Un incident survenu sur un vol Air India reliant Phuket à Delhi a relancé les inquiétudes sur la formation des pilotes et le contrôle des substances psychoactives.
Un incident en plein vol et des défaillances réglementaires en série
Un incident sur un vol Air India reliant Phuket à Delhi
L’actualité récente a mis en lumière les fragilités persistantes du transport aérien national. Le dernier choc en date est intervenu lorsqu’un appareil d’Air India effectuant la liaison entre Phuket, en Thaïlande, et New Delhi a chuté de 300 feet (91 metres) en plein vol, blessant 24 passagers, selon les informations fournies par les sources. L’enquête qui a suivi a révélé qu’un commandant de bord avait été testé positif au cannabis à l’atterrissage, une découverte qui a conduit la compagnie à ordonner un dépistage unique de l’ensemble de ses pilotes. Initiales et préliminaires, les conclusions de l’enquête sont attendues dans les semaines à venir. Cet événement est intervenu après la tragique catastrophe d’un vol Air India Boeing 787 reliant Ahmedabad à Londres en juin 2025.
Cet épisode s’inscrit dans un contexte plus large de rappels à l’ordre concernant la culture de sécurité. Un audit indépendant a pointé environ 100 lacunes de sécurité au sein du transporteur national, dont sept manquements critiques exigeant des mesures correctives urgentes, ainsi que des lacunes récurrentes dans la formation des équipages de Boeing 787 et 777. Pour les analyses détaillées parues dans les sources, la Direction générale de l’aviation civile indienne (DGCA) se montre structurellement dépassée par une croissance qu’elle ne parvient plus à surveiller efficacement. Les dossiers du régulateur montrent qu’entre 2024 et la mi-2026, la DGCA a émis 382 avis de mise en cause (show-cause notices), n’aboutissant qu’à 51 mesures d’application. Amit Singh, expert aéronautique reconnu à l’international, ancien capitaine chez IndiGo et fondateur de la Safety Matters Foundation, a déclaré à The Core : "It’s a system built to meet minimum compliance, not to prevent the next accident."
La surcharge opérationnelle et le coût des tensions géopolitiques
La fermeture prolongée de l’espace aérien pakistanais et le conflit au Moyen-Orient
À ces défaillances de conformité s’ajoutent des contraintes macroéconomiques et géopolitiques écrasantes. Les compagnies aériennes indiennes subissent de plein fouet la fermeture prolongée de l’espace aérien pakistanais, intervenue après les tensions de l’année précédente, ainsi que la flambée des cours du carburant d’aviation stimulée par le conflit au Moyen-Orient. La situation a également été exacerbée par l’éclatement du conflit en Iran, qui a perturbé des projets de voyage de millions de passagers confrontés à l’annulation de vols ou à l’explosion des tarifs, tel que l’a témoigné Sandip Sikdar, un voyageur dont le vol de New Delhi vers Munich via Sharjah a été bouleversé par la fermeture des routes aériennes régionales. Selon un reportage diffusé par Deutsche Welle, les temps de vol sur certaines routes vers l’Europe et l’Asie centrale ont augmenté, allongeant les rotations des appareils et alourdissant la facture énergétique, tandis que les transporteurs doivent contourner l’espace aérien restreint de l’Iran.

Les répercussions financières se traduisent par des pertes vertigineuses pour le secteur. L’agence de notation ICRA estime que les compagnies indiennes accuseront une perte nette proche de 4 milliards de dollars sur l’exercice fiscal en cours. De son côté, Air India a vu ses pertes doubler pour atteindre 2,3 milliards de dollars lors du dernier exercice clos, tandis qu’IndiGo subit des trimestres déficitaires consécutifs, d’après les données recensées par les sources. À cela s’ajoute l’historique de sécurité d’Air India, fondée en 1932 et jadis propriété de l’État indien avant d’être rachetée en 2022 par le conglomérat Tata Group.
Un duopole sous haute surveillance et des exigences de réforme
La Fédération des pilotes indiens et le rapport de sécurité de l’IATA
Le marché domestique indien reste archiconcentré, Air India et IndiGo contrôlant ensemble neuf sur dix des sièges intérieurs, constituant ainsi le troisième plus grand marché aéronautique domestique mondial. Cette domination en situation de duopole crée une vulnérabilité systémique pour l’ensemble de la chaîne de transport. Face aux critiques, les syndicats professionnels réclament des mesures de contrôle renforcées. D’autres observateurs rappellent que selon le rapport de sécurité de l’IATA, les opérateurs indiens membres de l’IATA ont été impliqués dans 12 accidents entre 2015 et 2025 sur un total mondial de 223, dont deux accidents fatals (Air India Express 1344 et AI 171), alors que le nombre de départs des transporteurs indiens réguliers s’est élevé à plus de 1,4 million en 2024 et plus de 1,5 million en 2025 selon le Handbook on Civil Aviation Statistics de la DGCA.

Mark Martin de Martin Consulting a déclaré que les deux dernières années, 2025 et 2026, avaient été les plus sombres pour l’Inde en termes de réputation et de crédibilité mondiales.
Le groupe Tata et le marché de passagers
Malgré un trafic intérieur en forte expansion dans un pays représentant un marché de passagers, l’écosystème terrestre et réglementaire peine à suivre le rythme des acquisitions d’appareils et de l’ouverture de nouvelles plateformes aéroportuaires. La survie à long terme du secteur dépendra de la capacité des autorités à restaurer une surveillance rigoureuse sans étouffer la croissance, alors que des analyses de Metaworld Media rappellent les efforts de modernisation menés depuis le rachat du transporteur historique par le groupe Tata en 2022.

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