Environ 450 rotsblokken se sont détachés du massif du Mont-Blanc cet été 2026, alimentés par une canicule historique qui fait fondre le permafrost. D’après le journal NOS et les autorités locales, trois alpinistes ont déjà perdu la vie, entraînant la fermeture de plusieurs refuges et des voies d’accès principales vers le sommet.
L’été 2026 restera gravé comme l’un des plus destructeurs pour l’alpinisme dans les Alpes. Le réchauffement des parois rocheuses, combiné à une sécheresse prolongée, a transformé les voies classiques du massif du Mont-Blanc en terrains extrêmement périlleux. Les glissements de terrain se multiplient à un rythme sans précédent, menaçant directement la sécurité des cordées.
Un volume de rotsblokken sans précédent dans le massif du Mont-Blanc
Le phénomène ne passe pas inaperçu pour les professionnels de la montagne. À titre de comparaison, le géomorphologue français Ludovic Ravanel, chercheur au CNRS à Chamonix, indique qu’une décennie ou deux plus auparavant, le massif ne recensait que quelques dizaines de chutes par été. Le total de 2026 dépasse même la canicule de 2022, qui avait déjà comptabilisé 300 chutes de rochers.
Jelle Staleman, un guide de montagne néerlandais actif sur le terrain, qualifie la situation de dramatique. Le média NOS rapporte ses observations sur les volumes gigantesques de débris observés en altitude :
Jelle Staleman, guide de montagne, a indiqué que cela se produisait chaque été, mais que cette année-là ils étaient bien plus grands, ajoutant que l’on pouvait qualifier leur ampleur de presque apocalyptique et que certains blocs de roche qu’il voyait sur les images étaient aussi grands qu’une maison ou qu’une voiture.
Ces éboulements colossaux s’accompagnent d’un manque criant de neige sur les glaciers, rendant la progression en haute altitude de plus en plus aléatoire pour les alpinistes chevronnés.
La fonte du permafrost et les températures extrêmes en haute altitude
Derrière cette instabilité se cache un bouleversement thermique profond. Les températures dans les Alpes ont atteint des sommets cette saison, avec 39,7°C enregistrés à Basel-Binningen en Suisse, tandis que Chamonix a régulièrement dépassé la barre des 30°C.
Ce déséquilibre frappe directement le permafrost, cette couche de sol gelée en permanence qui agit traditionnellement comme un ciment naturel entre les blocs rocheux. D’après les explications d’experts relayées par NOS, l’eau s’infiltre dans les fissures des parois et gèle habituellement pour consolider la roche. Lorsque les températures restent anormalement élevées, ce ciment glacé disparaît.
Tjalling de Haas, géomorphologue à l’Université d’Utrecht, souligne le rôle mécanique joué par les glaciers. La pression que la glace exerce sur les parois rocheuses s’atténue à mesure que le glacier fond, ce qui provoque une détente de la roche et amplifie l’instabilité globale des versants.
Fermetures de refuges et routes d’alpinisme bloquées
Face à la multiplication des dangers, les autorités locales ont pris des mesures strictes. Les trois principales voies d’accès normales menant au sommet du Mont-Blanc font l’objet de fermetures temporaires, et de nombreux hébergements gardés gardent porte close. Le maire de Saint-Gervais, Jean-Marc Peillex, a ordonné la fermeture de deux refuges majeurs situés sur l’itinéraire principal, une décision inédite depuis la canicule de 2022.

Le coût humain de cet été est déjà lourd. Une semaine avant les bilans d’août, un alpiniste de 31 ans a succombé à l’impact d’un rocher dans la région de Haute-Savoie, marquant le troisième décès en l’espace de 24 heures dans le massif. Un peu plus tôt en juillet, deux alpinistes tchèques ont perdu la vie en traversant le tristement célèbre Couloir du Goûter, un passage marqué par un lourd passif d’accidents mortels au cours des décennies passées.
Malgré les entraînements de longue haleine et les investissements financiers consentis par les passionnés pour tenter l’ascension, les professionnels recommandent d’abandonner les projets alpins tant que les conditions thermiques ne s’améliorent pas durablement.
Pour aller plus loin