Des analyses récentes révèlent que le sémaglutide réduit de manière significative une signature protéique sanguine liée au risque de démence à cinq et vingt ans chez les adultes souffrant d’obésité ou de surpoids et de maladies cardiovasculaires, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques dans la prévention des troubles cognitifs.
L’utilisation de traitements contre le diabète et l’obésité franchit une nouvelle étape dans la recherche sur la santé cérébrale. Selon les conclusions d’une étude publiée dans la revue Alzheimer’s & Dementia: Diagnosis, Assessment & Disease Monitoring, le sémaglutide ralentit l’aggravation d’une signature protéique sanguine associée au risque futur de démence. Cette analyse secondaire menée à partir de l’essai clinique de phase 3 SELECT apporte des indices précieux sur la manière dont la prise en charge cardiométabolique influence les voies biologiques liées au cerveau.
Les enseignements de l’essai SELECT et de la protéomique sanguine
L’essai clinique initial était une étude randomisée, menée en double aveugle contre placebo, qui évaluait l’effet du sémaglutide — un agoniste des récepteurs du GLP-1 développé par Novo Nordisk — sur les critères cardiovasculaires de 17 604 adultes âgés de 45 ans ou plus en situation d’obésité ou de surpoids, atteints d’une maladie cardiovasculaire athéromateuse établie mais sans diabète. Les chercheurs se sont penchés sur les données de 2 970 participants de cette cohorte âgés de 65 ans et plus. Ceux-ci ont reçu soit une dose hebdomadaire de sémaglutide titrée jusqu’à 2,4 milligrammes sur une période de 16 semaines, soit un placebo, et ce pendant 104 semaines.
Pour mesurer l’évolution du risque, l’équipe a eu recours à un test plasma basé sur l’apprentissage automatique, le Dementia SomaSignal Test, qui analyse 25 protéines spécifiques afin d’estimer le risque individuel de diagnostic de démence à 5 et 20 ans. L’analyse des échantillons sanguins prélevés au début de l’étude et à la semaine 104 a mis en évidence une augmentation du risque prédit à cinq ans dans les deux groupes, mais d’une ampleur 2,5 fois plus faible chez les patients traités par le sémaglutide.
Écarts de prédiction à court et long termes et réduction des risques
La diminution du rythme d’aggravation s’observe également sur le long terme, bien que de manière plus modeste. L’étude indique que l’augmentation du risque prédit à 20 ans était 1,67 fois plus faible dans le groupe sous sémaglutide que dans le groupe placebo. Les auteurs suggèrent que cette différence s’explique par une sensibilité à court terme plus marquée du modèle à cinq ans, par des processus inflammatoires ou vasculaires plus réversibles à brève échéance, ou par des variations de calibration statistique entre les horizons temporels.
Au-delà des scores continus, la distribution des catégories de risque à la fin des 104 semaines montre que le traitement diminue les odds d’appartenir à une catégorie de risque de démence plus élevée par rapport au groupe témoin.
Perspectives élargies sur les patients diabétiques et les biomarqueurs précoces
Ces données rejoignent d’autres travaux conduits dans le domaine. Des chercheurs de la Case Western Reserve School of Medicine ont analysé les dossiers électroniques de près de 1,7 million de patients atteints de diabète de type 2. L’étude publiée dans le Journal of Alzheimer’s Disease suggère que les patients diabétiques sous sémaglutide présentaient un risque nettement inférieur de développer une démence liée à la maladie d’Alzheimer comparativement à ceux traités par d’autres antidiabétiques, un effet particulièrement prononcé chez les femmes et les sujets âgés.


Dans le même temps, la recherche explore la détection en amont des pathologies neurodégénératives. Des travaux menés par l’Université de Californie à San Diego et publiés dans JAMA Network Open indiquent qu’un biomarqueur sanguin spécifique, la protéine p-tau217, permet d’identifier le risque de démence jusqu’à 25 ans avant les premiers symptômes chez les femmes.
Les scientifiques rappellent toutefois que ces biomarqueurs ne sont pas encore recommandés pour un usage clinique de routine chez les personnes asymptomatiques. Les chercheurs insistent sur la nécessité de poursuivre les investigations par le biais d’essais cliniques randomisés afin de confirmer le lien de cause à effet et de déterminer comment intégrer ces outils dans la pratique médicale courante.
À ne pas manquer