Confronté à une sécheresse prolongée et à l’intensification d’un fort phénomène El Niño, le gouvernement indonésien mobilise une task-force interministérielle de grande envergure pour maîtriser plus de 107 000 hectares de feux de forêt. Les autorités intensifient les opérations aériennes et de modification météorologique pour éviter des fumées transfrontalières.
Face à une saison des incendies particulièrement agressive qui a déjà ravagé plus de 107 000 hectares de terres et de forêts cette année, l’Indonésie déploie d’importants moyens de coordination interministérielle. L’exécutif tente de contenir des foyers actifs exacerbés par une sécheresse prolongée et des conditions climatiques que les services météorologiques qualifient de préoccupantes.
Une task-force nationale mobilisée face au risque d’El Niño dans six provinces prioritaires
Le gouvernement indonésien a officiellement qualifié six territoires de zones hautement prioritaires pour le contrôle des incendies. Cette liste comprend Riau, Jambi, Sumatra du Sud, Kalimantan de l’Ouest, Kalimantan Central et Kalimantan du Sud, des régions caractérisées par de vastes tourbières hautement inflammables en période de sécheresse.
Pour mener à bien ces opérations, un important dispositif aérien et terrestre a été déployé sous l’égide du ministère de la Coordination de la Politique et de la Sécurité. Lors d’une réunion de coordination organisée au sommet de l’État, le ministre de la Coordination, Djamari Chaniago, a souligné que l’effort porte à la fois sur l’intervention directe et sur la prévention pour protéger les pays voisins.
Les données officielles montrent que l’activité des incendies dépasse déjà les niveaux enregistrés lors de la même période en 2019, l’une des saisons les plus destructrices de l’histoire récente du pays. La situation est d’autant plus critique que l’Agence de météorologie, climatologie et géophysique (BMKG) prévient qu’un fort épisode El Niño devrait se prolonger jusqu’au premier trimestre de 2027, combiné à un dipôle positif de l’océan Indien favorisant le maintien d’un climat sec.
Entre interventions aériennes et opérations de modification de la météo
Pour attaquer les flammes dans des zones reculées et difficiles d’accès, la flotte aérienne mobilisée comprend actuellement entre 10 et 15 avions à voilure fixe et jusqu’à 43 hélicoptères dédiés à la surveillance et au largage d’eau. Au sol, les équipes de pompiers déploient des réservoirs souples temporaires afin de garantir un approvisionnement en eau constant malgré les terrains accidentés.
Le gouvernement mise également beaucoup sur la technologie pour stimuler artificiellement les précipitations. Djamari Chaniago a rappelé que l’approche la plus efficace pour contrer les feux de forêt restait d’induire de la pluie par le biais d’opérations de modification météorologique. Toutefois, cette technique demeure tributaire de la présence effective de nuages de pluie dans l’atmosphère, devenus rares sous l’effet de la sécheresse.
À ce sujet, les autorités ont indiqué s’appuyer sur les prévisions de la BMKG concernant un potentiel passage de nuages pluvieux. Selon cette agence, si la configuration se confirme, le corps national de gestion des urgences (BNPB) enclenchera immédiatement des interventions ciblées pour optimiser l’arrosage des zones touchées.
Des foyers dans les parcs nationaux et la gestion des concessions industrielles
Au-delà des six provinces ciblées en priorité, des incendies localisés ont touché des zones montagneuses et touristiques, notamment le mont Bromo dans l’emprise du parc national Bromo Tengger Semeru en Java oriental, le mont Gede Pangrango en Java occidental, ainsi que le mont Rinjani dans les Petites îles de la Sonde occidentales. Dans la vallée de Dingklik, les flammes ont progressé vers des zones résidentielles, illustrant la difficulté de fixer durablement certains sinistres en dépit des interventions des équipes mixtes.

Ce contexte met en lumière les tensions structurelles liées à l’exploitation des terres. L’organisation indonésienne Walhi a rapporté que au moins 74 pour cent des foyers de chaleur détectés à Kalimantan se situaient à l’intérieur de concessions industrielles. Uli Arta Siagian, coordinatrice de campagne pour l’organisation, estime que les mesures d’ingénierie climatique ne suffiront pas sans une refonte profonde de la gouvernance des ressources naturelles.

Du côté des responsabilités institutionnelles, les autorités de contrôle rappellent que la prévention exige une synergie accrue entre les institutions locales et le gouvernement central. Dian Patria, directeur par intérim de la recherche et du développement au sein de la Commission d’éradication de la corruption (KPK), pointe une résistance persistante des acteurs locaux à endosser la responsabilité historique de ces crises récurrentes.
Pour l’instant, le gouvernement central affirme qu’aucune fumée transfrontalière n’a franchi les frontières pour affecter les pays voisins, contrairement aux crises majeures du passé qui avaient provoqué des tensions diplomatiques régionales. Le secrétaire d’État Prasetyo Hadi a toutefois exhorté la population à faire preuve de la plus grande vigilance pour éviter tout déclenchement de feu par négligence humaine, alors que les risques d’intensification des brûlages se maintiennent pour les semaines à venir.
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