La mission Chang’e 7 de la Chine vers le pôle sud de la Lune, initialement prévue pour un départ fin août 2026, a été reportée à l’année prochaine. Le projet, le plus complexe de l’agence spatiale chinoise, vise à rechercher de l’eau gelée dans des cratères plongés dans l’obscurité permanente.
Le programme d’exploration lunaire de la Chine connaît un nouveau tournant. Ce décalage intervient dans un contexte de compétition internationale intense pour l’accès aux ressources du pôle sud lunaire.
Une architecture technologique inédite pour explorer le cratère Shackleton
Chang’e 7 inaugure la quatrième phase du programme d’exploration lunaire chinois avec une configuration particulièrement complexe. Le vaisseau spatial, propulsé par une fusée Longue Marche 5 depuis la province insulaire de Hainan, embarque un orbiteur, un atterrisseur, un petit rover de 140 kilos comparable aux modèles Yutu, ainsi qu’une sonde sauteuse novatrice. Cette architecture vise à surmonter les fortes pentes des rebords de cratères.
Parmi les innovations notables, un pénétrateur doit être déployé depuis l’orbite avant l’atterrissage principal. Cet impacteur est conçu pour s’enfoncer d’environ un mètre dans la paroi d’un cratère à une vitesse d’approche de 100 mètres par seconde afin de mener des analyses in situ. L’un des sites ciblés se situe près du bord du cratère Shackleton, une zone caractérisée par des températures pouvant chuter jusqu’à moins 203 degrés Celsius.
La traque de l’eau gelée dans les zones d’ombre permanente
L’objectif scientifique prioritaire de la mission consiste à examiner la présence de réserves d’eau gelée et de composés organiques volatils piégés dans les cratères du pôle sud qui échappent à la lumière solaire depuis des milliards d’années. Ces gisements souterrains constituent un enjeu stratégique pour l’établissement de bases permanentes, l’eau pouvant servir à la production d’oxygène, à l’alimentation des astronautes et à la fabrication de propergol pour les fusées.
Pour explorer ces zones d’obscurité totale où les rovers traditionnels ne peuvent s’aventurer, la sonde sauteuse utilisera de petits propulseurs et six pattes articulées pour se déplacer. L’engin pourra ensuite regagner les sommets ensoleillés pour recharger ses batteries, profitant de l’ensoleillement quasi permanent des rebords de cratères.
Une course internationale vers le pôle sud de la Lune
La mission Chang’e 7 s’inscrit dans un calendrier spatial mondial très disputé. Pékin envisage un alunissage habité avant 2030, une ambition partagée par les États-Unis dans le cadre du programme Artemis de la NASA. La suite du programme chinois prévoit déjà le lancement de Chang’e 8 vers 2028, présentée comme la dernière étape avant les missions habitées.

D’autres nations ambitionnent également d’explorer cette même région polaire. L’Inde s’est déjà posée à proximité avec succès en 2023, tandis que le rover VIPER de la NASA, le système PROSPECT de l’Agence spatiale européenne et le projet conjoint LUPEX entre le Japon et l’Inde prévoient d’atteindre le pôle sud au cours des prochaines années.
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