Modifier de manière importante la structure des repas entre les jours de la semaine et les jours de repos engendre ce que les chercheurs qualifient de jetlag alimentaire. Cette pratique courante, qui consiste à se lever plus tard, à décaler le petit-déjeuner, à prolonger le déjeuner ou à modifier l’heure du dîner, perturbe la régularité des rythmes biologiques de l’organisme selon une étude française publiée le 1er septembre dans la revue Communications Medicine.
Comprendre le jetlag alimentaire et ses impacts sur le cœur
Le travail a été mené à partir des données de la cohorte française NutriNet-Santé, suivie sur une période de plusieurs années entre 2009 et 2023. L’analyse englobe 104 806 adultes dont l’âge moyen au démarrage se situait à 42,7 ans, composés à 79 % de femmes. Les scientifiques ont examiné la régularité des prises alimentaires en calculant l’intensité de ce décalage horaire nutritionnel entre les jours ouvrés et le week-end, tout en prenant en compte des paramètres influençant la santé cardiaque tels que le tabagisme, l’activité physique, la consommation d’alcool et la durée du sommeil.
Une augmentation du risque cardiovasculaire ciblée chez les hommes
Les conclusions mettent en lumière une corrélation directe chez les hommes. Pour chaque heure de décalage relevée entre les horaires de repas de la semaine et ceux du week-end, le risque de développer une maladie cardiovasculaire augmente de 14 %, tandis que le risque de maladie coronarienne s’accroît de 21 %. L’étude précise que ces associations s’observent aussi bien chez les hommes qui avancent leurs repas que chez ceux qui les retardent lors des jours de repos, la liaison la plus marquée apparaissant chez les individus mangeant plus tôt le week-end.

En revanche, l’analyse n’a pas mis en évidence de variations statistiques similaires chez les femmes, et aucun lien n’a été établi avec les accidents ischémiques ou cérébrovasculaires. D’après Bernard Srour, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (INRAE), ces associations semblent indépendantes de la durée du sommeil, ce qui laisse penser que la régularité des prises alimentaires pourrait contribuer, à elle seule, à maintenir la synchronisation des rythmes biologiques.
Les limites méthodologiques et la nature observationnelle des travaux
Malgré l’ampleur de l’échantillon, les spécialistes rappellent qu’il s’agit d’une recherche observationnelle. Par conséquent, les résultats démontrent l’existence d’une association statistique mais n’établissent pas un lien de cause à effet direct. Les auteurs soulignent que des facteurs physiologiques, des modes de vie distincts ou des aspects liés aux obligations professionnelles peuvent intervenir dans l’explication de la différence constatée entre les deux genres.

L’évaluation du phénomène s’est appuyée sur le calcul du point médian entre la première et la dernière consommation calorique de la journée, englobant l’ensemble des apports alimentaires supérieurs à 0 kcal, qu’il s’agisse des repas principaux, d’un café au lait ou d’un en-cas pris tardivement. Les chercheurs rappellent que la prévention cardiovasculaire globale demeure par ailleurs solidement ancrée dans la gestion de facteurs reconnus tels que l’arrêt du tabac, la lutte contre la sédentarité, le maintien d’un poids stable et la qualité nutritionnelle générale.
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