« Dilleylandia » : le cauchemar d’une fillette colombienne dans le centre de rétention familial texan
DILLEY, Texas – Maria Antonia Guerra Montoya avait un rêve : retourner à Disneyland. À la place, la fillette de neuf ans s’est retrouvée prisonnière de « Dilleylandia », comme elle surnommait le centre de rétention familial de Dilley, au Texas, le seul aux États-Unis à fonctionner en permanence. Son histoire, révélée par ProPublica, met en lumière les conditions de détention des familles immigrantes et les traumatismes infligés aux enfants.
Maria Antonia et sa mère, Maria Alejandra Montoya, sont arrivées à Miami le 2 octobre dernier, espérant passer des vacances de dix jours à Disney World. Maria Antonia avait méticuleusement préparé un costume de Cruella de Vil pour elle et ses parents, qui se déguiseraient en dalmatiens. Mais à l’aéroport, leur rêve s’est transformé en cauchemar. Interceptées par les agents de l’Immigration et de la Douane (ICE), elles ont été interrogées séparément pendant des heures.
« Ils me posaient toutes sortes de questions auxquelles je ne savais absolument pas répondre », a raconté Maria Antonia à la journaliste Mica Rosenberg de ProPublica. « Je répétais juste : ‘Je peux vous dire mon nom et ma date de naissance, le nom de ma mère et sa date de naissance, et que je suis de Colombie. C’est tout.’ »
Maria Alejandra, qui avait initialement séjourné aux États-Unis avec un visa, était en attente d’une carte verte après avoir épousé un citoyen américain. L’interrogatoire, et la détention qui s’ensuivit, ont plongé la famille dans l’incertitude. Maria Antonia a appris, par ouï-dire d’un agent, que si elle avait eu dix ans, elle aurait pu être séparée de sa mère. Une peur qui l’a profondément marquée.
Quarante-deux heures d’attente dans les salles d’attente de l’aéroport ont précédé un vol et un trajet en minibus jusqu’à Dilley. Le centre, exploité par CoreCivic, un groupe privé, accueillait plus de 3 500 personnes, dont plus de 1 750 mineurs, au moment de la visite de Rosenberg en janvier.
La vie à Dilley était difficile. Maria Antonia, végétarienne, se nourrissait principalement de haricots et s’est évanouie à deux reprises. Elle s’ennuyait, regrettait son école et ses amis. Elle a trouvé du réconfort dans de nouvelles amitiés, mais celles-ci étaient éphémères, les familles étant libérées ou expulsées les unes après les autres.
Maria Alejandra a décrit dans des courriels poignants la détérioration de la santé mentale et physique de sa fille. Maria Antonia se réveillait en pleurant, terrifiée de ne jamais quitter Dilley ou d’être séparée de sa mère.
Le Département de la Sécurité intérieure (DHS) et ICE ont affirmé que Maria Antonia avait été examinée par des professionnels de la santé et avait bénéficié de consultations régulières avec des psychologues, où elle s’était dite calme et bien nourrie. Ils ont également souligné que les détenus reçoivent trois repas par jour, de l’eau potable, des vêtements, du linge de lit, des douches et des articles de toilette, et que des diététiciens certifiés évaluent les repas. Ils ont également affirmé que les enfants ont accès à des enseignants, des salles de classe et du matériel pédagogique.
Cependant, le témoignage de Maria Antonia et les courriels de sa mère peignent un tableau bien différent.
Après près de quatre mois de détention, un juge de l’immigration a accordé à Maria Alejandra et Maria Antonia un « départ volontaire » le 6 janvier, leur permettant de rentrer en Colombie à leurs frais et de poursuivre leur demande de carte verte depuis l’étranger. Elles n’ont pu rentrer chez elles que le 6 février.
De retour en Colombie, Maria Antonia a immédiatement voulu se débarrasser de son survêtement gris, symbole de sa captivité. Une vidéo, partagée avec ProPublica, montre la fillette courant embrasser ses enseignants à son retour à l’école, accueillie avec joie par ses amis.
L’histoire de Maria Antonia est un rappel poignant des conséquences humaines des politiques d’immigration restrictives. Selon les données de l’UNICEF, plus de 272 000 enfants migrants non accompagnés ou séparés de leur famille ont été enregistrés en Amérique latine et aux Caraïbes en 2023, un chiffre en augmentation constante. La détention familiale, critiquée par de nombreuses organisations de défense des droits de l’enfant, peut avoir des effets dévastateurs sur le développement et le bien-être des enfants.
Le cas de Maria Antonia souligne la nécessité d’une approche plus humaine et plus juste de l’immigration, qui privilégie le bien-être des enfants et respecte les droits fondamentaux de toutes les personnes.
