Une mutation génétique découverte au sein d’une communauté amish du comté d’Adams, dans l’Indiana, permet à 43 porteurs de vivre environ dix ans de plus que leurs voisins tout en affichant une protection totale contre le diabète, selon une étude publiée dans la revue Science Advances.
Au cœur d’une petite communauté amish établie près de la ville de Berne, dans l’Indiana, une particularité biologique redéfinit les frontières de la recherche sur le vieillissement. Selon des travaux menés par une équipe de la Northwestern University, 43 habitants recensés parmi 177 membres étudiés partagent une anomalie génétique rare. Cette modification désactive partiellement un gène baptisé SERPINE1, entraînant une espérance de vie accrue d’une décennie par rapport aux autres membres de la même communauté, tout en épargnant totalement ces individus du diabète.
Le rôle central de la protéine PAI-1 dans le vieillissement cellulaire
Le gène SERPINE1 code initialement pour la protéine PAI-1, abréviation de plasminogen activator inhibitor-1, dont la fonction première consiste à réguler la dissolution des caillots sanguins. Toutefois, les biologistes étudient depuis une décennie l’influence de cette même protéine dans les mécanismes globaux du vieillissement. D’après les observations scientifiques, PAI-1 appartient au sécrétome associé à la sénescence, un ensemble de signaux chimiques émis par les cellules vieillissantes qui perturbent les tissus environnants.
Des modèles murins avaient déjà démontré par le passé qu’une déficience génétique ou une inhibition ciblée de PAI-1 protégeait les organismes contre les pathologies liées à l’âge et prolongeait leur durée de vie. Reste que la transposition de ce mécanisme à l’être humain relevait de l’inconnu jusqu’à l’examen de cette population de l’Indiana.
Une mutation transmise depuis six générations
Menée par le cardiologue Douglas Vaughan, l’équipe de recherche a identifié une mutation précise, notée c.699_700dupTA, au sein de cette parentèle. D’après l’analyse génétique, cette anomalie est transmise depuis un couple d’ancêtres communs ayant vécu il y a environ six générations.
Chez les 43 porteurs identifiés, une seule des deux copies du gène est touchée. En conséquence, leur taux de protéine PAI-1 se maintient approximativement à la moitié de celui mesuré chez les membres de la famille dotés de deux copies normales de SERPINE1.
Une protection métabolique et cardiovasculaire totale
Si l’équipe s’attendait à observer une baisse modérée des risques métaboliques, les résultats se sont avérés bien plus radicaux. Les individus porteurs de la mutation affichent un taux d’insuline à jeun inférieur de près de 30 % et ne développent aucun cas de diabète.
Pour illustrer l’écart, le chercheur Douglas Vaughan a précisé que 7 % des membres de la parentèle porteurs de deux copies normales du gène souffrent de diabète, ce qui aurait statistiquement dû produire trois ou quatre cas parmi les porteurs de la mutation, alors qu’aucun n’a été recensé. L’analyse des marqueurs biologiques a également révélé des télomères de globules blancs en moyenne 10 % plus longs après ajustement, ainsi qu’un âge vasculaire plus bas traduisant une flexibilité conservée des vaisseaux sanguins.
Vers un traitement pharmacologique imitant l’effet génétique
Publiée en 2017 dans la revue Science Advances, cette découverte suscite depuis lors de grands espoirs thérapeutiques. Les scientifiques ambitionnent de concevoir un médicament capable d’reproduire artificiellement les effets protecteurs de cette mutation chez le reste de la population.
Selon les informations rapportées, un médicament imitant cet effet fait déjà l’objet d’une phase 2 d’essais cliniques, bien que la communauté scientifique ignore encore si la médecine parviendra à reproduire fidèlement l’ensemble des mécanismes qu’une mutation naturelle parvient à enclencher.
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