La finance intégrée entre dans l’âge de la maturité : la confiance remplace la vitesse
Par Antoine Dubois, Rédacteur en chef, Section Économie, nouvelles-du-monde.com
NEW YORK – Pendant plus de deux décennies, les entreprises de technologie financière ont cherché à reproduire un modèle de financement inventé par General Motors il y a plus d’un siècle : proposer des solutions de crédit directement au point de vente. Aujourd’hui, cette course effrénée à l’intégration de services financiers dans des secteurs d’activité traditionnellement éloignés de la banque semble ralentir, laissant place à une approche plus mesurée et axée sur la fiabilité.
Les premières années de la finance intégrée – un système où les paiements, les prêts, les portefeuilles numériques, les assurances et autres produits financiers sont intégrés aux plateformes de commerçants ou d’entreprises non bancaires – ont été caractérisées par une obsession de la vitesse. Inspirées par l’éthos de la Silicon Valley, les entreprises promettaient un avantage concurrentiel majeur à celles qui parvenaient à proposer rapidement ces services. L’objectif était de croître, de fidéliser la clientèle et de générer de nouvelles sources de revenus, sans les contraintes et les délais associés aux banques traditionnelles.
Mais cette course à la vitesse a laissé des traces. Les coûts d’intégration ont augmenté, les exigences de conformité se sont multipliées et la transparence des opérations des fournisseurs de finance intégrée est devenue une préoccupation majeure. Selon une récente étude de PYMNTS Intelligence, réalisée en collaboration avec Green Dot, la confiance dans la technologie et la rigueur opérationnelle des fournisseurs sont désormais les facteurs déterminants dans le choix d’un partenaire.
Un marché en pleine transformation
Le marché mondial de la finance intégrée devrait dépasser les 7,2 billions de dollars d’ici 2030, selon Dealroom.co. Ce potentiel de croissance colossal ne signifie pas pour autant que la vitesse est toujours le critère principal. Les entreprises, en particulier celles opérant dans le secteur B2B, accordent désormais une importance primordiale à la fiabilité et à la gouvernance. Pour elles, une panne de service, un manquement à la conformité ou un problème de données peuvent avoir des conséquences financières importantes.
Renata Caine, directrice générale de banking-as-a-service chez Green Dot, souligne que la finance intégrée est devenue “fondamentale pour la création de valeur et la fidélisation de la clientèle”. Elle ajoute que cette tendance s’étend à toutes les tailles d’entreprises, et qu’il ne s’agit plus seulement des grandes marques.
Des priorités qui divergent
L’étude de PYMNTS Intelligence révèle également que la finance intégrée est perçue différemment selon le type d’entreprise. Les entreprises B2C se concentrent sur l’amélioration de l’expérience client, l’acquisition de nouveaux clients et l’engagement de la clientèle existante. Elles cherchent à approfondir l’utilisation des services financiers existants plutôt que d’en ajouter constamment de nouveaux.
Les entreprises B2B, quant à elles, privilégient la santé opérationnelle, la performance des flux de trésorerie, le contrôle des coûts et la stabilité du système. Pour elles, la finance intégrée est avant tout une infrastructure.
Les entreprises hybrides, qui à la fois proposent et utilisent la finance intégrée en interne, sont confrontées à des défis particuliers. Elles doivent équilibrer l’expérience client avec les exigences réglementaires et la gouvernance de la plateforme.
La surveillance réglementaire se renforce
L’évolution du paysage de la finance intégrée est également influencée par une surveillance réglementaire accrue. Les fintechs qui fournissent ces services sont généralement classées comme des tiers technologiques ou des gestionnaires de programmes, et non comme des institutions financières réglementées. Leur activité est donc soumise aux contrats, à la surveillance et aux procédures de diligence raisonnable imposées par la banque partenaire. Cette banque est généralement responsable de tout manquement à la conformité, y compris en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et de connaissance du client.
La plupart des entreprises interrogées par PYMNTS Intelligence ne pensent pas qu’une réglementation supplémentaire nuira à la finance intégrée, mais elles s’attendent à une surveillance accrue, en particulier au cours des trois prochaines années. Les fournisseurs d’infrastructure et les plateformes travaillant directement avec les prestataires de services financiers, tels que les plateformes de paiement fractionné comme Klarna, anticipent une attention particulière.
Redéfinir la “fluidité”
La notion même de “fluidité” évolue. Dans les premières années de la finance intégrée, elle signifiait “invisible”. Les paiements étaient effectués rapidement et sans friction. Aujourd’hui, la fluidité signifie de plus en plus “prévisible, transparent et responsable”.
Le manque de visibilité sur le fonctionnement interne des fournisseurs est devenu une préoccupation majeure, en particulier pour les entreprises qui interagissent directement avec les consommateurs. Cette opacité nuit à la confiance et rend plus difficile l’adaptation en cas de problème.
Un nouveau modèle pour l’avenir
L’avenir de la finance intégrée sera marqué par une priorité accrue accordée aux cadres de gouvernance, à des modèles d’intégration plus clairs et à des contrôles de sécurité et de confidentialité des données renforcés. Les entreprises mesureront leur succès non seulement en fonction de l’acquisition de nouveaux clients, mais aussi en fonction de la performance opérationnelle et de la valeur à long terme de la clientèle.
La prochaine phase favorisera probablement un nombre plus restreint de plateformes plus solides, axées sur la durabilité plutôt que sur l’expérimentation. Les fournisseurs qui peuvent démontrer leur fiabilité, leur discipline en matière de conformité et leur transparence seront en mesure de gagner des parts de marché.
En fin de compte, les entreprises qui réussiront à tirer parti de la finance intégrée seront celles qui seront prêtes à sacrifier la vitesse à court terme au profit d’une confiance à long terme dans leurs partenaires.
