Russie utilise des terminaux Starlink pour guider ses drones d’attaque, selon l’Ukraine
KYIV, Ukraine – Les forces russes ont équipé un drone d’attaque BM-35 avec un terminal de communication par satellite de type Starlink, permettant un contrôle à distance et contournant potentiellement les défenses de guerre électronique ukrainiennes, ont déclaré des spécialistes ukrainiens. Cette évolution, révélée après l’interception et l’examen du drone cette semaine, soulève des inquiétudes quant à l’adaptation par Moscou de technologies commerciales occidentales pour intensifier ses opérations militaires.
Serhii Beskrestnov, un spécialiste ukrainien connu sous le nom de code “Flash”, a partagé des preuves photographiques et techniques démontrant l’utilisation du système Starlink pour contrôler le drone. “Pour la première fois, le contrôle du BM-35 par Starlink a été enregistré”, a-t-il déclaré sur sa page Facebook. Il a souligné que l’équipement Starlink avait été précédemment observé sur la série de drones Molniya.
L’utilisation de Starlink par la Russie est particulièrement préoccupante car elle permet aux opérateurs de guider les drones à distance, même dans des environnements où les systèmes de brouillage sont actifs. “Quand les Shaheds volent sur Starlink, ce n’est qu’une question de temps, peut-être même de jours, pas de mois. C’est un gros problème pour nous”, a déclaré Beskrestnov, faisant référence aux drones kamikazes iraniens utilisés par la Russie. “Les drones avec ce type de contrôle ne sont pas affectés par la guerre électronique et atteignent leur cible avec précision sous le contrôle d’un opérateur en Russie.”
Le BM-35 est un drone d’attaque unidirectionnel relativement récent utilisé par la Russie pour frapper les infrastructures militaires ukrainiennes à longue portée. Traditionnellement, ces drones sont contrôlés par des liaisons radio ou suivent des itinéraires de navigation préprogrammés. L’intégration de la communication par satellite représente un changement significatif, offrant une plus grande portée et une fiabilité accrue.
L’Ukraine affirme que la Russie se procure ces terminaux par l’intermédiaire de sociétés écrans basées aux Émirats arabes unis, à Singapour et en Malaisie. Ces terminaux sont ensuite distribués aux unités au sol pour la coordination sur le champ de bataille et aux fabricants de drones pour l’intégration dans les plateformes aériennes.
Les analystes ukrainiens signalent également que la Russie prépare le déploiement de son drone d’attaque Geran-4, équipé de missiles air-air. Ce drone, décrit comme un intercepteur sans pilote, devrait également utiliser des terminaux Starlink pour le contrôle de vol et l’acquisition de cibles.
Cette situation met en lumière une tendance plus large : l’adaptation par la Russie de technologies commerciales à des fins militaires. Kyiv a averti à plusieurs reprises que Moscou exploitait des systèmes occidentaux disponibles dans le commerce pour améliorer ses capacités d’attaque.
L’incident du BM-35 souligne la rapidité avec laquelle les forces russes mettent à jour leurs systèmes de drones sans pilote. Selon les spécialistes ukrainiens, la présence d’un terminal satellite sur un drone d’attaque unidirectionnel est une escalade dans les tentatives de Moscou pour contourner les défenses électroniques et maintenir le contrôle de l’opérateur jusqu’à la phase finale du vol.
L’utilisation de Starlink par la Russie soulève des questions sur la sécurité et le contrôle de l’accès à cette technologie. SpaceX, la société qui exploite Starlink, n’a pas immédiatement commenté cette situation spécifique. Cependant, l’entreprise a déclaré par le passé qu’elle ne vendait pas directement ses services aux gouvernements ou aux entités militaires, et qu’elle prenait des mesures pour empêcher l’utilisation abusive de son réseau.
La guerre en Ukraine a déjà eu un impact significatif sur le paysage mondial de la guerre électronique. L’utilisation de Starlink par la Russie pourrait conduire à une nouvelle course aux armements dans ce domaine, avec des efforts accrus pour développer des systèmes de brouillage plus sophistiqués et des contre-mesures. Selon un rapport récent du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS), les investissements mondiaux dans la guerre électronique devraient atteindre 30 milliards de dollars d’ici 2025.
L’évolution de la situation souligne l’importance d’une surveillance continue et d’une coopération internationale pour prévenir la prolifération de technologies sensibles et garantir qu’elles ne soient pas utilisées à des fins nuisibles.
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