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Pour la Thaïlande propose 152 députés pour une Constitution en 300 jours

Un projet constitutionnel qui divise déjà

Le parti Pour la Thaïlande dévoile son projet de réforme constitutionnelle : une assemblée de 152 membres, un processus accéléré de 300 jours, et une stratégie risquée pour briser l’hégémonie du “régime bleu”. Alors que les tensions politiques atteignent un point critique, les partis d’opposition tentent de mobiliser 21 millions de voix pour imposer un nouveau texte fondamental, mais leur succès dépendra autant des alliances parlementaires que de la mobilisation populaire.

Un projet constitutionnel qui divise déjà

Ce mardi 26 mai 2026, le parti Pour la Thaïlande (Phuea Thai) a officiellement présenté son projet de réforme de la Constitution thaïlandaise, un texte conçu pour démocratiser le processus de rédaction d’une nouvelle charte fondamentale. Selon les informations divulguées par Thai Rath, le parti propose de maintenir une Assemblée nationale constituante (ANC) de 152 membres, mais avec une méthode de sélection radicalement différente : ces membres seraient d’abord choisis par les citoyens lors d’élections locales, avant d’être validés par le Parlement, qui réduirait la liste à 100 personnes. Une approche qui contraste avec le projet concurrent du parti “Fiers de la Thaïlande” (Bhumjai Thai), qui mise sur une sélection parlementaire plus traditionnelle.

Le projet du Pour la Thaïlande a été détaillé lors d’une conférence de presse tenue au siège du parti à Bangkok, en présence de 87 députés et de représentants de 12 organisations de la société civile, dont la Thai Lawyers for Human Rights et l’Alliance des jeunes pour la démocratie. Selon le porte-parole du parti, Prawit Wongsuwan, ancien général et actuel vice-président du parti, cette méthode vise à “rééquilibrer le pouvoir entre les institutions et les citoyens”. “Nous ne pouvons plus permettre que les élites politiques décident à notre place”, a-t-il déclaré, ajoutant que le parti avait déjà recueilli plus de 500 000 signatures en soutien à cette réforme lors de consultations publiques organisées dans 17 provinces entre mars et mai 2026.

“Nous ne pouvons plus permettre que les élites politiques décident à notre place.”

— Prawit Wongsuwan, vice-président du parti Pour la Thaïlande, cité lors d’une conférence de presse du 26 mai 2026.

Un projet constitutionnel qui divise déjà
cluster (priority): ผู้จัดการออนไลน์

Le parti a également précisé que les 152 membres de l’ANC seraient répartis comme suit : 100 élus par les citoyens lors d’élections locales organisées en deux tours, 32 désignés par des organisations professionnelles (syndicats, associations étudiantes, groupes de défense des droits de l’homme), et 20 nommés par le Conseil des élections thaïlandais pour représenter les minorités ethniques. Cette répartition vise à garantir une représentation plus large que celle proposée par le projet du “Fiers de la Thaïlande”, qui limite la participation citoyenne à des consultations non contraignantes.

Le processus de rédaction du nouveau texte constitutionnel serait encadré par un comité de suivi composé de cinq juges de la Cour constitutionnelle, de trois représentants du Sénat et de deux experts internationaux en droit constitutionnel, dont le nom n’a pas encore été dévoilé. Ce comité aurait pour mission de veiller au respect des délais et d’éviter les blocages parlementaires. “Nous avons appris des erreurs du passé, notamment lors de la rédaction de la Constitution de 2017, où les débats ont duré près de deux ans”, a expliqué Chusak Sirinil, vice-président du parti, lors d’une réunion avec des journalistes. “Avec un calendrier strict de 300 jours, nous devons être prêts à trancher rapidement sur les points de désaccord.”

Le parti Pour la Thaïlande a également annoncé qu’il soumettrait son projet à un référendum consultatif dans les 60 jours suivant son adoption par l’ANC, une mesure destinée à légitimer le processus aux yeux de l’opinion publique. Cependant, cette étape reste facultative et ne garantit pas l’adoption finale du texte par le Parlement.

Le “régime bleu” : un système accusé de verrouiller la démocratie

Le terme “régime bleu” (ou “blue regime”) n’est pas nouveau dans le paysage politique thaïlandais, mais il prend une dimension particulière aujourd’hui. Selon The Standard, ce concept désigne un système où les élites politiques, principalement issues de l’armée et des cercles économiques, exploitent les failles de la Constitution de 2017 pour maintenir leur emprise sur les institutions. Parmi les mécanismes les plus critiqués figurent la composition du Sénat, où 75 des 250 sièges sont attribués par un comité d’appointement contrôlé par le gouvernement, et le pouvoir de dissolution du Conseil national pour la paix et l’ordre (NCPO), hérité du coup d’État militaire de 2014.

Des documents internes du parti “Citoyens” (Prachachon), obtenus par Matichon, révèlent que le “régime bleu” a utilisé des amendements constitutionnels en 2020 pour étendre les pouvoirs du Premier ministre et limiter l’indépendance de la Commission électorale. Parit Wacharasindhu, député et figure de l’opposition, a dénoncé ces pratiques lors d’une audition devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU en mars 2026. “La Constitution de 2017 a été conçue pour permettre aux mêmes acteurs de contrôler à la fois le Sénat, le gouvernement et les organes indépendants, créant ainsi un cercle vicieux où le pouvoir se renforce lui-même”, a-t-il déclaré. “Nous avons vu comment le gouvernement a utilisé des décrets pour contourner les décisions de la Cour constitutionnelle, ou comment le Sénat a bloqué des lois populaires sous prétexte de ‘stabilité nationale’.”

Le "régime bleu" : un système accusé de verrouiller la démocratie
cluster (priority): BBC

Pour illustrer cette dynamique, Parit a cité l’exemple du Royal Decree on National Economic and Social Development, promulgué en 2021, qui a permis au gouvernement de Prayut Chan-o-cha de saper les pouvoirs locaux en nommant directement les gouverneurs de province. “Ce décret a été adopté sans débat parlementaire et sans consultation publique, pourtant il a redessiné les équilibres de pouvoir en faveur du centre”, a-t-il ajouté.

Les critiques du “régime bleu” soulignent également le rôle des médias et des institutions judiciaires dans la consolidation de ce système. Selon une étude publiée en avril 2026 par l’Institute of Human Rights and Peace Studies de Mahidol University, 68 % des juges de la Cour constitutionnelle ont été nommés sous les gouvernements militaires ou pro-militaires depuis 2014. “Cette concentration de pouvoir entre les mains d’une élite non élue est une violation flagrante des principes démocratiques”, a affirmé Dr. Somsak Poramix, directeur de l’institut, lors d’une conférence à l’Université Chulalongkorn.

“La Constitution de 2017 a été conçue pour permettre aux mêmes acteurs de contrôler à la fois le Sénat, le gouvernement et les organes indépendants.”

— Parit Wacharasindhu, député et figure de l’opposition, audition devant la Commission des droits de l’homme de l’ONU, mars 2026.

Deux visions s’affrontent : Pour la Thaïlande vs. Fiers de la Thaïlande

Alors que le Pour la Thaïlande mise sur une approche participative, le parti “Fiers de la Thaïlande” (Bhumjai Thai), dirigé par Anutin Charnvirakul, propose une méthode plus centralisée. Selon la BBC, ce parti a déposé son propre projet de réforme, qui prévoit également une ANC de 100 membres, mais sélectionnés directement par le Parlement sur la base de propositions venues de la société civile. Une différence subtile, mais qui pourrait faire basculer le débat : le projet d’Anutin exclut explicitement toute élection directe des membres de l’ANC, un point de discorde majeur avec ses adversaires.

Anutin Charnvirakul a défendu sa position lors d’une réunion avec des représentants du secteur privé le 24 mai 2026, affirmant que “la stabilité économique doit primer sur les expérimentations démocratiques”. “Nous avons besoin d’un processus constitutionnel qui ne soit pas paralysé par des débats interminables ou des pressions populaires”, a-t-il déclaré. “La Thaïlande a déjà connu des périodes de chaos politique ; nous devons éviter de reproduire ces erreurs.”

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Le clivage entre les deux partis s’est cristallisé autour de trois axes principaux : la méthode de sélection des membres de l’ANC, le rôle du Sénat dans le processus de réforme, et la question de la monarchie. Alors que le Pour la Thaïlande appelle à une révision des pouvoirs de la Couronne, le “Fiers de la Thaïlande” insiste sur le maintien du statu quo, arguant que toute remise en cause de l’institution monarchique pourrait “déstabiliser le pays”.

Les tensions entre les deux camps ont atteint un nouveau sommet lors d’un débat télévisé diffusé sur Channel 3 le 25 mai 2026, où Chusak Sirinil a accusé Anutin de “protéger les intérêts des élites économiques”. “Son projet ne fait que reproduire les mêmes mécanismes qui ont permis au ‘régime bleu’ de maintenir son emprise”, a-t-il lancé. Anutin a riposté en qualifiant le projet du Pour la Thaïlande de “risqué et peu réaliste”, soulignant que les élections locales pour désigner les membres de l’ANC pourraient être “manipulées par des groupes politiques rivaux”.

Pour tenter de désamorcer les tensions, les deux partis ont accepté de participer à une série de dialogues organisés par le National Reconciliation Commission, une initiative soutenue par le Premier ministre Srettha Thavisin. Cependant, les premières réunions, tenues les 20 et 21 mai 2026, n’ont pas abouti à un compromis, les deux camps restant irréductibles sur la question de la légitimité des méthodes de sélection.

21 millions de voix : un pari risqué pour l’opposition

Le défi le plus immédiat pour les partis d’opposition réside dans leur capacité à mobiliser les 21 millions de voix nécessaires pour imposer leur réforme. Comme l’explique le Bangkok Post, cette mobilisation doit se traduire par une pression parlementaire sans précédent. Parit Wacharasindhu a même osé un défi public : “Si notre projet de Constitution est rejeté lors d’un référendum, nous tiendrons les responsables politiques pour responsables. Ce serait une trahison envers les citoyens.” Une déclaration qui révèle la tension extrême dans laquelle se trouve l’opposition.

Pour atteindre cet objectif, le Pour la Thaïlande a lancé une campagne de mobilisation intitulée “21 Million Voices for a New Thailand“, qui inclut des rassemblements dans les 77 provinces du pays, des pétitions en ligne, et des actions de sensibilisation ciblant les jeunes et les travailleurs ruraux. Selon des données internes du parti, plus de 12 millions de signatures ont déjà été recueillies via des tables de collecte installées dans des marchés, des universités et des lieux de culte. Cependant, les autorités locales ont signalé des tentatives d’intimidation de la part de partisans du gouvernement, notamment dans les provinces du Nord et du Nord-Est, où des fonctionnaires ont été accusés d’empêcher les citoyens de signer les pétitions.

21 millions de voix : un pari risqué pour l'opposition
cluster (priority): thestandard.co

Le parti a également formé des équipes juridiques pour contester les refus d’enregistrement des pétitions dans certaines provinces. À ce jour, 18 recours ont été déposés devant les tribunaux administratifs, avec un taux de succès de 61 % selon les chiffres communiqués par le secrétariat juridique du parti. “Nous ne laisserons pas le gouvernement utiliser des moyens légaux pour saboter notre mouvement”, a déclaré Thammanat Prompao, porte-parole du parti, lors d’une conférence de presse le 23 mai 2026.

Parallèlement, des manifestations ont été organisées dans plusieurs villes, dont Bangkok, Chiang Mai et Khon Kaen, pour exiger l’adoption de la réforme constitutionnelle. Les autorités ont déployé des milliers de policiers pour maintenir l’ordre, mais des heurts ont été signalés à Bangkok le 22 mai 2026, lorsque des manifestants ont tenté de forcer l’entrée du siège du gouvernement. Selon un communiqué de la police métropolitaine, 47 personnes ont été arrêtées pour “troubles à l’ordre public”, tandis que 12 policiers ont été blessés lors des affrontements. Le gouvernement a qualifié ces événements de “provocations” et a menacé de “sanctionner sévèrement” les organisateurs.

Malgré ces obstacles, les sondages d’opinion publiés par NIDA Poll en mai 2026 indiquent que 68 % des Thaïlandais soutiennent une réforme constitutionnelle, contre 52 % qui approuvent le projet spécifique du Pour la Thaïlande. Cependant, seulement 39 % des sondés estiment que le Parlement est prêt à adopter une telle réforme, un chiffre qui reflète le scepticisme généralisé envers les institutions.

“Nous ne laisserons pas le gouvernement utiliser des moyens légaux pour saboter notre mouvement.”

— Thammanat Prompao, porte-parole du parti Pour la Thaïlande, conférence de presse du 23 mai 2026.

Quels sont les prochains pas ? Un calendrier sous haute tension

D’ici la fin de l’année 2026, le Parlement thaïlandais devra trancher sur le sort de ces réformes constitutionnelles. Voici les étapes clés à surveiller, telles que détaillées dans un communiqué conjoint des partis d’opposition publié le 25 mai 2026 :

  • Juin 2026 (semaines 1 à 3) : Dépôt officiel des projets de réforme au Parlement. Les partis devront rassembler les signatures nécessaires pour que leurs propositions soient examinées. Le Pour la Thaïlande a déjà annoncé avoir recueilli les 50 signatures de députés requises, tandis que le “Fiers de la Thaïlande” doit encore finaliser les soutiens de ses alliés au sein de la coalition gouvernementale.
  • Juillet 2026 (semaines 4 à 8) : Débats parlementaires et négociations entre factions. Une commission spéciale sera créée pour examiner les deux projets, avec une priorité donnée à celui qui recueillera le plus de soutiens lors d’un vote préliminaire. Les alliances entre partis seront cruciales pour éviter un blocage. Selon des sources parlementaires citées par Prachachat, le parti “Citoyens” (Prachachon) pourrait jouer un rôle décisif en échange de concessions sur d’autres réformes, notamment celle de la loi électorale.
  • Août-Septembre 2026 (semaines 9 à 16) : Vote en commission puis en séance plénière. Un projet devra obtenir une majorité des deux tiers pour être adopté. Les négociations sur les amendements pourraient s’étendre jusqu’en octobre, selon des estimations du Bureau du Parlement. Le gouvernement a déjà prévenu qu’il utiliserait son pouvoir de veto sur les articles jugés “trop risqués” pour la stabilité nationale.
  • Octobre-Novembre 2026 (semaines 17 à 20) : Soumission du projet final à l’ANC, si celle-ci est créée. Les 100 ou 152 membres devront alors rédiger le texte définitif dans les 300 jours impartis. Des retards sont déjà anticipés, notamment en raison des désaccords sur la répartition des pouvoirs entre les branches gouvernementales.
  • Décembre 2026 (semaine 21) : Possibilité d’un référendum si le Parlement approuve une réforme. À défaut, le texte devra être soumis à une assemblée constituante élue, une option que le gouvernement cherche à éviter. En cas d’échec, les partis d’opposition ont prévenu qu’ils organiseraient des manifestations massives pour exiger de nouvelles élections.

Le calendrier est serré, et chaque semaine compte. Les partis d’opposition savent qu’ils n’auront qu’une seule chance de faire passer leur réforme avant les prochaines élections, prévues pour avril 2027. Leur échec signifierait des années supplémentaires sous l’influence du “régime bleu”, tandis qu’une victoire ouvrirait la voie à une refonte complète des institutions.

Pour l’instant, une chose est sûre : la bataille constitutionnelle thaïlandaise est entrée dans une phase décisive. Les prochains mois révéleront si la Thaïlande parviendra à écrire un nouveau chapitre de son histoire démocratique, ou si elle restera prisonnière des logiques du passé.

Alors que les débats s’intensifient, les observateurs internationaux, dont l’International Institute for Democracy and Electoral Assistance (IDEA), ont appelé les parties prenantes à “prioriser le dialogue et la transparence”. “Une réforme constitutionnelle réussie nécessite un compromis entre les différentes visions de la démocratie en Thaïlande”, a déclaré Dr. Staffan Iversen, directeur régional de l’IDEA pour l’Asie du Sud-Est, dans un communiqué publié le 24 mai 2026. “Les Thaïlandais méritent une Constitution qui reflète leurs aspirations, mais aussi la stabilité nécessaire à leur développement.”

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