Une vaste étude suédoise publiée en octobre 2026 dans The BMJ révèle que les femmes vaccinées contre le papillomavirus humain avant leur grossesse présentent un risque réduit de complications, notamment une baisse de 15 % des naissances très prématurées.
La vaccination contre le papillomavirus humain (HPV), principalement connue pour son rôle protecteur contre le cancer du col de l’utérus, pourrait également offrir des avantages majeurs pour la santé reproductive. C’est ce que démontre une vaste étude épidémiologique menée en Suède et publiée en octobre 2026 dans The BMJ, apportant un éclairage inédit sur les répercussions positives de l’immunisation à grande échelle. Ault, professeur et vice-président de l’éducation à Penn State Health, qui n’a pas participé aux travaux, a souligné qu’il s’agit de la recherche la plus vaste et la plus complète réalisée sur ce sujet.
Analyse de 624 713 naissances dans les registres suédois
Pour parvenir à ces conclusions, les chercheurs du Karolinska Institutet et de l’Université de Göteborg se sont appuyés sur les registres nationaux suédois. Ils ont analysé les données de 624 713 naissances vivantes uniques chez des mères primipares âgées de 16 à 35 ans, recensées entre 2006 et 2023. Parmi ces participantes, exactement 92 620 femmes, soit 14,8 %, avaient reçu le vaccin quadrivalent contre le HPV avant le début de leur grossesse.
L’étude a examiné plusieurs critères de complications obstétricales, incluant l’accouchement prématuré avant 37 semaines de gestation, l’accouchement très prématuré entre 28 et 31 semaines, la rupture prématurée des membranes avant le travail, ainsi que les naissances d’enfants présentant un poids insuffisant par rapport à l’âge gestationnel. Après ajustement des facteurs confondants, les femmes vaccinées ont systématiquement affiché des taux de complications inférieurs à ceux du groupe non vacciné.

Une protection accrue chez les jeunes filles vaccinées avant 17 ans
L’un des enseignements majeurs de ce travail réside dans l’impact de l’âge au moment de la vaccination. Les réductions de risque les plus nettes ont été observées chez les jeunes filles immunisées avant l’âge de 17 ans, période qui correspond généralement au début de l’exposition au virus par voie sexuelle.
Dans cette cohorte précoce, les risques étaient particulièrement orientés à la baisse :

- Les femmes immunisées avant 17 ans présentaient un risque de accouchement prématuré réduit de 10 %.
- Le risque de rupture prématurée des membranes avant le travail chutait de 14 %.
- La probabilité de donner naissance à un nourrisson dont la taille est anormalement faible pour son âge gestationnel diminuait de 9 %.
Pour Zhongsong Zhang, doctorant en épidémiologie et biostatistiques au Karolinska Institutet et premier auteur de l’article, ces données confirment l’intérêt d’une immunisation menée précocement, notamment à travers les programmes scolaires mis en place dès l’âge de 10 à 12 ans en Suède.
Les mécanismes biologiques et chirurgicaux évalués par les chercheurs
La diminution de ces complications s’explique, selon les auteurs, par deux voies distinctes. D’une part, la prévention directe de l’infection virale évite l’inflammation et les perturbations cellulaires au niveau du col de l’utérus, sachant qu’une infection persistante est liée en soi à un risque accru de prématurité. D’autre part, la vaccination prévient l’apparition de lésions précancéreuses.
Les interventions chirurgicales destinées à exciser ces tissus anormaux sont reconnues pour fragiliser le col utérin et doubler le risque d’accouchement prématuré ultérieur. En éliminant le besoin de telles interventions, la vaccination protège indirectement la intégrité du parcours obstétrical.

« Avec les recherches antérieures montrant l’innocuité de la vaccination contre le papillomavirus humain pendant la grossesse, nos résultats suggèrent que la vaccination contre le papillomavirus humain est non seulement sans danger en ce qui concerne les issues de la grossesse, mais qu’elle pourrait également conférer des avantages supplémentaires en réduisant le risque d’événements indésirables », ont indiqué les auteurs de l’étude selon The BMJ.
Les limites méthodologiques et les perspectives pour les politiques de santé publique
En dépit de la rigueur de cette analyse observationnelle de grande envergure, les chercheurs rappellent qu’elle ne permet pas d’établir un lien de causalité direct et définitif. D’autres variations inhérentes aux pratiques cliniques au fil des décennies ont été prises en compte, mais la prudence reste de mise.
Néanmoins, les implications en matière de santé publique s’annoncent considérables. Les scientifiques estiment que même une baisse modeste des naissances prématurées se traduit, à l’échelle mondiale, par un gain démographique et sanitaire de premier plan pour des millions de jeunes concernés.
Sur le même sujet