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Black Swan : Le Marché Ignore les Chocs ?

Les marchés financiers face à l’imprévisible : quand les “cygnes noirs” ne sont pas si noirs

Par Antoine Dubois, Rédacteur en chef, Section Économie, nouvelles-du-monde.com

Les marchés financiers ont une étrange capacité à ignorer les événements cataclysmiques. C’est une observation frappante, confirmée par l’histoire, et popularisée par le théoricien Nassim Nicholas Taleb dans son ouvrage de 2007, Le Cygne Noir. Taleb, ancien trader et analyste quantitatif, définit le “cygne noir” comme un événement rare, aux conséquences extrêmes et qui, une fois survenu, semble inévitable et facilement explicable avec le recul.

De la tragédie du Challenger en 1986 à l’attentat du 11 septembre, en passant par la crise du COVID-19, ces événements marquants, souvent imprévisibles, ont rarement provoqué les effondrements boursiers que l’on pourrait attendre. Au contraire, l’histoire montre souvent une résilience, voire une progression, des marchés dans les mois qui suivent.

Challenger : un choc et une reprise

Le 28 janvier 1986, l’explosion de la navette spatiale Challenger, qui a coûté la vie à sept astronautes, dont l’enseignante Christa McAuliffe, a été un choc pour les États-Unis. Pourtant, loin de s’effondrer, le Dow Jones Industrial Average a terminé la journée en hausse, affichant une progression de 1,2%. La semaine suivante, l’indice a grimpé de 2,6%, et l’année 1986 s’est achevée avec un gain impressionnant de 16,8%.

Ce schéma se répète à travers l’histoire. L’assassinat de John F. Kennedy en 1963 a été suivi d’une reprise boursière. Même les attentats du 11 septembre 2001, un événement traumatisant d’une ampleur sans précédent, n’ont pas réussi à maintenir les marchés dans une spirale descendante prolongée.

Pourquoi cette résilience ?

Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette apparente indifférence des marchés face aux “cygnes noirs”. Tout d’abord, les investisseurs ont tendance à se concentrer sur les perspectives économiques futures plutôt que sur les événements passés. Les chocs, aussi dramatiques soient-ils, sont souvent considérés comme des événements ponctuels qui n’altèrent pas fondamentalement les fondamentaux économiques.

Ensuite, les marchés sont animés par une multitude d’acteurs, chacun ayant ses propres motivations et stratégies. Les réactions aux événements sont donc diversifiées et souvent compensées. De plus, les interventions des banques centrales et des gouvernements, souvent rapides et massives, peuvent contribuer à stabiliser les marchés et à atténuer les effets négatifs des chocs.

Des guerres aux pandémies : une constante

L’histoire des marchés est jalonnée de guerres, de crises économiques et de pandémies. Or, il est frappant de constater que les marchés ont souvent rebondi après ces événements, voire en ont profité. Les guerres, par exemple, peuvent stimuler la demande de biens et de services, entraînant une croissance économique. La pandémie de COVID-19, bien qu’ayant provoqué une chute brutale des marchés au printemps 2020, a été suivie d’une reprise spectaculaire, alimentée par les mesures de relance massives des gouvernements et des banques centrales.

Le cas particulier de 1936 et les années record

Un exemple plus ancien, souvent oublié, est l’année 1936. En pleine Grande Dépression, alors que le monde pleurait la perte du roi George V de Grande-Bretagne, le Dow Jones a enregistré une hausse de 25%, une performance remarquable dans un contexte économique désastreux.

En réalité, cinq des meilleures années de l’histoire du Dow Jones se sont produites dans l’année suivant un événement considéré comme un “cygne noir”, soulignant une tendance troublante : l’imprévisible peut être un catalyseur de croissance.

L’avenir : anticiper l’inattendu ?

Le prochain “cygne noir” est, par définition, imprévisible. Mais une chose est sûre : les marchés financiers ont une capacité surprenante à s’adapter et à rebondir. Il est donc probable que, même en cas de choc majeur, les marchés finiront par se redresser, voire par atteindre de nouveaux sommets.

Pour les investisseurs, la leçon à retenir est de ne pas céder à la panique face à l’imprévisible, mais de rester concentrés sur les fondamentaux économiques et de diversifier leurs portefeuilles. L’histoire nous enseigne que les “cygnes noirs” ne sont pas toujours aussi noirs qu’ils le paraissent.

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