Bitcoin, IA et le nouveau cycle d’investissement : la fin des vieux réflexes ?
Par Antoine Dubois, Rédacteur en chef, Section Économie, nouvelles-du-monde.com
NEW YORK – La rengaine est lancée. Encore une fois. « Bitcoin est mort ». Pourtant, au-delà des titres alarmistes qui refont surface à chaque cycle baissier, une transformation profonde est en cours dans le monde de la finance, et elle pourrait bien remettre en question les schémas d’investissement établis depuis des décennies.
L’idée que Bitcoin s’effondrera à zéro, répétée plus de 1000 fois au cours de la dernière décennie – comme le soulignait déjà The Washington Post en 2014 (voir image ci-dessous) – semble de moins en moins convaincante. L’avancée de la législation sur les actifs numériques aux États-Unis, la préparation des institutions financières traditionnelles à la tokenisation d’actifs et un positionnement de marché qui suggère un retournement potentiel indiquent que Bitcoin pourrait être en train de passer d’un actif purement spéculatif à un instrument financier institutionnel.
[Image de l’article original : Washington Post Headline]
Ce changement de paradigme est d’autant plus notable que le secteur technologique dans son ensemble est en pleine mutation, poussé par l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Une analyse récente de Bloomberg révèle une corrélation frappante entre la trajectoire de Bitcoin et celle des actions du secteur logiciel (iShares Expanded Tech-Software Sector ETF – IGV). Bien que leurs fondamentaux soient différents – Bitcoin étant influencé par la liquidité, le sentiment macroéconomique et l’adoption à long terme, tandis que le logiciel dépend des bénéfices, des taux d’intérêt et de l’adoption de l’IA – leurs performances ont été étonnamment similaires au cours du dernier cycle.
Mais l’histoire ne se limite pas à la convergence entre Bitcoin et le logiciel. Un contraste saisissant émerge entre les performances des entreprises de matériel technologique et celles des entreprises de logiciels. Selon une étude de Bespoke, les entreprises de matériel et de semi-conducteurs ont enregistré des gains moyens de plus de 50 % au cours de l’année écoulée, tandis que les entreprises de logiciels ont subi des baisses de plus de 20 %.
Ce décalage est en partie dû à l’arrivée de l’IA. Anthropic, avec ses nouveaux plug-ins pour son agent d’IA Claude, a déclenché ce que certains analystes appellent une « SaaSpocalypse », menaçant les modèles économiques des entreprises de services et de conseil. L’automatisation des tâches juridiques, de vente, de marketing et d’analyse de données pourrait entraîner une réduction des engagements clients et des heures facturables pour les cabinets de conseil, ainsi qu’une croissance plus lente, voire des réductions d’effectifs, pour les prestataires de services informatiques.
[Image de l’article original : IGV vs XBT Price Chart]
L’IA est devenue le nouveau moteur de la croissance technologique, et les géants de la technologie le savent bien. Les dépenses en capital (capex) des Big Seven (Apple, Microsoft, Alphabet, Amazon, Nvidia, Meta et Tesla) devraient atteindre 655 milliards de dollars en 2026, un chiffre qui dépasse le fonds d’infrastructure spécial de l’Allemagne, qui s’élève à 500 milliards d’euros sur 12 ans.
[Image de l’article original : Big Tech Spending]
Cette course à l’IA a des conséquences profondes sur les stratégies d’investissement. Pendant des décennies, les rachats d’actions ont été le principal moteur des rendements pour les actionnaires, dépassant les dépenses en capital. Mais cette tendance s’est inversée au milieu de l’année dernière. Les dépenses en capital, alimentées par la course à l’IA, ont désormais pris le dessus, ce qui pourrait peser sur les multiples de valorisation et exercer une pression continue sur les marges de flux de trésorerie disponibles.
[Image de l’article original : Capex vs Buybacks]
Enfin, un trader chinois milliardaire a récemment réalisé des gains substantiels en pariant sur la baisse du prix de l’argent, accumulant une position nette courte massive sur la Bourse des futures de Shanghai. Cette opération, qui a généré environ 300 millions de dollars de gains non réalisés, illustre la volatilité et les opportunités qui existent sur les marchés des matières premières.
[Image de l’article original : Silver Price Chart]
Alors que le monde de la finance est en pleine transformation, il est clair que les vieux réflexes ne suffisent plus. L’essor de l’IA, l’évolution de la réglementation sur les actifs numériques et les changements dans les stratégies d’investissement des grandes entreprises exigent une nouvelle approche, plus nuancée et plus attentive aux signaux émergents. La question n’est plus de savoir si Bitcoin est mort, mais plutôt de comprendre comment il s’intègre dans ce nouveau paysage financier.
