Le 8 juin 2026, Edem Wosornu, directrice de l’OCHA, a alerté le Conseil de sécurité de l’ONU sur l’urgence humanitaire en Afghanistan. Entre le sous-financement chronique, les restrictions sévères imposées aux femmes et une insécurité alimentaire galopante, le pays fait face à une crise complexe menaçant la survie de millions de personnes.
Les restrictions sur les femmes et l’impasse du financement
Lors de le briefing de l’OCHA auprès du Conseil de sécurité, Edem Wosornu a souligné que l’Afghanistan demeure l’une des crises les plus complexes au monde. Près de la moitié de la population nécessite une assistance immédiate, mais la réponse internationale est étranglée par un manque de ressources criant. Sur les 1,71 milliard de dollars de l’aide requis cette année pour atteindre 17,5 millions de personnes, seulement 15 % ont été versés.

Au-delà de l’aspect financier, les autorités de fait imposent des barrières systémiques qui frappent de manière disproportionnée les femmes. Depuis plusieurs mois, les espaces réservés aux femmes ferment les uns après les autres, tandis que l’accès des travailleuses humanitaires aux locaux des Nations Unies reste interdit depuis dix mois.

« Les femmes et les filles sont déjà confrontées à des obstacles majeurs en Afghanistan. Elles ne peuvent plus fréquenter l’école après l’âge de 12 ans, elles ont des opportunités d’emploi limitées et font face à un accès restreint aux services de base. Lorsque des travailleuses humanitaires sont autorisées à exercer leur métier, davantage de femmes et de filles peuvent recevoir le soutien dont elles ont besoin. Lorsqu’elles sont évincées, leurs besoins restent trop souvent non satisfaits.
Ces restrictions ne sont pas seulement sociales ; elles sont opérationnelles. Les arrestations liées aux codes vestimentaires et l’interdiction d’accès aux services de base empêchent la distribution efficace de l’aide là où elle est la plus nécessaire.
Une insécurité alimentaire qui atteint un seuil critique
La faim progresse de manière alarmante à travers le pays. Selon les données de l’OCHA, le nombre de personnes risquant une insécurité alimentaire sévère a bondi, atteignant le stade 4 de la Classification intégrée de la phase de sécurité alimentaire (IPC), soit une hausse de 50 % par rapport à l’année dernière.
| Indicateur de crise | Valeur enregistrée |
|---|---|
| Personnes en insécurité alimentaire sévère (Phase 4 IPC) | 4,7 millions |
| Enfants souffrant de malnutrition aiguë | 3,7 millions |
| Nouveaux retournés depuis le Pakistan en 2026 | 736 000 |
Cette dégradation est aggravée par des chocs climatiques et des conflits frontaliers. En février dernier, des combats entre l’Afghanistan et le Pakistan ont déplacé plus de 100 000 personnes, poussant des familles déjà précaires vers une détresse extrême. En parallèle, les inondations printanières ont tué près de 100 personnes et détruit des infrastructures vitales, notamment des écoles et des ponts.
L’ombre du gaspillage et de la corruption systémique
Si le besoin d’aide est indéniable, l’efficacité de l’aide elle-même est remise en question. Une analyse d’Al Jazeera met en lumière le décalage entre les rapports de réussite des ONG et la réalité sur le terrain, notamment dans les zones rurales. Dans la province de Daikundi, des projets de stockage agricole ont laissé des récoltes de pommes pourrir faute d’installations suffisantes pour les communautés locales.

Ce manque d’imputabilité s’inscrit dans une longue tradition de mauvaise gestion. Entre 2001 et 2021, le pays a été marqué par ce qu’un journaliste américain a décrit comme « l’échec des 148 milliards de dollars ». Le Special Inspector General for Afghanistan Reconstruction (SIGAR) a d’ailleurs estimé que, rien qu’avec les fonds américains, entre 26 et 29 milliards de dollars ont été perdus à cause de la fraude ou de dépenses inutiles.
Aujourd’hui, malgré l’effondrement de l’aide internationale depuis le retrait des forces menées par les États-Unis, la lutte pour sécuriser les fonds n’a pas nécessairement amélioré la transparence des organisations opérant sur place. Le coût des projets reste extrêmement élevé, tandis que les bénéfices réels pour les familles, comme l’achat de semences de mauvaise qualité, restent dérisoires.
L’escalade de la violence et des déplacements au Liban
La crise humanitaire ne se limite pas à l’Asie centrale. Les dernières actualités de l’OCHA signalent également une détérioration rapide de la situation au Liban. Des frappes aériennes dans les banlieues sud de Beyrouth ont récemment fait deux morts et vingt blessés, dont des femmes et des enfants.
Les ordres de déplacement émis par l’armée israélienne touchent désormais 17 villages dans les gouvernorats du Sud, de Nabatieh et de Bekaa. Cette pression migratoire interne sature les abris collectifs, déjà à pleine capacité, créant une incertitude croissante pour les familles déplacées. Pour répondre à cette urgence, un appel de fonds d’urgence de 331,5 millions de dollars a été lancé la semaine dernière.
