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Russie : les processeurs « Irtych » accusés de copier l’architecture chinoise LoongArch

by Louis Girard - Tech
Accusations officielles : une architecture LoongArch jugée trop proche des modèles chinois

Le ministère russe de l’Industrie et du Commerce (Минпромторг) a exprimé des doutes sur l’origine nationale des processeurs « Irtych », développés par la société « Traмплин электроникс », et les a qualifiés de potentielle menace pour la sécurité nationale, en raison de leur trop grande similitude avec des modèles chinois. Un courrier officiel adressé le 9 avril 2026 à la Chambre de commerce et d’industrie russe (ТПП) confirme cette position, soulignant que ces puces, destinées à des infrastructures critiques, pourraient compromettre la souveraineté technologique du pays.

Accusations officielles : une architecture LoongArch jugée trop proche des modèles chinois

Les processeurs « Irtych » reposent sur une architecture LoongArch 664, une technologie initialement conçue par la société chinoise Loongson. En 2025, « Traмплин электроникс » a acquis une licence pour utiliser cette architecture, affirmant pouvoir la développer indépendamment en Russie. Pourtant, selon le Минпромторг, les caractéristiques techniques des modèles « Irtych C632 » et « Irtych C616 » sont presque identiques, voire totalement superposables, à celles des processeurs chinois Loongson LS3C6000/D et LS3C6000/S.

« Les processeurs ‘Irtych’ ne sont pas une innovation russe, mais une réutilisation de schémas étrangers, ce qui est inacceptable pour des équipements destinés à la critique infrastructure informatique », indique le ministère dans son courrier, cité par CNews et Новая Газета. Cette position s’appuie sur une analyse technique pointant des performances et une conception trop proches des références chinoises, malgré les assertions des développeurs.

Défense du fabricant : des modifications russes contestées par les autorités

Pourtant, « Traмплин электроникс » rejette ces accusations, arguant que ses processeurs intègrent des modifications majeures réalisées en Russie, incluant l’adaptation, la production et les tests locaux. « Les affirmations selon lesquelles nos puces seraient ‘totalement identiques’ aux modèles chinois sont infondées et ignorent l’étendue de notre travail de conception et d’ingénierie », précise la société dans un communiqué. Elle se dit prête à soumissionner à des audits et à fournir des documents prouvant l’origine russe des composants.

Exigence d’un audit technique avant toute certification nationale

Le ministère exige désormais que toute demande d’inclusion des processeurs « Irtych » dans le registre russe des produits industriels soit soumise à un examen approfondi par des experts du VНИИР (Institut scientifique spécialisé dans l’électronique). Cette mesure vise à éviter l’intégration de technologies étrangères sous couvert de souveraineté.

Pourtant, le calendrier du projet reste ambitieux : « Traмплин электроникс » prévoit de déposer sa candidature au deuxième trimestre 2026, avec des premiers prototypes opérationnels attendus en 2027. L’entreprise mise sur une sortie sur le marché russe dès 2028, avant de visiter les marchés étrangers.

Cette situation illustre les tensions persistantes entre la volonté de réduire la dépendance technologique à l’égard de l’Occident et les risques liés à la collaboration avec des acteurs étrangers, même sous licence. En l’absence de transparence totale sur les modifications apportées à l’architecture LoongArch, les autorités russes préfèrent jouer la prudence — au risque de freiner l’innovation locale.

Un test crucial pour l’ambition russe d’autonomie en semi-conducteurs

L’affaire « Irtych » s’inscrit dans un contexte plus large où la Russie cherche à développer ses propres puces pour sécuriser ses infrastructures critiques, après les sanctions occidentales post-2022. Pourtant, comme le montrent les processeurs Baikal (développés par la société « MCST ») ou les tentatives de localisation des serveurs, le chemin vers une autonomie totale reste semé d’embûches.

« La sécurité nationale ne se négocie pas », rappelle un expert en cybersécurité cité par Новая Газета, soulignant que même une licence étrangère peut introduire des failles — intentionnelles ou non. Le ministère insiste ainsi sur la nécessité de vérifier chaque composant, même si cela ralentit les projets.

Reste une question cruciale : les processeurs « Irtych » seront-ils finalement certifiés « 100 % russes » ? Si le ministère maintient sa position, le projet pourrait être rejeté ou fortement modifié, reportant encore d’un an l’indépendance technologique du pays. À l’inverse, si les audits confirment leur conformité, ils pourraient devenir un étendard de la résilience industrielle russe — à condition que Pékin ne conteste pas leur légitimité.

Prochaine étape : l’audit technique et la décision du Минпромторг
Les prochaines semaines seront déterminantes. Si le VНИИР valide les modifications apportées par « Traмплин электроникс », les processeurs pourraient intégrer le registre national d’ici fin 2026. Sinon, la Russie devra accélérer ses propres architectures — une tâche complexe dans un écosystème où les semi-conducteurs restent un domaine dominé par quelques géants étrangers.

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