Delroy Lindo, de Londres à Hollywood : une consécration tardive saluée aux Oscars
LOS ANGELES (AP) – Delroy Lindo, acteur britannique de 71 ans, a créé la surprise en obtenant une nomination aux Oscars du meilleur acteur dans un second rôle pour son rôle dans le film Sinners. Cette reconnaissance, inattendue pour beaucoup, intervient à un moment crucial pour le cinéma britannique, qui craignait une année blanche aux Oscars dans les catégories d’interprétation. Lindo rejoint ainsi sa collègue Wunmi Mosaku, également nommée, et sauve l’honneur britannique sur le tapis rouge le 15 mars.
L’annonce a surpris Lindo lui-même, réveillé en plein matin par son fils avec la nouvelle. “Vraiment ? Tu es sérieux ?” a-t-il demandé, avant de vérifier les 179 messages confirmant la nouvelle sur son téléphone.
Né à Londres en 1952, Lindo incarne Delta Slim dans Sinners, un bluesman confronté à la violence et au racisme dans le sud des États-Unis. Un rôle qui, pour beaucoup, semblait taillé sur mesure pour un acteur de sa stature. Pourtant, le parcours de Lindo est bien plus nuancé. Il est un enfant de la “Black Atlantic”, une identité forgée par les migrations et les héritages culturels complexes.
Contrairement à Wunmi Mosaku, qui conserve un accent mancunien prononcé et une familiarité avec les menus de Greggs, Lindo a perdu tout accent londonien après avoir quitté le Royaume-Uni à l’adolescence. Un départ motivé par la recherche d’opportunités artistiques que l’Angleterre, à cette époque, ne pouvait lui offrir. “Tout ce que j’ai accompli dans ma vie est le résultat de mon départ d’Angleterre,” a-t-il affirmé. “Je n’aurais jamais pu avoir cette carrière en Angleterre.”
Son premier rôle à l’écran remonte à 1979, dans More American Graffiti, alors qu’il était encore étudiant en théâtre. Mais c’est sa performance dans la pièce Master Harold… and the Boys à Broadway, où il remplaça James Earl Jones, qui lui ouvrit les portes du succès.
L’ascension de Lindo est intimement liée à sa collaboration avec le réalisateur Spike Lee. Décrit comme son “arme secrète”, Lindo a brillé dans des films emblématiques tels que Malcolm X, Crooklyn et Clockers. Il était même pressenti pour un Oscar en 2020 pour son rôle poignant dans Da 5 Bloods, mais n’avait finalement pas été retenu.
Cette nomination pour Sinners représente donc une reconnaissance tardive, mais ô combien méritée, pour un acteur dont la carrière s’étend sur plus de quatre décennies. Elle intervient également dans un contexte social et politique important. Lindo n’a jamais caché son regard critique sur le racisme, tant aux États-Unis qu’au Royaume-Uni. Il a dénoncé avec virulence le scandale du Windrush, qualifiant la situation de “disgusting and enraging”.
L’acteur a également évoqué les incidents racistes qu’il a subis en Angleterre dans sa jeunesse, à une époque où le pays était confronté à la montée du far-right et aux discours incendiaires d’Enoch Powell. Il se souvient encore du choc qu’il a ressenti en apprenant le meurtre de Stephen Lawrence en 1993, un événement qui ne l’a pas surpris, compte tenu de ses propres expériences.
Lindo a consacré une partie de ses recherches à l’histoire de la communauté noire britannique, notamment à travers les travaux de Peter Fryer (Staying Power) et de Stuart Hall et Paul Gilroy. Il travaille actuellement sur un scénario basé sur l’histoire de sa mère, une immigrante jamaïcaine de la génération Windrush.
La nomination de Delroy Lindo aux Oscars est plus qu’une simple récompense individuelle. Elle est le symbole d’une carrière exceptionnelle, d’un engagement constant et d’une voix qui refuse le silence face à l’injustice. Elle témoigne également de l’évolution du paysage cinématographique, qui commence enfin à reconnaître la richesse et la diversité des talents noirs britanniques.
[Image d’illustration : Delroy Lindo à la soirée des Movies for Grownups Awards, Getty Images]
[Lien vers une vidéo YouTube d’une interview de Delroy Lindo sur le tournage de Da 5 Bloods : (exemple) https://m.youtube.com/watch?v=dQw4w9WgXcQ ]
[Lien vers un article du Guardian sur le scandale du Windrush : https://www.theguardian.com/uk-news/2022/may/29/windrush-scandal-caused-by-30-years-of-racist-immigration-laws-report ]
