La désinformation sur la crème solaire suscite un engagement disproportionné sur TikTok
Une étude récente publiée le 18 juin dans la revue PLOS Digital Health révèle que, bien que la majorité du contenu concernant la crème solaire sur TikTok soit positive, les vidéos contenant de la désinformation génèrent un engagement disproportionnellement élevé. Les chercheurs, basés à l’Université de l’Alberta, ont analysé 971 vidéos parmi les plus vues sur la plateforme, totalisant plus de 2,4 milliards de vues, pour comprendre comment les mythes sur la protection solaire se propagent.

Une minorité de contenus, un impact amplifié
L’analyse a montré que les vidéos promouvant l’utilisation de la crème solaire constituent la grande majorité du contenu, représentant 86,8 % des publications examinées. À l’inverse, les contenus décourageant son usage ou remettant en question sa sécurité ne représentent qu’une petite fraction, soit environ 6 % du total, tandis que les affirmations selon lesquelles la crème solaire causerait des dommages directs ne concernent que 1,5 % des vidéos. Cependant, Alessandro Marcon, chercheur associé à l’Institut de droit de la santé de l’Université de l’Alberta, souligne que si ces vidéos ne sont pas nécessairement les plus vues, elles obtiennent davantage de mentions « j’aime », de partages et de commentaires. Selon les experts, cette tendance s’explique par le caractère provocateur de ces messages, qui exploitent les peurs humaines et confirment des biais préexistants.

Les ressorts de la méfiance en ligne
La popularité de la désinformation sur le sujet repose sur plusieurs facteurs socioculturels. Le Dr Melanie Palm, dermatologue certifiée, explique que la méfiance envers la crème solaire découle souvent de mouvements prônant la « beauté propre » (clean beauty), d’une méfiance générale envers les institutions et d’une culture wellness qui tend à idéaliser le « naturel » comme étant intrinsèquement plus sûr. Les messages erronés diffusés incluent notamment des allégations selon lesquelles la crème solaire causerait le cancer, bloquerait l’absorption de la vitamine D ou serait toxique pour l’organisme. Paul Banwell, chirurgien plasticien et expert en santé cutanée, note que les médias sociaux tendent à récompenser les contenus qui remettent en question les conseils médicaux établis, ce qui permet à ces mythes de prospérer malgré leur manque de fondement scientifique.
L’importance de la prévention du cancer de la peau
Les experts s’inquiètent de la manière dont ces messages sont structurés. L’étude a révélé que seulement 6 % des vidéos analysées mentionnent la réduction du risque de cancer comme un avantage de la crème solaire. La majorité du contenu promotionnel se concentre sur les bénéfices esthétiques, tels que la prévention du vieillissement cutané, des rides ou des taches pigmentaires. Bien que ces avantages soient réels, les spécialistes estiment que cette approche limite la portée du message de santé publique. « Le cancer de la peau est l’un des cancers les plus courants dans le monde, pourtant il semble occuper une place moins importante dans les discussions en ligne que les bénéfices esthétiques », explique le Dr Banwell. Il souligne que si la protection solaire n’est présentée que comme un produit anti-âge, les jeunes audiences pourraient ne pas se sentir concernées.

Recommandations pour une communication efficace
De son côté, TikTok a déclaré qu’elle prohibe la désinformation médicale nuisible. Toutefois, les experts rappellent que la responsabilité de vérifier les sources incombe également aux utilisateurs. « Si les gens utilisent les réseaux sociaux pour obtenir des informations de santé, ils doivent être très prudents et s’assurer qu’elles proviennent d’experts et qu’elles sont basées sur des preuves scientifiques », a averti Sally Blane, présidente du comité national sur le cancer de la peau du Cancer Council.
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