La Formule E revient ce week-end à Sanya, en Chine, pour le 11e tour du championnat 2025/26, sept ans après sa dernière visite en 2019. Ce retour marque bien plus qu’un simple arrêt sur le calendrier : il s’inscrit dans une stratégie ambitieuse de la série pour s’enraciner en Asie, alors que la région représente un enjeu économique et sportif majeur. Le circuit de 2,48 km, légèrement modifié depuis 2019, accueillera une course unique en son genre avec un “zéro lap” inédit, où les pilotes devront parcourir un offset de 535 mètres à 50 km/h avant le départ arrêté. La température, annoncée entre 31 et 32°C avec un ressenti à 41°C, promet un défi supplémentaire pour les équipes et les pilotes.
Un retour chargé d’enjeux : la Formule E mise sur l’Asie
Le retour à Sanya s’inscrit dans une dynamique plus large pour la Formule E, qui multiplie les événements en Asie cette saison. Après ce week-end, la série enchaînera avec deux autres courses en Chine (Shanghai les 4 et 5 juillet) et au Japon (Tokyo en septembre), un “triple header asiatique” inédit qui célèbre les racines du championnat — son tout premier Grand Prix s’était déroulé à Pékin en 2014. Selon The Race, cette concentration d’épreuves reflète aussi l’urgence pour la série de consolider sa présence sur un continent où les manufacturiers chinois pourraient bientôt faire leur entrée.
L’enjeu est de taille : attirer un constructeur chinois dans le championnat. Comme l’explique Jeff Dodds, CEO de la Formule E, cité lors d’une conférence de presse préparatoire :

« Je discute avec les manufacturiers chinois, et ils sont très déterminés : s’ils entrent dans le championnat, ils veulent être compétitifs immédiatement et remporter des victoires dès leur arrivée, car ils dominent déjà le marché des véhicules électriques. »
— Jeff Dodds, CEO de la Formule
Dodds souligne cependant que cette transition prendra du temps : « Pour nous, le moment logique pour une entrée officielle serait au milieu de la génération 4, probablement avec une version évoluée (Gen4 Evo). Cela permettrait à un manufacturier de s’engager à part entière, et non simplement en tant que partenaire d’équipe. » Cette approche pragmatique reflète la réalité d’une industrie où l’expertise technique et la compréhension des spécificités du sport automobile prennent plusieurs saisons à maturer.
Chaleur extrême et défis techniques : les pilotes face à l’épreuve de Sanya
Avec des températures dépassant les 30°C, Sanya représente un défi physique et mécanique sans équivalent dans le calendrier. Plusieurs pilotes ont déjà réagi à l’arrivée sur place, comme Jake Dennis (Andretti), qui a simplement posté sur Instagram : « Peut-être trop chaud ». Son coéquipier Felipe Drugovich a confirmé l’ambiance avec un message plus direct : « 31 degrés. Course chaude à venir ». Même Nico Müller (Porsche) a partagé des images du circuit en écrivant : « Tour 11 en Formule E à Sanya ce samedi. Prêt à transpirer et à m’amuser » — une formulation qui résume à elle seule l’équilibre entre excitation et appréhension face à ces conditions.

La chaleur affecte directement la performance des voitures. Les batteries des monoplaces Gen3 Evo voient leur efficacité réduite sous ces températures, tout comme les pneus, dont l’adhérence peut devenir précaire. Selon The Times of India, les équipes ont adapté leurs stratégies en amont, avec des simulations climatiques et des ajustements des systèmes de régénération d’énergie. Nissan, qui a déjà un historique solide à Sanya (pole position et podium en 2019 avec Oliver Rowland), mise sur une préparation minutieuse pour exploiter les spécificités du circuit, notamment son mélange de virages serrés et de longues lignes droites où l’aérodynamique joue un rôle clé.
Un circuit revisité : les modifications clés pour 2026
Bien que le tracé de Sanya reste globalement inchangé depuis 2019, quelques ajustements ont été apportés pour moderniser l’expérience. La longueur du circuit passe de 2,23 km à 2,48 km, avec 37 tours au programme (contre 36 en 2019). Le plus grand changement concerne le format de départ : un « zéro lap » inédit oblige les pilotes à parcourir un offset de 535 mètres à 50 km/h avant le départ arrêté, situé entre les virages 10 et 11. Cette innovation, inspirée des règles de la Formule 1, ajoute une couche de stratégie supplémentaire.
Les trois premiers virages, tous à gauche, ont été repensés pour offrir une meilleure fluidité, tandis que le virage 9 — surnommé « le virage à surveiller » par les experts — reste un point chaud où les dépassements sont fréquents, comme lors de la première édition en 2019. Selon AutoHebdoF1, cette configuration rappelle que Sanya est un circuit où la gestion de l’énergie et la précision de pilotage font la différence.
L’impact de la Formule E en Chine : enjeux économiques et sportifs
Au-delà du spectacle sportif, le retour à Sanya s’inscrit dans une stratégie plus large de la Chine pour positionner Sanya comme un hub mondial du sport automobile. La ville vise le statut de « plus grand port franc » d’ici 2035, et la Formule E y joue un rôle clé en attirant des investissements et en renforçant son image internationale. Comme le souligne Sébastien Buemi, pilote chez Envision Racing :
« C’est formidable d’ouvrir la partie asiatique du calendrier avec deux courses en Chine. Les conditions chaudes rendent la course exigeante, mais j’ai hâte de relever le défi. »
Cette saison a déjà été marquée par une diversité de vainqueurs (Jake Dennis, Nick Cassidy, Mitch Evans, etc.), reflétant la compétitivité du plateau. Avec Sanya, la Formule E mise sur un mélange d’attractivité touristique et de prestige sportif pour séduire de nouveaux partenaires — notamment chinois. L’arrivée potentielle d’un manufacturier local, comme évoqué par Dodds, pourrait accélérer cette dynamique, même si les délais techniques restent un frein majeur.
Programme et comment suivre l’épreuve
Le week-end de course à Sanya s’annonce dense. Voici le programme détaillé (heures locales) :

- Vendredi 19 juin : Essais libres 1 à 16h30 (09h30 BST)
- Samedi 20 juin : Essais libres 2 à 08h30 (01h30 BST) / Qualifications à 10h40 (03h40 BST) / Course à 15h05 (08h05 BST)
Pour suivre l’épreuve en direct, plusieurs options s’offrent aux spectateurs : le site officiel de la Formule E (fiaformulae.com/live), l’application officielle, ou les réseaux sociaux de la série. Les diffusions en télévision varient selon les pays, mais les fans pourront aussi compter sur des analyses en temps réel via des plateformes comme The Race ou des interviews exclusives partagées directement depuis le paddock.
Et après Sanya ? Les prochains défis de la Formule E
Le retour à Sanya n’est qu’une étape dans une saison 2025/26 déjà riche en rebondissements. Après la Chine, la Formule E enchaînera avec Shanghai, où les manufacturiers locaux pourraient faire leur apparition sous forme de démonstrations techniques. À plus long terme, l’arrivée d’un constructeur chinois dans le championnat — si elle se concrétise — pourrait redessiner l’équilibre du plateau, surtout si des acteurs comme BYD (déjà impliqué dans des projets en Formule 1) décident de s’engager pleinement.
Sur le plan sportif, la gestion de la chaleur et des ressources énergétiques restera un enjeu central, surtout avec l’arrivée prochaine de la génération 4. Comme le rappelle Dodds, l’objectif est clair : « Nous voulons voir un manufacturier chinois dans le championnat à moyen terme, mais cela demandera du temps et des investissements importants. » Pour les pilotes et les équipes, Sanya sera donc bien plus qu’une simple course : un test grandeur nature pour affiner leurs stratégies en vue des défis à venir.
Une chose est sûre : avec ses températures extrêmes, son circuit exigeant et son enjeu géopolitique, le Sanya E-Prix 2026 s’annonce comme l’une des épreuves les plus marquantes de la saison.
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