Home ÉconomieEuro chute : vers 1,15$ face aux tensions géopolitiques

Euro chute : vers 1,15$ face aux tensions géopolitiques

L’euro en chute libre face à la crise iranienne et à la menace énergétique

Paris – L’euro s’effondre face au dollar, atteignant de nouveaux plus bas en 2026, alors que les tensions au Moyen-Orient s’intensifient avec l’escalade du conflit impliquant les États-Unis et Israël contre l’Iran. La monnaie unique européenne a plongé de plus de 1,5% par rapport au dollar, s’échangeant à proximité de 1,1570 ce mardi, prolongeant les pertes importantes enregistrées la veille.

Cette dépréciation de l’euro est directement liée à la vulnérabilité de l’Europe face aux perturbations de l’approvisionnement énergétique, contrairement aux États-Unis qui sont un exportateur net d’énergie. La crainte d’une fermeture du détroit d’Ormuz et d’une interruption de la production de gaz naturel liquéfié (GNL) au Qatar, suite à des frappes iraniennes, pèse lourdement sur les marchés.

Les contrats à terme sur le gaz naturel européen ont explosé de plus de 70% en deux séances de trading. Le contrat néerlandais TTF a dépassé les 62 euros par mégawatheure après la suspension de la production de QatarEnergy au complexe de Ras Laffan. Cette situation rappelle la crise énergétique de 2022, lorsque la Russie a utilisé ses livraisons de gaz comme arme, poussant l’euro sous la parité face au dollar.

Le dollar, perçu comme une valeur refuge en période d’incertitude géopolitique, a bénéficié de ces tensions. Il a gagné 1,7% au cours des cinq derniers jours, atteignant son plus haut niveau depuis un mois, à 99,42. Les stratégistes de Mizuho soulignent que la crise actuelle contraint les investisseurs à revenir vers la liquidité du dollar, annulant les efforts de dédollarisation observés ces derniers temps. Les règlements, la couverture et les achats d’énergie se font en dollars, ce qui renforce la demande pour la devise américaine.

Les données du Commitment of Traders (COT) de la CFTC confirment cette tendance. Les positions nettes longues sur l’euro ont diminué de 36 000 contrats la semaine dernière, principalement en raison de la liquidation de positions existantes plutôt que de la prise de nouvelles positions courtes.

L’inflation dans la zone euro, qui s’est élevée à 2,4% en février, a ajouté une couche de complexité à la situation. Bien qu’une inflation plus élevée puisse normalement être favorable à l’euro en réduisant la probabilité de baisses de taux d’intérêt par la Banque centrale européenne (BCE), dans le contexte actuel, elle est alimentée par les coûts énergétiques qui nuisent à l’activité économique européenne. Les ventes au détail allemandes ont déjà montré une baisse plus forte que prévu au début de 2026, et l’indice Stoxx 600 a chuté de 3,34% ce mardi.

La BCE se trouve dans une situation délicate. Baisser les taux d’intérêt dans un contexte de choc stagflationniste lié à l’énergie risquerait d’aggraver la faiblesse de l’euro et de stimuler l’inflation importée. Maintenir les taux élevés pourrait étouffer une reprise déjà fragile. Le marché penche actuellement pour la thèse selon laquelle les dommages à la croissance finiront par l’emporter, ce qui explique la chute de l’euro malgré la hausse de l’inflation.

La livre sterling est également touchée par cette dynamique, chutant à des plus bas de trois mois face au dollar. Les gestionnaires d’actifs ont augmenté leurs positions nettes courtes sur la livre sterling à près d’un niveau record.

Cette faiblesse synchronisée de l’euro et de la livre sterling confirme qu’il s’agit d’un événement de force du dollar, lié aux risques géopolitiques et à la remontée des prix de l’énergie, et non d’une histoire spécifique à l’euro ou à la livre sterling. Les devises qui ne sont pas le dollar ou liées aux exportations de matières premières sont vendues.

Les marchés financiers anticipent désormais une probabilité plus faible de baisses de taux d’intérêt par la Réserve fédérale américaine. La probabilité que la Fed maintienne ses taux inchangés lors de sa réunion de juin est passée à 53,5%, contre 42,7% vendredi. Le prix du baril de pétrole a dépassé les 85 dollars, et le prix du gaz naturel a bondi de 8,24%. Les coûts de production des usines augmentent rapidement, ce qui rend de nouvelles baisses de taux difficiles à justifier. Certains analystes évoquent même la possibilité que la Fed doive envisager des hausses de taux si le prix du pétrole reste élevé.

Pour l’euro, c’est un double coup dur. La Fed se montre plus hawkish, tandis que la BCE est confrontée à des pressions pour assouplir sa politique monétaire dans un contexte d’économie européenne affaiblie. L’écart de taux d’intérêt s’élargit en faveur du dollar, ce qui exerce une pression constante à la baisse sur l’euro.

Les analystes recommandent de vendre l’euro aux niveaux actuels, avec un objectif initial de 1,1500. Si le détroit d’Ormuz reste bloqué et que les prix du gaz européen restent élevés, 1,1400 pourrait devenir un objectif réaliste dans les deux prochaines semaines. Le seul scénario qui pourrait inverser cette tendance serait un cessez-le-feu rapide ou une réouverture du détroit, ce qui semble peu probable compte tenu des projections du président Trump concernant une opération militaire de quatre à cinq semaines.

You may also like

Leave a Comment

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.