Des dizaines de manifestants ont afflué dans les rues de Madrid et de Barcelone au début d’octobre 2026, réclamant un contrôle des loyers et le départ de responsables après l’expulsion dramatique et le décès ultérieur de María del Carmen Abascal, une résidente de 87 ans devenue le symbole national d’une crise du logement jugée intenable.
L’expulsion de Maricarmen et les manifestations à Madrid
La mort de María del Carmen Abascal, connue sous le nom de Maricarmen, a mis le feu aux poudres dans tout le pays. L’octogénaire a été expulsée le 23 septembre 2026 de son domicile qu’elle occupait depuis sept décennies dans le centre de Madrid.
Ce décès a immédiatement mobilisé la population. Environ un millier de manifestants ont dressé des tentes sur la Puerta del Sol, l’une des places les plus fréquentées de la capitale, y campant pendant plus d’une semaine. Les protestataires exigent des mesures législatives d’urgence pour protéger les locataires. Des rassemblements massifs ont suivi, notamment le samedi 3 octobre, où les cortèges ont brandi des pancartes explicites, dont l’une proclamait : À la recherche d’un appartement, vends un rein
.
Comme l’a déclaré Alejandra Osés, étudiante en écriture créative, selon DNYUZ : « Maricarmen a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. »
À l’instar d’Alejandra Osés, 22 ans, qui partage un appartement à Madrid pour un loyer mensuel de 1 500 euros, soit environ 1 680 dollars, de nombreux jeunes décrivent un parcours du combattant pour se loger.
La flambée des loyers face à la stagnation des salaires
Au cœur de la colère se trouve un déséquilibre économique profond. Seulement 20 % des Espagnols louent leur résidence principale, un mode d’habitat en progression constante alors que l’accession à la propriété, traditionnellement ancrée dans la culture du pays, devient inaccessible. Selon les données de la presse nationale, les loyers ont grimpé de 87 % depuis 2015, tandis que les salaires n’ont augmenté que de 28 %.
Cette distorsion pèse lourdement sur les ménages. Santiago Larraín, un immigrant chilien de 22 ans étudiant l’art dramatique, vit dans un deux-pièces en banlieue de Madrid avec sa mère — qui travaille comme femme de ménage — et ses deux frères et sœurs. Leur loyer s’élève à environ 1 345 dollars par mois. Je suis ici aujourd’hui parce que j’ai une mère,
a-t-il déclaré, craignant que sa famille ne subisse le même sort que Maricarmen.
D’autres résidents ressentent la même pression financière. Fernando Manjón, 29 ans, employé dans une organisation à but non lucratif avec un salaire mensuel de 1 900 dollars, loue un appartement pour 1400 dollars. Il a échappé de peu à une augmentation de loyer imposée par son propriétaire. La vie est déjà difficile,
a-t-il commenté. Payer un loyer, vivre à Madrid et vouloir ensuite économiser pour autre chose, ça devient de plus en plus dur.
Les répercussions politiques et les élections anticipées
La crise immobilière a immédiatement bousculé l’agenda politique national. Le rejet par les parlementaires de mesures d’urgence destinées à réguler le marché a provoqué une onde de choc. Quelques heures plus tard, le Premier ministre Pedro Sánchez a annoncé la convocation d’élections générales anticipées, espérant capitaliser sur la colère populaire pour obtenir une majorité parlementaire capable de légiférer sur le logement.
Cependant, le pari comporte des risques politiques considérables.
Pendant que les formations politiques s’affrontent, la contestation ne faiblit pas dans la rue. À Barcelone, des heurts avec les forces de l’ordre ont éclaté, des manifestants allant jusqu’à incendier des conteneurs à ordures au lendemain de l’annonce du scrutin anticipé, illustrant la tension persistante dans les grandes métropoles espagnoles.
Une contagion qui touche les quartiers périphériques
Le phénomène de spéculation et de hausse des prix ne se limite pas aux centres historiques prisés par les touristes. Dans les quartiers périphériques de Madrid, comme à San Blas, l’augmentation des loyers bouleverse des zones traditionnellement ouvrières.
Alfonso Lechón, un enseignant retraité de 72 ans, observe cette évolution avec inquiétude. Propriétaire depuis 1982 d’un logement dans cet arrondissement, il constate que les loyers dans son immeuble, construit à l’origine par une coopérative de chauffeurs de taxi, ont presque doublé pour dépasser 1 345 dollars mensuels. La folie nous a atteints là aussi,
confie-t-il, réclamant que le logement soit constitutionnellement reconnu comme un droit fondamental au même titre que l’éducation et la santé.
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