Disponible sur HBO Max depuis le 11 septembre 2026, la série documentaire française en quatre épisodes Professeur Raoult vs. le gang des Cerises décortique la controverse sanitaire autour de l’hydroxychloroquine. Réalisée par Caroline Benarrosh et coécrite par le journaliste d’investigation Martin Boudot, qui en est également le producteur, elle retrace le combat mené par six citoyens ordinaires face au scientifique marseillais.
La crise sanitaire de 2020 continue de livrer ses zones d’ombre à travers des formats d’enquête inédits. La mini-série en quatre épisodes diffusée sur la plateforme de streaming plonge les téléspectateurs au cœur d’un affrontement scientifique et médiatique qui a profondément fracturé la société française. L’œuvre s’attarde sur les méthodes d’un collectif hétéroclite retranché derrière les réseaux sociaux pour décortiquer les prises de parole de l’ancien directeur de l’IHU Méditerranée Infection.
Les « Cerises Trottinettes » et la contestation des données
Le titre énigmatique de la production renvoie directement à des concepts précis de la controverse. Le terme Cerises fait allusion au cherry picking, une méthode consistant à ne retenir uniquement les données allant dans le sens d’une théorie, en laissant de côté celles qui pourraient la contredire. Le complément trottinettes fait référence à une étude parodique imaginée par le collectif autour de l’association entre l’hydroxychloroquine, l’azithromycine et les accidents de trottinette.
Ce groupe réunit des profils issus de la société civile, qui se sont rencontrés en ligne et se sont alliés en 2020 sur Twitter, regroupant notamment une médecin, un prof de maths en collège, un ancien biologiste devenu informaticien et fan de surf, et un chanteur de black metal et enseignant le jour, lanceur d’alerte la nuit. Au total, six hommes et femmes plutôt geeks et marqué·es à gauche ont entrepris, à partir des premières semaines du confinement décidé par Emmanuel Macron, de débunker les affirmations de Didier Raoult. Leur méthode repose sur l’analyse des données et le croisement des sources, en petites fourmis pro-science ulcérées par l’illusion Didier Raoult.
Le traitement au cœur de la tempête et le profil de Magali Carcopino-Tusoli
Au centre de cette bataille se trouvait la prescription combinant l’hydroxychloroquine, un ancien médicament antipaludéen utilisé contre les rhumatismes et le lupus, et l’azithromycine, un antibiotique. Problème : l’étude appuyant ses dires était faussée, grossièrement qui plus est, avec un traitement soupçonné non seulement de ne pas guérir les patient·es, mais de provoquer une surmortalité. Celle-ci a été estimée ensuite par la revue Biomedicine & Pharmacotherapy en 2024 à plus de 17 000 décès dans six pays, lors de la première vague, sans que les chiffres ne soient entièrement vérifiables, et la série met en lumière les rouages de la désinformation en ligne et la rapide diffusion mondiale de ce remède, y compris pour Donald Trump.

La série documentaire tire une part de sa singularité de la présence de la propre fille du professeur au sein du collectif contestataire. Magali Carcopino-Tusoli, médecin vasculaire (angiologue) à l’hôpital Sainte-Marguerite de Marseille, a pris une part active dans les investigations menées par le groupe, et fait partie des « Cerises Trottinettes », tout en ayant coupé les ponts avec son père depuis plus de 10 ans.
« Ce documentaire est une façon de clore ce chapitre et de me reconstruire »
Magali Carcopino-Tusoli
Témoignages et climat de polarisation en France
La production dirigée par Caroline Benarrosh ne se limite pas à l’analyse chiffrée de la crise. Elle aborde frontalement les pressions subies par les membres du collectif. Les lanceuses d’alerte opposées au scientifique se sont retrouvées exposées à des campagnes de harcèlement en ligne et à des menaces persistantes sur la toile.

Le format rassemble par ailleurs les interventions de plusieurs acteurs de l’époque, parmi lesquels les anciens ministres de la Santé Agnès Buzyn et Olivier Véran, ainsi que Renaud Muselier. Le professeur Didier Raoult témoigne lui-même dans le documentaire, fuyant les questions frontales et fidèle à lui-même, tandis que Martin Boudot apporte son éclairage sur cette affaire au micro de Huma Khamis.
Au-delà de la stricte querelle médicale, la mini-série expose la persistance d’une société française toujours plus polarisée, dans un état de tension permanente et franchement inquiétant, où l’affaire de l’hydroxychloroquine a largement dépassé le débat médical pour réveiller une sphère complotiste et antivax et pourrir la possibilité d’un vrai débat public.
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