Le rejet social : une douleur bien réelle et comment y faire face
Des Moines, Iowa – Un simple lancer de frisbee a déclenché une carrière de recherche pour Kip Williams, professeur émérite en sciences psychologiques à l’Université Purdue. Alors qu’il profitait d’une journée au parc avec son chien, un groupe d’hommes lui a lancé un frisbee après qu’il leur en ait renvoyé un. Puis, soudain, ils ont cessé de jouer avec lui. Ce moment, apparemment anodin, a suscité chez Williams un sentiment de malaise et de blessure qui l’a poussé à étudier les effets du rejet social.
Le rejet, même de la part d’inconnus, active les mêmes zones du cerveau que la douleur physique, selon les recherches de Williams. Une étude menée à l’aide d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) a révélé que l’ostracisme active les régions cérébrales associées à la douleur physique, comme si l’on se brûlait ou que l’on plongeait ses mains dans de l’eau glacée. “Nous souffrons psychologiquement et physiquement”, explique Williams. “Il ne faut que quelques minutes d’exclusion par des inconnus pour avoir un impact important.”
Ce sentiment est amplifié lorsque le rejet vient de personnes proches. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), l’isolement social et la solitude sont des problèmes de santé publique croissants, avec des conséquences néfastes sur la santé mentale et physique, comparables à celles du tabagisme ou de l’obésité. En France, une étude de l’INSEE de 2023 a révélé que près de 10% de la population se sent souvent ou toujours isolée socialement.
Ne pas tirer de conclusions hâtives
Face à un sentiment d’exclusion, il est facile de sauter aux conclusions. “On a tendance à faire des suppositions dans les amitiés : elle ne me parle pas parce que…, il doit être fâché contre moi…”, explique Victoria Smith, thérapeute à Los Angeles. Cependant, de nombreux facteurs peuvent expliquer un éloignement, comme la distance géographique, des changements de valeurs ou simplement des emplois du temps chargés.
“Il faut penser à toutes les dynamiques qui peuvent évoluer dans une amitié”, souligne Smith. Des responsabilités familiales, des problèmes de santé mentale ou de nouvelles relations amoureuses peuvent également affecter la disponibilité d’une personne. Il est important de se rappeler que ce qui semble être un rejet peut être simplement un décalage de priorités ou de modes de communication.
Chercher un avis extérieur
Avant de confronter directement une personne, il peut être utile de parler à un ami commun. “Vous n’avez pas besoin de dénigrer vos amis, mais vous pouvez aborder la situation de manière neutre : ‘Je ressens un certain éloignement avec Amanda. Est-ce que tu ressens la même chose ?'”, conseille Smith. Si votre ami confirme votre impression, cela peut vous aider à vous sentir moins seul et à aborder la situation avec plus de clarté. Si ce n’est pas le cas, il est possible que l’éloignement soit temporaire ou lié à des circonstances spécifiques.
Aborder la situation avec tact
Si le sentiment d’exclusion persiste, il est important d’en parler à vos amis, mais sans les accuser. Gabriella Azzam-Forni, psychologue clinique, suggère des phrases d’introduction douces et non accusatrices :
- “Je me suis senti un peu exclu ces derniers temps et je voulais en parler plutôt que de faire des suppositions.”
- “C’est un peu difficile à dire, mais j’ai l’impression que quelque chose a changé entre nous. Est-ce qu’on peut en parler ?”
- “J’apprécie beaucoup notre amitié et j’aime passer du temps avec vous, mais j’ai remarqué que les choses sont différentes ces derniers temps. Est-ce que vous le ressentez aussi ?”
- “J’aimerais être inclus lorsque vous faites des projets.”
- “J’ai remarqué que je suis parfois absent du groupe de discussion et cela me tient à cœur d’être inclus.”
Ces phrases permettent d’ouvrir le dialogue sans mettre l’autre personne sur la défensive. Elles expriment votre ressenti tout en laissant de la place à l’autre pour partager son point de vue.
Observer la réaction de vos amis
La manière dont vos amis réagissent à votre démarche est révélatrice. Azzam-Forni souligne qu’une amitié saine se caractérise par la capacité à aborder les difficultés de manière constructive. Si votre ami vous attaque ou rejette votre ressenti, cela peut être un signe que la relation est déséquilibrée.
“Dans une amitié saine, nous sommes capables d’aborder ces sujets et ils sont capables d’y répondre de manière saine”, explique Azzam-Forni. “Nous pouvons avoir ces conversations, ce qui renforcera la relation à long terme.”
Se donner de la grâce
Il est essentiel de se rappeler que le rejet est une expérience douloureuse et qu’il est normal de se sentir blessé. Williams conseille de se montrer indulgent envers soi-même et de se concentrer sur les relations saines et épanouissantes.
“Nourrissez les relations avec les personnes qui vous prêtent attention, qui vous reconnaissent, qui vous respectent et qui sont connectées à vous”, dit-il. “Plutôt que de chercher à savoir comment faire pour que cette personne vous parle à nouveau.”
Le rejet fait partie de la vie, mais il est important de ne pas laisser cette expérience définir votre valeur personnelle. En prenant soin de vous et en cultivant des relations positives, vous pouvez surmonter la douleur du rejet et construire un réseau social solide et enrichissant.
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