Tandis que les collectivités misent sur la végétalisation, les spécialistes soulignent que l’entretien rigoureux, le choix des sols et des techniques d’arrosage innovantes s’avèrent indispensables pour préserver la canopée.
Face aux vagues de chaleur estivales, la nature en milieu urbain souffre visiblement. À Genève, le contraste entre des parcs bien entretenus et des boulevards aux spécimens moribonds illustre la difficulté de maintenir un patrimoine arboré en bonne santé sous de fortes températures.
Le défi de l’entretien et la gestion des jeunes plantations à Genève
Si certains espaces affichent des arbres en pleine forme, d’autres secteurs présentent des situations alarmantes. La situation n’est pas imputable au Service des espaces verts (SEVE) de la Ville de Genève pour les zones concernées sur le boulevard de la Cluse ou la place des Augustins, où les plantations initiales avaient été confiées à une entreprise privée pendant cinq ans avant que le service communal ne reprenne la main ce printemps.
Interrogé sur cette problématique, Benjamin Cagnon, chef de secteur patrimoine arboré au SEVE, relaye la préoccupation des professionnels : C’est un sujet assez délicat et important, que ce soit pour les vieux arbres ou même pour les jeunes arbres. C’est quelque chose qui est au cœur du sujet en ce moment pour les spécialistes et les jardiniers pour les suivis des arbres.
Pour faire face aux contraintes climatiques, le SEVE applique des directives strictes en matière d’hydratation. Les jeunes sujets reçoivent traditionnellement 150 litres d’eau toutes les deux semaines au cours de leurs deux premières années, puis 300 litres toutes les trois semaines lors de la période suivante, avant une surveillance rapprochée. Grâce à ces méthodes, le service revendique un taux de réussite situé entre 90% et 95% après trois à cinq ans.
Quantité de canopée contre course au chiffre dans les communes
À Genève, une règle fixée en 2020 par le conseiller administratif écologiste Alfonso Gomez imposait d’en planter trois pour chaque arbre abattu. Néanmoins, les experts rappellent que la simple accumulation chiffrée ne suffit pas à garantir un rafraîchissement urbain efficace.
Christian Bavarel, chef de projet nature en ville à Vernier, insiste sur la finalité de ces actions : Il ne s’agit pas de faire du chiffre, il s’agit d’augmenter la surface de canopée, de faire de l’ombre utile et de l’ombre qui rafraîchit.
Selon lui, la réussite de ces projets repose sur la présence d’équipes suffisantes pour assurer l’arrosage durant les deux à trois premières années critiques.
Contraintes souterraines et innovations pour l’arrosage urbain
Les réseaux d’eau potable, d’eaux usées, de gaz, d’électricité, de chauffage à distance et de fibre optique se disputent l’espace sous le bitume, sans compter les dalles de parkings souterrains, comme sous la plaine de Plainpalais.
Pour s’affranchir des limites de l’arrosage traditionnel, des alternatives voient le jour grâce à la collaboration entre communes et ingénieurs civils. Les municipalités expérimentent des fosses de plantation continues, des substrats facilitant l’extension des racines sous les trottoirs et des systèmes d’acheminement naturel des eaux pluviales au pied des végétaux.
Aux Bastions, des opérations de déminéralisation menées par le SEVE ont permis de déporter des canalisations pour redonner un accès direct à l’eau de pluie pour les arbres adultes. Une approche qui démontre que la survie du couvert végétal urbain repose autant sur la reconception des sols que sur l’intensité des efforts d’entretien.
Un défi climatique aux racines historiques profondes
Si les vagues de chaleur actuelles malmènent les arbres des boulevards modernes, les épisodes de sécheresse extrême ne constituent pas une nouveauté absolue dans l’histoire européenne. Les archives climatiques rappellent qu’en 1540, une terrible canicule a fait des centaines de milliers de victimes en Europe, s’accompagnant d’une sévérité documentée par les registres de l’époque, à l’instar du journal météorologique du recteur de l’université de Cracovie.

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