La célèbre maison du film de Joko Anwar à Pangalengan, en Indonésie, attire les foules et suscite des tensions tarifaires pour les créateurs de contenu. Construite en 1923 sur un terrain de plantation de thé, cette icône du cinéma d’horreur associe aujourd’hui son lourd passé colonial à des légendes locales persistantes.
Une architecture centenaire au cœur des plantations de thé de Pangalengan
Érigée en 1923, la bâtisse qui incarne la demeure familiale dans le long métrage Pengabdi Setan (2017) est un lieu réel, non un décor de studio. Située dans la région de Pangalengan, dans la province de Java Occidental, la structure conserve son cachet de l’époque coloniale néerlandaise, entourée par de vastes étendues de thé. À l’origine, ce bâtiment ne servait ni de lieu touristique ni de résidence familiale, mais fonctionnait comme logement de fonction pour les superviseurs de la plantation.
Le site est un actif officiel géré sous la tutelle de PT Perkebunan Nusantara (PTPN) VIII (Persero), un groupe qui gérait les anciennes exploitations coloniales avant d’être intégré à PTPN I Regional 2. Cette implantation historique s’inscrit dans la lignée des travaux de développement agricole menés à la fin du XIXe siècle par Karel Albert Rudolf Bosscha, figure influente de l’économie locale à l’époque des Indes néerlandaises.
Le folklore local et la légende persistante de Si Merah
Au-delà de sa valeur patrimoniale, la maison nourrit un imaginaire fantastique largement alimenté par les récits des habitants. Le folklore régional fait ainsi référence à une figure énigmatique surnommée Si Merah, ou Si Beureum
en langue sundanaise, en raison de ses vêtements et de son parapluie écarlates. Selon la tradition orale rapportée par les riverains et les visiteurs, cette femme aurait travaillé comme cueilleuse de thé pendant l’époque coloniale avant d’être assassinée par son employeur européen.

Les administrateurs du site confirment que ces légendes font partie intégrante de l’expérience des touristes. Rizky Fauzy, l’un des gestionnaires du site, a expliqué lors d’un entretien relayé par les services d’information en novembre 2020 que la mascotte mystique des lieux était Si Merah, appelée Si Beureum par les habitants d’ici, ce qui signifie rouge en sundanais.
Controverses sur les tarifs de tournage et polémique avec un vidéaste
La popularité renouvelée de la maison a récemment provoqué un débat administratif et sur les réseaux sociaux. Un créateur de contenu originaire de Malaisie, Raja Jerome, s’est vu réclamer une somme lors d’une visite pour la réalisation de vidéos promotionnelles. L’incident, survenu le jeudi 27 août 2026, a rapidement circulé en ligne, poussant les autorités locales à intervenir pour clarifier la situation.

L’administration de la région, par l’intermédiaire du sous-préfet Vena Andriawan, a mené des vérifications auprès de la gérance pour s’assurer qu’il ne s’agissait pas d’une perception illégale. Les investigations ont démontré que la grille des tarifs pour les activités commerciales et artistiques s’appuie sur des dispositions internes en vigueur depuis plusieurs années. Le responsable de l’exploitation, Asep Suparman, a précisé que les dispositions appliquées aux créateurs de médias reposent sur un cadre fixé dès l’année 2019.
| Type de visite ou d’activité | Tarif appliqué |
|---|---|
| Entrée visiteur domestique (jour / nuit) | Rp 15.000 / Rp 25.000 |
| Entrée visiteur étranger (jour / nuit) | Rp 25.000 / Rp 35.000 |
| Création de contenu, pré-mariage, jeux de rôle (par 6 heures) | Rp 600.000 à Rp 10.000.000 |
| Tournage de film (par 12 heures) | Rp 12.000.000 à Rp 15.000.000 |
Les services de la Dinas Pariwisata dan Ekonomi Kreatif du kabupaten de Bandung ont par la suite exigé un rapport écrit de la part de l’administration du site afin de consigner officiellement les modalités tarifaires en place.
Sécurité, chambres condamnées et mesures d’accès
À l’intérieur de la structure en bois, bambou et pierre, les guides locaux maintiennent des restrictions strictes pour des raisons de préservation et de sécurité. Une pièce située à l’étage supérieur, localisée à gauche de la chambre principale de la mère mise en scène dans le film, a été entièrement occultée par du papier peint afin d’empêcher l’accès des curieux.

Selon les témoignages du personnel d’accompagnement recueillis sur place, cette décision fait suite à un incident au cours duquel un visiteur doté de prétendues aptitudes sensitives aurait été subitement repoussé ou terpental
à l’approche de la porte. Cette zone demeure fermée au public, alimentant les conjectures sur l’histoire occulte prêtée à une ancienne occupante européenne de l’époque coloniale.
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