Kostiantynivka : le verrou stratégique du Donbass sous pression
L’armée ukrainienne lutte pour maintenir l’intégrité de sa « ceinture de forteresses » alors que les troupes russes s’approchent à moins d’un kilomètre des périphéries sud de la ville.
KOSTIANTYNIVKA, Ukraine — La tension est montée d’un cran ce samedi 2 mai 2026 dans l’est de l’Ukraine. Les forces russes, employant des tactiques d’infiltration et des groupes d’infanterie légers, tentent désespérément de s’implanter aux abords de Kostiantynivka, un centre névralgique de la défense ukrainienne dans la région de Donetsk.
Selon Oleksandr Syrskyi, le chef d’état-major des forces armées ukrainiennes, la ville fait actuellement l’objet d’une pression intense.
« Nous repoussons les tentatives persistantes des occupants russes de gagner un point d’appui à la périphérie de Kostiantynivka en utilisant des tactiques d’infiltration. Des mesures de contre-sabotage sont en cours dans la ville. » Oleksandr Syrskyi, chef de l’armée ukrainienne
L’urgence est palpable. Le projet de cartographie DeepState indique que les troupes russes contrôlent désormais une zone située à seulement un kilomètre
des périphéries sud de la ville, tandis que certains secteurs du sud-est sont désormais classés comme « zones grises », échappant au contrôle total des deux camps. Cette escalade fait suite à la prise de Novodmytrivka, au nord de la ville, annoncée par le ministère russe de la Défense mercredi dernier.
Le concept de la « ceinture de forteresses »
Kostiantynivka n’est pas un bastion isolé. Elle constitue l’un des piliers d’un système défensif complexe surnommé la « ceinture de forteresses ». Ce réseau stratégique regroupe quatre villes majeures — Sloviansk, Kramatorsk, Druzhkivka et Kostiantynivka — alignées le long de l’autoroute H-20.
Pour Kiev, ce n’est pas seulement une ligne de front, mais une assurance-vie géographique. L’Institut pour l’étude de la guerre (ISW) souligne que ce secteur est optimisé pour la défense grâce à sa topographie. Perdre ce verrou forcerait l’Ukraine à se replier vers des terrains de plaines, beaucoup moins propices à la défense, dans les oblasts de Kharkiv et de Dnipropetrovsk.
Une ingénierie de la résistance
Sur le terrain, cette « ceinture » se traduit par des ouvrages d’art militaires d’une ampleur massive. Selon des rapports relayés par The Economist, les lignes défensives atteignent jusqu’à 200 mètres de large
.
Le dispositif se compose de plusieurs couches :
- Des réseaux de fils barbelés et de clôtures anti-infanterie.
- Des fossés anti-chars d’environ
deux mètres de profondeur et jusqu’à trois mètres de large
. - Des remblais de terre excavée, des mines et des « dents de dragon » (blocs de béton anti-blindés).
Cette infrastructure, renforcée par une surveillance constante par drones, vise à transformer le front en une zone de destruction contrôlée, augmentant drastiquement le coût humain de chaque avancée russe.
Un enjeu diplomatique majeur
L’importance de Kostiantynivka dépasse le cadre purement militaire. Alors que des négociations de paix sont menées sous l’égide de l’administration américaine, la possession de cette ligne défensive est devenue un point de friction central.

Moscou exige le retrait des forces ukrainiennes des zones de Donetsk et Louhansk qu’elle n’a pas réussi à capturer après quatre ans de guerre totale. De son côté, Kiev refuse de céder des territoires qu’elle contrôle encore, considérant que le maintien d’une ligne géographiquement défendable est la seule garantie pour empêcher la Russie de relancer des offensives massives à l’avenir.
L’intensité des combats s’est accélérée en avril, avec 83 assauts
enregistrés dans le secteur de Kostiantynivka depuis lundi dernier, selon le général Syrskyi. Dans un contexte où les espoirs de cessez-le-feu immédiat s’amenuisent, Kostiantynivka demeure le dernier rempart avant que le conflit ne bascule vers le cœur industriel de l’Ukraine.
