Des dizaines de magasins Marionnaud ont baissé leurs rideaux à travers la France pour protester contre le flou du plan de reprise de l’enseigne de parfumerie. L’intersyndicale réclame des garanties écrites sur le maintien de l’emploi pour les quelque 2 400 salariés concernés par la cession en cours.
Le mouvement de grève a touché de nombreuses villes françaises ce samedi 5 septembre, illustrant la vive inquiétude des salariés face à l’avenir de la chaîne de distribution. L’intersyndicale, regroupant les organisations CGT, UNSA, CFDT et CFE-CGC, a appelé l’ensemble du personnel à cesser le travail et à garder portes closes pour faire entendre leur colère au sujet du projet de cession annoncé durant l’été.
Mobilisation nationale et fermetures de boutiques Marionnaud
La consigne syndicale a été suivie dans plusieurs grandes agglomérations. Selon les informations communiquées par Myriam Dequéant, représentante de l’UNSA, sur Lyon 14 magasins sont annoncés fermés sur 20, tandis que trois sur cinq ont baissé le rideau à Toulouse. Des fermetures similaires ont touché des établissements à Paris, Marseille, Limoges, Fécamp, Nancy ou encore Auxerre, certaines boutiques ayant choisi de suspendre leur activité uniquement l’après-midi ou pour une durée d’une à deux heures en raison des capacités financières des équipes.
À Limoges, une salariée a confirmé la fermeture de son point de vente pour l’après-midi. Les syndicats rappellent que les effectifs ne sauraient constituer une variable d’ajustement
et exigent des engagements précis de la part de la direction et des repreneurs potentiels.
Les tractations de rachat entre CK Hutchison et David Konckier
Le contexte de cette grogne sociale trouve son origine le 6 juillet dernier. À cette date, le conglomérat hongkongais CK Hutchison avait officialisé son entrée en discussions exclusives avec David Konckier, le principal actionnaire du groupe de parfums et cosmétiques Bogart — qui détient notamment des marques comme Jacques Bogart, Ted Lapidus et Carven —, en vue de lui céder l’enseigne de parfumerie.

Depuis cette annonce, la procédure d’information-consultation suit son cours. Un comité social et économique (CSE) extraordinaire a d’ailleurs été programmé pour ce lundi 7 septembre. Pour l’instant, l’avis est très réservé selon l’intersyndicale, qui pointe du doigt la gestion passée de l’actionnaire actuel. Myriam Dequéant a ainsi fustigé des décisions catastrophiques
prises ces dernières années par le groupe hongkongais, citant en particulier la politique tarifaire et la réduction de l’offre de soins esthétiques qui contribuait à fidéliser la clientèle.
Des garanties sociales exigées pour les 2 400 salariés
Le cœur de la contestation repose sur l’absence de garanties écrites concernant le maintien des emplois, l’avenir du réseau de boutiques, les conditions d’un éventuel départ ou la préservation des acquis sociaux. L’enseigne emploie actuellement 2 400 personnes en France, dont 150 au siège social, selon les précisions syndicales qui soulignent également que la grande majorité des salariés en magasin sont des femmes.

Du côté des chiffres financiers, les derniers comptes consultés indiquent que Marionnaud a généré en France un chiffre d’affaires d’environ 536 millions d’euros en 2024, exploitant alors 377 magasins dans l’Hexagone, pour un réseau européen frôlant les 700 points de vente. L’organisation syndicale relève que le repreneur potentiel aurait déjà prévenu qu’en cas de fermetures de boutiques, il n’avait pas les moyens de donner autre chose que le minimum légal en matière d’indemnités de départ.
Les représentants du personnel s’inquiètent aussi de la suspension, actée depuis juin dernier, d’un avantage salarial lié aux objectifs de vente qui pouvait représenter jusqu’à l’équivalent d’un quatorzième mois pour certaines employées. Le CSE extraordinaire de ce lundi s’annonce donc décisif pour la suite du dossier de reprise.
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