Chine : un fossile de mammifère révèle une évolution précoce du pharynx

Des paléontologues ont mis au jour en Chine un fossile de mammifère vieux de 165 millions d’années, baptisé Megacauda sungei. Doté d’une queue de castor et de membres de ornithorynque, cet animal possédait déjà un appareil pharyngé complexe, témoignant d’une aptitude à mâcher, avaler et allaiter bien avant l’émergence des mammifères modernes.

L’animal vivait au cours de la période jurassique, dans les lacs et rivières de ce qui est aujourd’hui la Mongolie-Intérieure, en Chine. Pesant entre un et deux kilogrammes pour une longueur avoisinant les 40 à 50 centimètres, cette créature s’apparente à un ancêtre de mammifère exceptionnellement bien conservé. Ses caractéristiques physiques surprenantes combinent des traits que l’on pensait exclus aux espèces bien plus tardives.

Une morphologie hybride adaptée à la vie aquatique

Le spécimen présente des adaptations corporelles remarquables pour la nage et la chasse en milieu semi-aquatique. Sa morphologie combine des traits de l’ornithorynque, de la loutre et du castor, ce qui en fait l’un des plus anciens exemples connus de mode de vie aquatique chez les mammaliaformes.

Thomas Martin a indiqué : « Il nageait en utilisant ses pattes avant et arrière pour se propulser et en effectuant des mouvements ondulatoires avec sa queue. »

Content cover image
Photo : Nature

L’analyse des chercheurs montre que l’animal se propulsait à l’aide de ses pattes avant et arrière tout en modulant le mouvement de sa large queue plate. Cette configuration anatomique unique lui permettait de prospérer dans les écosystèmes d’eau douce dominés par les dinosaures.

L’évolution précoce de la mastication et de l’allaitement

Au-delà de son physique de nageur, le fossile lève le voile sur l’histoire évolutive de l’alimentation chez les mammifères. Grâce à des examens par tomodensitométrie et à des analyses par fluorescence X, l’équipe scientifique a pu observer des structures délicates de la bouche et de la gorge qui échappent habituellement à la fossilisation.

An illustration of a brown four-legged mammal floating in a river
Photo : Live Science

Zhe-Xi Luo a souligné : « Les mammifères modernes sont uniques parmi les vertébrés vivants en ce qui concerne leur fonction alimentaire. La plupart des mammifères peuvent et doivent mâcher, à l’aide de dents complexes, la nourriture ingérée pour la réduire en tout petits morceaux, puis avaler cette nourriture mâchée, mélangée à de la salive, par petits morceaux à la fois. »

Ces os hyoïdes et structures palatines révèlent que les mécanismes indispensables à la succion du lait et à la déglutition complexe étaient déjà en place au Jurassique moyen. Les chercheurs soulignent que cette capacité à broyer la nourriture avant de l’avaler bolus par bolus offre une efficacité métabolique inédite par rapport au comportement d’autres vertébrés qui se contentent d’avaler leurs proies en entier.

Un prédateur redouté dans les écosystèmes du Jurassique

Loin de se limiter à un rôle de proie passive face aux dinosaures, le spécimen occupait une niche de prédateur redoutable pour sa taille. Le contenu stomacal préservé dans le fossile indique un régime carné tourné vers de petits vertébrés aquatiques.

Les dents de l’animal présentaient des canines robustes ainsi que des molaires aux cuspides incurvées vers l’arrière, une denture conçue pour chasser et retenir des proies glissantes comme les salamandres abondantes dans les sédiments locaux. Bien qu’il constituât une cible potentielle pour les théropodes à plumes rôdant sur les berges, il illustre la vaste diversification écologique des docodontes bien avant l’extinction des dinosaures.

Sur le même sujet