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Dollar : fuite ou simple réorganisation ?

Le dollar américain résiste, mais son architecture change subtilement

Par [Votre Nom], Rédacteur en chef, Section Économie, nouvelles-du-monde.com

Les prédictions d’une fin imminente de la domination du dollar américain comme monnaie de réserve mondiale refont surface régulièrement. La vente de bons du Trésor par la Chine, l’accumulation d’or par les banques centrales et les efforts des BRICS pour établir un nouvel ordre monétaire alimentent ces spéculations. Les sanctions imposées à la Russie en 2022, qui ont immobilisé 300 milliards de dollars de ses réserves, ont renforcé l’argument selon lequel les actifs libellés en dollars ne sont plus sûrs, devenant potentiellement une arme politique. Pourtant, une analyse plus approfondie des données révèle une réalité plus nuancée.

Loin de s’effondrer, la demande mondiale pour les bons du Trésor américain a atteint un niveau record de 9,4 trillions de dollars en décembre 2025, en hausse par rapport aux 8,7 trillions de dollars de l’année précédente – une augmentation de plus de 700 milliards de dollars, soit environ 8 %. Depuis 2020, les avoirs étrangers ont augmenté de plus de 2,3 trillions de dollars.

Un déplacement de la garde, pas une fuite

Le Royaume-Uni, la Belgique et le Japon ont été les principaux acheteurs de dette américaine entre novembre 2024 et novembre 2025, ajoutant chacun plus de 115 milliards de dollars à leurs avoirs. Le Royaume-Uni a même augmenté ses avoirs d’environ 150 milliards de dollars au cours des 12 derniers mois. La Belgique, abritant Euroclear, le plus grand dépositaire central de titres international, a vu ses avoirs augmenter de 26 %, le plus fort pourcentage d’augmentation parmi les principaux détenteurs.

La Chine a réduit ses avoirs d’environ 86 milliards de dollars sur la même période. Cependant, les chiffres officiels de la Chine, qui ne tiennent compte que des titres détenus en garde aux États-Unis, sous-estiment son exposition réelle. Une part croissante des positions de la Chine est désormais détenue par l’intermédiaire d’intermédiaires européens, notamment en Belgique et au Luxembourg, ce qui explique en partie la croissance observée dans ces pays.

Ce qui se produit n’est pas une "dé-dollarisation", mais plutôt une "dé-officialisation". Les dollars continuent d’affluer, mais ils empruntent des voies différentes. Les banques centrales réduisent légèrement leurs avoirs, tandis que les investisseurs privés – banques, gestionnaires d’actifs, fonds spéculatifs, fonds souverains et trésoreries d’entreprises – compensent largement cette diminution. Les avoirs privés ont dépassé les avoirs officiels pour la première fois en 2023 et atteignent désormais près de 5,7 trillions de dollars, soit une augmentation de 80 % depuis 2020.

Sanctions, réglementation et "plomberie" financière

Le gel des avoirs russes en 2022 a incité les gestionnaires de réserves à réévaluer les risques juridiques et opérationnels. La leçon est claire : la juridiction, le cadre juridique et les points de contact opérationnels sont essentiels. Déplacer la garde et les routes de règlement est une réponse logique.

Cependant, la réglementation joue un rôle plus important que la peur des sanctions. La nouvelle réglementation de la SEC exigeant le central clearing de la plupart des transactions de Trésor en espèces et de repo, avec des dates de conformité en décembre 2026 et juin 2027, pourrait entraîner des coûts marginaux, de capitaux et opérationnels importants pour les participants. Cela incite à déplacer les transactions vers des juridictions offshore et des entités échappant à la surveillance des autorités américaines.

Euroclear, qui détient actuellement environ 185 milliards d’euros d’actifs russes gelés, en a tiré des revenus substantiels. Bien que les sanctions soient un signal d’alarme, elles sont asymétriques. Déplacer les avoirs de New York vers Bruxelles ne permet pas d’échapper complètement à l’appareil de sanctions occidentales, mais modifie le risque juridique.

L’or : un complément, pas un substitut

L’accumulation d’or par les banques centrales est indéniable. Les réserves d’or des banques centrales, hors États-Unis, ont augmenté de 26 % au cours des vingt dernières années. Cependant, cette augmentation a été particulièrement forte entre 2022 et 2024, avec des achats annuels d’environ 1 055 tonnes.

Il est crucial de noter que l’or est négocié, évalué et réglé en dollars américains. Lorsque la Banque populaire de Chine (PBoC) ou la Banque nationale de Pologne achète de l’or, la transaction est libellée en dollars, se règle via des infrastructures basées sur le dollar et la valeur de l’actif est universellement évaluée en dollars. L’achat d’or n’est donc pas une réduction de l’exposition au dollar, mais une conversion d’un actif libellé en dollars (un bon du Trésor) en un autre actif libellé en dollars (l’or).

Les banques centrales ne cherchent pas à remplacer le dollar, mais à réduire les risques au sein du système du dollar. Elles échangent un actif susceptible d’être gelé ou sanctionné contre un actif qui ne l’est pas. L’or est un complément à une stratégie de diversification, pas un substitut dans une guerre des monnaies.

Cinq couches de changement

En résumé, voici les principaux changements en cours :

  1. Migration de la garde : Les bons du Trésor se déplacent de New York vers les chambres de compensation européennes, en raison des risques réglementaires et de sanctions.
  2. Rotation officielle-privée : Les banques centrales réduisent leurs avoirs, tandis que les investisseurs privés augmentent considérablement les leurs.
  3. Érosion de la part : La part des avoirs étrangers dans la dette totale en circulation a diminué, mais le total nominal a atteint des niveaux records.
  4. L’or comme assurance : Les banques centrales ajoutent de l’or comme couverture contre les risques géopolitiques.
  5. Fragmentation réglementaire : Les choix structurels du marché américain incitent les activités du marché des bons du Trésor à se déplacer à l’étranger.

Le dollar ne meurt pas. La demande étrangère de bons du Trésor est à un niveau record. Cependant, l’architecture à travers laquelle le monde interagit avec les actifs libellés en dollars est en train d’être discrètement reconstruite, non pas par des adversaires cherchant à détruire le système, mais par des participants cherchant à s’isoler de ses risques politiques et de ses coûts réglementaires. Le monde ne rejette pas le dollar, il se protège contre ceux qui le contrôlent. Cette distinction est essentielle pour les investisseurs et les décideurs politiques.

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