurs Haredi est “trois à quatre fois supérieure à leur part relative dans la population”.
La situation est d’autant plus délicate qu’elle coïncide avec le débat sur un projet de loi controversé visant à codifier les exemptions de service militaire pour les étudiants à temps plein des yechivot (écoles talmudiques). Ce projet de loi, soutenu par les partis religieux au sein de la coalition gouvernementale, prévoit des objectifs de conscription modestes pour la communauté Haredi dans son ensemble.
Cependant, ce projet de loi a suscité de vives critiques de la part de hauts responsables de l’IDF, du bureau du procureur général et d’autres observateurs, qui le jugent truffé de lacunes et inefficace pour répondre aux besoins de l’armée. Ils craignent que le projet de loi ne perpétue les inégalités en matière de service militaire et ne creuse davantage le fossé entre les différentes composantes de la société israélienne.
La Cour suprême d’Israël a jugé illégales les exemptions automatiques dont bénéficiaient traditionnellement les étudiants Haredi à temps plein en 2024, ce qui a conduit l’IDF à envoyer des convocations à des dizaines de milliers de jeunes Haredi auparavant exemptés. La communauté Haredi, par l’intermédiaire de ses dirigeants, fait pression pour maintenir ces exemptions, arguant que l’étude religieuse est une contribution essentielle à la société.
Cette crise de la conscription met en lumière les tensions profondes au sein de la société israélienne concernant le partage du fardeau du service militaire et la place de la communauté Haredi dans l’État. Elle soulève également des questions fondamentales sur l’avenir de l’armée israélienne et sa capacité à faire face aux défis sécuritaires croissants.
[Image de Brig. Gen. Shay Tayeb s’adressant à la Knesset, légende : Brig. Gen. Shay Tayeb, chef de la division de la planification et de la gestion du personnel de l’IDF, s’adresse à la commission des affaires étrangères et de la défense de la Knesset, le 14 décembre 2025. (Yonatan Sindel/Flash90)]
[Image de Moshe Tur-Paz lors d’une conférence à la Knesset, légende : Moshe Tur-Paz, membre de la Knesset, lors d’une conférence à Jérusalem le 19 janvier 2026. (Yonatan Sindel/Flash90)]
Source : The Times of Israel
