Le rappeur Afroman gagne son procès contre des policiers de l’Ohio, une victoire pour la liberté d’expression
Adams County, Ohio – Le rappeur Afroman a remporté un procès retentissant contre sept policiers du comté d’Adams, dans l’Ohio, qui l’avaient poursuivi en diffamation suite à la publication de vidéos musicales satiriques les moquant. Le verdict, rendu mercredi, est salué comme une victoire importante pour la liberté d’expression et la possibilité de tenir les forces de l’ordre responsables de leurs actions.
L’affaire trouve son origine dans un raid mené en août 2022 au domicile d’Afroman, de son vrai nom Joseph Foreman, sur la base d’un mandat de perquisition pour trafic de drogue et enlèvement. Le rappeur n’a été ni accusé ni arrêté, et n’a reçu aucune indemnisation pour les dommages causés à sa propriété. Cependant, les images capturées par ses caméras de sécurité, montrant des policiers en tenue d’assaut entrant dans son domicile, ont déclenché une série de vidéos virales.
Afroman a transformé son expérience en chansons comme « Will You Help Me Repair My Door » et « Lemon Pound Cake », intégrant les images du raid. Dans cette dernière, il se moque d’un policier aperçu regardant un gâteau au citron dans la cuisine familiale : « Ils n’ont trouvé aucune victime d’enlèvement / Juste un gâteau au citron. »
Les policiers ont intenté une action en justice en 2023, alléguant que les vidéos diffamaient leur réputation, utilisaient leur image sans autorisation et les avaient exposés à des menaces de mort. Ils ont affirmé avoir subi une « humiliation, un ridicule, une détresse mentale, une gêne et une perte de réputation ».
Au cours du procès, des extraits de témoignages ont circulé largement en ligne. Un moment particulièrement frappant a vu Afroman répondre à une question sur les sentiments d’une policière blessée par une de ses vidéos : « Elle savait que j’étais bouleversé quand elle se tenait devant mes enfants avec un AR-15, la main sur la gâchette. Donc je suis désolé d’être une victime. Parlons des prédateurs. »
Dans une interview diffusée en podcast le mois dernier, Afroman a expliqué qu’il considérait qu’il était de son devoir de « donner une pénalité » aux policiers qui abusent de leur pouvoir, soulignant le manque de responsabilisation au sein des forces de l’ordre.
Le jury a finalement statué en faveur d’Afroman après moins d’une journée de délibérations. Ses avocats ont plaidé que les vidéos étaient de la satire protégée par le Premier Amendement et qu’il était déraisonnable de croire qu’elles contenaient des allégations factuelles.
Afroman wins defamation case over ‘Lemon Pound Cake’ raid video https://t.co/q9q9q9q9q9
— Meghann Cuniff (@meghanncuniff)
L’affaire a également ravivé le débat sur les opinions politiques d’Afroman, notamment son soutien possible à Donald Trump et ses propos jugés homophobes dans certaines de ses vidéos. Il avait notamment exprimé son intention de jouer une parodie de sa chanson à succès « Because I Got High » lors de rassemblements de campagne de Trump, modifiant les paroles pour se moquer du fils de l’ancien président. Il a également publié une photo de lui serrant la main de Trump à la convention nationale libertarienne.
Une des vidéos d’Afroman, ciblant spécifiquement la policière Lisa Phillips, a été critiquée pour son contenu ouvertement homophobe, transphobe et misogyne.
Malgré ces controverses, l’issue du procès est perçue par beaucoup comme une victoire pour les individus qui cherchent à dénoncer les abus de pouvoir. Comme l’a souligné Afroman, il ne s’agit pas de la moralité du plaignant, mais de la nécessité de tenir les forces de l’ordre responsables de leurs actions, en particulier dans un contexte où l’immunité qualifiée protège souvent les policiers contre les poursuites judiciaires.
