Le marché du travail américain ralentit : les chiffres de janvier pourraient redéfinir le récit économique de Trump
Washington – Les données sur l’emploi aux États-Unis, publiées ce mercredi, devraient révéler un ralentissement marqué du marché du travail américain au cours de l’année écoulée. Les révisions des données mensuelles de 2025, combinées au rapport de janvier, offriront une image plus précise d’une période où la création d’emplois a visiblement perdu de son élan.
Le Bureau of Labor Statistics (BLS) publiera son rapport à 8h30, heure de l’Est. Les analystes s’attendent à une création nette de seulement 55 000 emplois pour le mois de janvier, avec un taux de chômage stable à 4,4%. Si ces prévisions se confirment, janvier marquerait le quatrième mois consécutif de création d’emplois inférieure à 60 000, une tendance inquiétante qui pourrait influencer le discours économique du président Donald Trump à l’approche des élections de mi-mandat de 2026.
Ces révisions annuelles sont une pratique courante du BLS, qui intègre des données plus complètes provenant des États pour affiner ses estimations. L’an dernier, une estimation préliminaire avait déjà anticipé une réduction de plus de 900 000 emplois une fois toutes les données d’état disponibles.
Une administration sur la défensive
L’administration Trump ne reste pas passive face à ces perspectives. Des responsables de la Maison Blanche ont d’ores et déjà préparé le terrain pour un rapport potentiellement décevant. Peter Navarro, conseiller principal du président pour le commerce, a déclaré mardi à Fox Business que les chiffres de l’emploi pourraient être revus à la baisse en raison des opérations d’application de la loi sur l’immigration et des déportations.
“Le rapport sur l’emploi sort demain. Nous devons réviser considérablement nos attentes quant à ce à quoi devrait ressembler un chiffre mensuel d’emplois”, a-t-il affirmé.
Cette explication, cependant, est contestée par les experts, qui soulignent la difficulté de collecter des données fiables sur la participation des travailleurs sans papiers au marché du travail.
Kevin Hassett, directeur du Conseil national économique, a adopté un ton plus mesuré, suggérant que des chiffres d’emploi plus faibles pourraient être compatibles avec une croissance économique robuste, en raison d’une croissance de la productivité et d’un ralentissement de la croissance démographique. Il a même publié un mémo interne intitulé “Ne paniquez pas. Nous gagnons – et nous ne ralentissons pas.”
Un marché du travail “désordonné”
Les économistes s’accordent à dire que 2025 a été une année atypique pour le marché du travail américain. Mike Skordeles, de Truist Financial, qualifie l’année de “désordonnée”, soulignant les distorsions causées par les tentatives des entreprises et des particuliers d’anticiper les tarifs douaniers.
Christopher Waller, gouverneur de la Réserve fédérale, a également exprimé son inquiétude, soulignant que la création d’emplois en 2025 a été la plus faible depuis 2003, hors périodes de récession. Il prévoit que les révisions de mercredi pourraient révéler une croissance quasi nulle de l’emploi pour l’année.
“Cela ne ressemble en rien à un marché du travail sain”, a-t-il déclaré fin janvier.
Ces données interviennent dans un contexte mondial de ralentissement économique. Selon les estimations de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), la croissance de l’emploi mondial a ralenti en 2025, avec des disparités importantes entre les régions.
L’impact sur les élections de mi-mandat
Les chiffres de l’emploi de ce mercredi auront un impact direct sur la capacité du Parti Républicain à présenter un bilan économique positif aux électeurs lors des élections de mi-mandat de 2026. Un ralentissement marqué du marché du travail pourrait donner du crédit aux critiques de l’administration Trump et affaiblir ses chances de conserver le contrôle du Congrès.
L’avenir économique du pays, et par conséquent le paysage politique, pourrait bien se jouer sur ces chiffres.
