La Douma d’État russe a adopté, le 26 mai 2026, une loi autorisant la Banque centrale de Russie, la Sberbank, le service de messagerie spéciale « Spetsialnaya Pochta » et l’association « Rosinkas » à neutraliser les drones, y compris par la force. Cette mesure vise à protéger les infrastructures financières contre la multiplication des attaques aériennes.
Une extension des compétences de défense aux institutions financières
Le texte législatif, initialement déposé au Parlement en août 2025, a connu une accélération notable lors de la séance du 26 mai 2026. Alors qu’il ne visait à l’origine que le service d’encaissement de la Banque centrale, le champ d’application a été considérablement élargi au cours des lectures parlementaires. Désormais, ces entités disposent d’un cadre juridique pour agir sans attendre l’intervention des services spécialisés de l’État, comme l’a rapporté Interfax.

Les organisations concernées sont désormais habilitées à utiliser divers moyens pour contrer les menaces aériennes, terrestres, voire sous-marines. Les mesures autorisées incluent le brouillage des signaux de navigation, l’interception des commandes de vol, ainsi que la destruction pure et simple des appareils. Selon la Русская служба The Moscow Times, le personnel de la Banque centrale sera formé et équipé pour assurer cette mission de protection rapprochée.
Le financement de la « défense anti-aérienne corporative »
Un point crucial de cette législation réside dans le transfert de la charge financière vers les institutions elles-mêmes. Le député Anatoli Aksakov, président du comité de la Douma pour le marché financier, a été formel sur ce point, soulignant que les coûts de mise en œuvre de ces systèmes de protection seront entièrement supportés par les banques et les structures concernées. Comme l’indique l’agence Unian, cette politique s’inscrit dans un contexte de montée en puissance des attaques de drones sur le territoire russe.

Le député a également précisé que ce cadre légal était devenu indispensable, car ni la Banque centrale ni la Sberbank ne disposaient auparavant des prérogatives nécessaires pour déployer de tels moyens de défense. Cette « défense anti-aérienne corporative », telle que décrite par la Независимая газета, marque une étape supplémentaire dans la militarisation civile des infrastructures critiques face à une menace devenue permanente.
Défis opérationnels et limites de l’auto-défense
Si le texte législatif clarifie les responsabilités, la question de l’efficacité opérationnelle demeure centrale. Le choix des effectifs autorisés à porter des armes ou à manipuler des systèmes anti-drones relève désormais de la compétence interne de chaque organisation. Toutefois, les experts soulignent que les capacités de défense varieront selon la nature des menaces.

Dans un entretien accordé à The Insider, l’analyste militaire David Sharp a nuancé la portée réelle de ces mesures, rappelant que les drones effectuant des frappes en profondeur sur le territoire national ne sont pas toujours vulnérables aux dispositifs portatifs ou aux fusils de brouillage standard.
Le gouvernement russe devra définir, par décret, les listes précises du personnel habilité au sein de la Sberbank et des autres entités. Avec cette adoption rapide par la Douma et la transmission immédiate au Conseil de la Fédération, l’État cherche à combler un vide juridique face à une intensité des attaques qui a atteint des niveaux records en mai 2026. L’enjeu pour les mois à venir sera de mesurer la capacité réelle de ces structures privées et parapubliques à intégrer ces nouvelles responsabilités de sécurité nationale dans leurs opérations quotidiennes.
