Baisse alarmante de la commémoration de la Shoah dans les écoles britanniques, un reflet de tensions croissantes
LONDRES – Le nombre d’écoles britanniques commémorant la Journée internationale de la mémoire de l’Holocauste a chuté de près de 60 % au cours des deux dernières années, une baisse inquiétante qui intervient dans un contexte de montée de l’antisémitisme liée à la guerre à Gaza. Selon le Holocaust Memorial Day Trust (HMDT), une organisation à but non lucratif soutenue par le gouvernement britannique, seulement 854 écoles secondaires ont organisé des événements en 2025, contre plus de 2 000 en 2023.
Cette diminution significative de la commémoration, qui marque la libération du camp d’Auschwitz par l’Armée rouge le 27 janvier 1945, suscite des inquiétudes quant à l’impact sur la sensibilisation des jeunes générations à l’histoire de l’Holocauste et aux dangers de la haine.
Le HMDT a constaté une baisse progressive : 1 989 écoles ont participé en 2023, 1 198 en 2024 et seulement 854 en 2025, sur un total d’environ 4 200 écoles secondaires dans tout le pays.
“J’ai peur de ce qui va se passer cette année”, a écrit le grand rabbin Ephraim Mirvis dans une tribune publiée dans le Sunday Times. Il a souligné les difficultés rencontrées par les enseignants, confrontés à des pressions croissantes de la part de parents qui considèrent l’éducation à l’Holocauste comme de la propagande ou qui insistent pour qu’elle aborde également les souffrances des Palestiniens à Gaza.
“De nombreux enseignants, face à ce dilemme, ont opté pour la voie de la moindre résistance : ne pas commémorer la Journée de la mémoire de l’Holocauste”, a-t-il déploré. Le rabbin Mirvis a mis en garde contre le risque de “corrosion des fondements moraux de la société” si l’on renonçait à enseigner cette période sombre de l’histoire.
La situation reflète un climat de tensions accrues au Royaume-Uni depuis le début de la guerre à Gaza en octobre 2023. Le Community Service Trust, une organisation caritative de sécurité juive, a enregistré une augmentation alarmante des incidents antisémites, avec plus de 1 500 signalés entre janvier et juin 2025 – un chiffre qui n’a été dépassé que par la première moitié de 2024.
L’attaque terroriste de Manchester le jour de Yom Kippour en octobre, au cours de laquelle deux hommes, Adrian Daulby et Melvin Cravitz, ont été tués, a été un point culminant de cette vague de haine.
L’European Jewish Congress a exprimé sa préoccupation face à cette tendance, soulignant que la Journée de la mémoire de l’Holocauste ne doit pas être politisée. “Il s’agit de mémoire, de responsabilité et d’éducation”, a déclaré l’organisation dans un communiqué. “Éviter la commémoration par crainte de la controverse sape le but même de l’éducation.”
Cette baisse de la commémoration de l’Holocauste intervient à un moment critique, alors que les experts s’inquiètent de la propagation de la désinformation et de la banalisation de la haine en ligne. L’éducation à l’Holocauste est considérée comme un outil essentiel pour lutter contre l’antisémitisme et promouvoir la tolérance et la compréhension.
Le grand rabbin Mirvis a conclu sa tribune en soulignant que l’Holocauste n’était pas inévitable et que l’éducation à l’Holocauste est “une éducation civique sous sa forme la plus urgente”. Il a ajouté : “Ce n’est pas un endossement d’un gouvernement, d’une perspective ou d’un conflit. C’est un acte de mémoire humaine.”
[Image d’illustration : British Prime Minister Keir Starmer speaks with Chief Rabbi Ephraim Mirvis at the Holocaust Education Trust appeal dinner in London, Monday, Sept. 16, 2024. (Isabel Infantes/Pool via AP)]
[Image d’illustration : People visit railroad tracks and a carriage used for prisoner transports in WWII, just outside the former Nazi German concentration and extermination camp Auschwitz-Birkenau in Oswiecim, Poland, January 25, 2025. (Oded BaliltyAP)]
Source : The Times of Israel
