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Financement de la nature : un tournant nécessaire pour restaurer les écosystèmes

Des milliards vers la destruction, des miettes pour la protection : l’ONU alerte sur le financement de la nature

Nairobi & Srinagar, Inde – Alors que la planète est confrontée à une crise écologique sans précédent, un nouveau rapport de l’ONU révèle un déséquilibre alarmant : pour chaque dollar investi dans la protection de la nature, plus de 30 dollars sont consacrés à sa destruction. Publié ce jeudi 22 janvier 2026, le rapport State of Finance for Nature 2026 met en lumière une réalité glaçante : le monde dépense des sommes colossales pour des activités nuisibles à l’environnement, tout en négligeant cruellement les investissements nécessaires à la restauration des écosystèmes dont dépendent nos économies et notre bien-être.

Selon le rapport, les flux financiers directement préjudiciables à la nature ont atteint 7,3 billions de dollars en 2023. En comparaison, les investissements dans les solutions fondées sur la nature n’ont totalisé que 220 milliards de dollars la même année. Un gouffre financier qui illustre une priorité inversée, et qui menace de compromettre l’avenir de la planète.

“Les flux financiers continuent d’être massivement orientés vers des activités négatives, qui mettent en péril les écosystèmes, les économies et le bien-être humain”, souligne le rapport, intitulé Nature in the red. Powering the trillion dollar nature transition economy. Près de la moitié de la production économique mondiale dépend modérément ou fortement de la nature, pourtant, les systèmes financiers actuels érodent ce que les auteurs décrivent comme le “compte courant collectif de l’humanité en matière de nature”.

Des obstacles politiques et structurels

Nathalie Olsen, de l’unité Financement du climat du PNUE et principale auteure du rapport, explique que les freins à la réforme des subventions néfastes pour l’environnement sont principalement d’ordre politique et structurel, plutôt qu’économique.

“Il existe des intérêts acquis puissants qui s’opposent au changement, notamment dans les secteurs des combustibles fossiles et de l’agriculture industrielle”, a-t-elle déclaré dans une interview exclusive. “Les réformes peuvent entraîner une augmentation des coûts pour les consommateurs et les producteurs à court terme, ce qui les rend politiquement impopulaires, même si les avantages à long terme sont évidents. De plus, ces subventions sont souvent profondément ancrées dans les codes fiscaux et les budgets, ce qui les rend difficiles à isoler et à réformer.”

Olsen souligne également que ces subventions créent une dépendance, en favorisant des modèles économiques et des infrastructures qui perpétuent des pratiques néfastes pour la nature. Elle rappelle que malgré les engagements internationaux, comme l’objectif 18 du Cadre mondial pour la biodiversité (GBF) – qui vise à réduire les incitations nuisibles d’au moins 500 milliards de dollars par an – la mise en œuvre reste faible en raison d’un manque de volonté politique.

Un besoin urgent de réorientation des investissements

Le rapport met en évidence le potentiel économique de la réforme des subventions. En libérant des ressources publiques, les gouvernements pourraient financer des investissements positifs pour la nature et réduire les risques économiques. Actuellement, les 2,4 billions de dollars de subventions publiques nuisibles à l’environnement dépassent largement les 220 milliards de dollars investis dans les solutions fondées sur la nature.

“Notre cadre Nature Transition X-Curve montre que ces outils fonctionnent mieux lorsqu’ils sont déployés ensemble – en combinant des mesures réglementaires incitatives (divulgation, suppression progressive des subventions) avec des incitations financières (dé-risquage, incitations)”, explique Olsen. Elle note que plus de 730 organisations représentant 22,4 billions de dollars d’actifs ont adopté le cadre TNFD, ce qui témoigne d’une prise de conscience croissante des risques financiers liés à la nature.

Des exemples encourageants existent, comme la taxe sur les combustibles fossiles du Costa Rica qui finance le reboisement, ou les taxes énergétiques du Danemark qui soutiennent la transition vers l’énergie éolienne. Ces initiatives démontrent qu’une réforme est politiquement réalisable lorsqu’elle s’accompagne d’investissements visibles dans des alternatives durables.

Un tournant nécessaire pour l’avenir

Le rapport avertit que si rien n’est fait, la dégradation des écosystèmes s’aggravera et les économies seront exposées à des risques croissants. Il appelle les gouvernements, les entreprises, les consommateurs et les investisseurs à agir rapidement pour réorienter les flux financiers et renforcer la résilience, l’équité et la croissance à long terme.

En 2023, le financement public et privé qui a directement nui à la nature a totalisé 7,3 billions de dollars, dont 2,4 billions de dollars provenant de sources publiques, principalement sous forme de subventions néfastes pour l’environnement. Le secteur de l’énergie a été le principal bénéficiaire de ces investissements, avec 1,6 billion de dollars, suivi par les industries (1,4 billion de dollars) et les matières premières de base (environ 700 milliards de dollars).

Face à ce constat alarmant, le rapport estime que les investissements annuels dans les solutions fondées sur la nature doivent atteindre 571 milliards de dollars d’ici 2030, soit une augmentation de 150% par rapport aux niveaux actuels. D’ici 2050, ce chiffre devra atteindre environ 771 milliards de dollars.

Le rapport conclut en soulignant que l’investissement dans les solutions fondées sur la nature est une forme d’entretien essentiel pour l’infrastructure naturelle. Il met en évidence des preuves démontrant que la restauration des terres dégradées peut générer des rendements de 7 à 30 fois le montant investi, en tenant compte des services écosystémiques tels que la régulation de l’eau, la fertilité des sols et la réduction des risques de catastrophe.

“Il est essentiel d’opérer un virage vers un financement positif pour la nature”, conclut le rapport. “Sans un changement décisif dans la manière dont l’argent circule dans l’économie mondiale, l’écart entre ce dont la nature a besoin et ce qu’elle reçoit ne cessera de se creuser, avec des conséquences profondes pour les écosystèmes, les moyens de subsistance et la stabilité économique à long terme.”


IPS Bureau des Nations Unies

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