Djokovic, de héros national à cible du pouvoir en Serbie : une volte-face révélatrice
Belgrade, Serbie – La relation autrefois idyllique entre Novak Djokovic, la superstar du tennis serbe, et le président Aleksandar Vučić, est désormais marquée par une tension palpable. Ce qui était un partenariat de communication soigneusement orchestré, où les succès de Djokovic étaient instrumentalisés pour renforcer la popularité du gouvernement, se transforme en une confrontation ouverte après le soutien du joueur aux manifestations étudiantes.
Initialement, les médias pro-gouvernementaux serbes ont dépeint Djokovic comme une figure quasi-sainte, le célébrant avec des titres hyperboliques tels que “le chevalier doré de notre peuple” ou “le plus grand de tous les temps”. Vučić lui-même ne manquait jamais une occasion de saluer Djokovic comme le “meilleur ambassadeur de la Serbie”, voyant dans ses victoires un triomphe national.
Cependant,cette adoration s’est visiblement fissurée lorsque Djokovic a publiquement exprimé son soutien aux étudiants manifestant contre le gouvernement. Un message initial, critiquant les autorités, a été rapidement modifié pour afficher un contenu plus anodin – une déclaration sur son amour pour le basket, l’Euroleague et Nikola Jokic, accompagnée du slogan “Vive la Serbie”. Ce changement, perçu comme une tentative de désamorcer la situation, n’a pas suffi à apaiser la colère de Vučić.
Selon des analystes politiques serbes, l’aversion actuelle du président envers Djokovic est alimentée par une sensibilité narcissique exacerbée. L’idée que Djokovic puisse être envisagé comme un candidat potentiel à la présidence,fréquemment évoquée sur les réseaux sociaux,serait particulièrement irritante pour Vučić.
ce cas illustre une pratique courante en Serbie : l’exploitation des succès sportifs à des fins politiques. Historiquement, les gouvernements successifs ont cherché à s’approprier la gloire des athlètes pour renforcer leur image. Mais la situation actuelle révèle une nouvelle dimension : lorsque ces mêmes athlètes osent s’opposer au pouvoir,ils sont rapidement marginalisés,voire dénigrés.
“Tous les gouvernements en Serbie ont utilisé les succès des athlètes pour accroître leur popularité et les intégrer dans les rangs de leurs partis”, explique un analyste. “Mais maintenant, lorsqu’un athlète s’oppose et critique le gouvernement, même une star du monde comme Djokovic, finit par être un ‘personne’, un ‘traître’ ou un ‘petit athlète de premier plan’.”
L’affaire Djokovic met en lumière les fragilités de la démocratie serbe et la difficulté pour les figures publiques de s’exprimer librement sans craindre des représailles politiques. Elle soulève également la question de l’indépendance des médias et de leur rôle dans la construction d’une image de façade, susceptible de s’effondrer au moindre signe de dissidence. Ce qui était autrefois une célébration nationale est devenu un symbole de la répression politique et de la manipulation de l’opinion publique.
