Des études récentes révèlent que deux approches distinctes utilisant des vitamines modifiées pourraient révolutionner le traitement du glioblastome, le cancer du cerveau le plus agressif chez l’adulte. D’un côté, une étude publiée dans Oncoscience explore le nitrosylcobalamine (NO-Cbl), une forme modifiée de vitamine B12 capable de franchir la barrière hémato-encéphalique et de cibler spécifiquement les tumeurs. De l’autre, une équipe de l’Université de Calgary teste des doses élevées de niacine (vitamine B3) pour réactiver le système immunitaire affaibli par la maladie. Les premiers résultats, bien que préliminaires, dépassent les attentes : 82 % des patients traités n’ont montré aucune progression de leur cancer à six mois, contre seulement 54 % dans les études précédentes. Ces percées, présentées ce mois-ci, pourraient enfin offrir une lueur d’espoir après deux décennies de stagnation thérapeutique.
Deux approches distinctes, un même objectif : vaincre le glioblastome
Le glioblastome, responsable de près de 15 000 décès par an en Europe et aux États-Unis, résiste depuis des décennies aux traitements conventionnels. Même avec une combinaison de chirurgie, radiothérapie et chimiothérapie, la survie médiane des patients ne dépasse pas 15 mois. Deux équipes de recherche, indépendantes mais complémentaires, explorent désormais des pistes prometteuses utilisant des vitamines modifiées pour contourner les mécanismes de résistance de la tumeur.
La première approche, menée par Joseph A. Bauer du Cleveland Clinic Foundation Taussig Cancer Center, se concentre sur le nitrosylcobalamine (NO-Cbl), une forme de vitamine B12 capable de libérer de l’oxyde nitrique. Les chercheurs ont démontré que cette molécule franchit la barrière hémato-encéphalique (BHE), un obstacle majeur pour les médicaments contre le cancer du cerveau. Dans des modèles animaux, le NO-Cbl s’est accumulé préférentiellement dans les tissus tumoraux, où il a maintenu des niveaux élevés d’oxyde nitrique pendant au moins 24 heures, contrairement aux tissus sains où les niveaux ont chuté plus rapidement. « Cette étude pilote montre que le NO-Cbl franchit la BHE, s’accumule sélectivement dans les tissus tumoraux du cerveau et potentialise les thérapies existantes et expérimentales contre le glioblastome. », souligne Bauer dans son article publié dans Oncoscience.

L’autre piste, développée par les Drs Gloria Roldan Urgoiti et Wee Yong de l’Université de Calgary, mise sur la niacine (vitamine B3) pour réactiver les cellules immunitaires affaiblies par la tumeur. Le glioblastome inhibe normalement la réponse immunitaire en désactivant les cellules myéloïdes, qui devraient normalement attaquer les cellules cancéreuses. La niacine, administrée à haute dose (jusqu’à 2 000 mg/jour), semble restaurer leur fonction. « La niacine réjuvenate les cellules immunitaires pour qu’elles fassent ce qu’elles doivent faire : attaquer et détruire les cellules cancéreuses. », explique Yong, professeur à la Cumming School of Medicine. « Je vois cela comme une bataille permanente pour le cerveau. »
Des résultats cliniques qui dépassent les attentes
Les premiers résultats de l’essai clinique sur la niacine, publiés dans le Journal of Neuro-Oncology, sont particulièrement encourageants. Sur les 24 premiers patients traités, 82 % n’ont présenté aucune progression de leur maladie à six mois, contre seulement 54 % dans les études historiques. Cela représente une amélioration de 28 %, un seuil jugé suffisant par les chercheurs pour poursuivre l’essai. « Le glioblastome est le cancer du cerveau le plus agressif chez l’adulte. La survie des patients n’a pas évolué de manière significative depuis 20 ans. », rappelle Roldan Urgoiti. « Tout ce qui pourrait aider doit être exploré, mais cela nécessite des protocoles stricts et une surveillance rigoureuse. »

Un patient, Edward Waldner, 55 ans, a partagé son expérience dans plusieurs médias, dont ScienceDaily. Après avoir découvert une tumeur cérébrale lors d’un passage aux urgences, il a accepté de participer à l’essai clinique. « Le médecin m’a dit que j’avais une masse au cerveau et qu’il fallait voir un oncologue. », raconte-t-il. « Je n’ai aucun problème à aider les autres. J’ai accepté. Je veux aussi me soigner. » Selon lui, participer à la recherche l’a aidé mentalement : « Quand je suis sorti de l’hôpital après l’opération, on m’a dit : c’est tout, on ne peut plus rien faire. Mais là, on essaie. »
Les effets secondaires les plus fréquents observés étaient des flushs cutanés (rougeurs), typiques de la niacine, et dans deux cas, des effets sanguins graves à haute dose. Les chercheurs ont donc fixé la dose maximale tolérée à 2 000 mg par jour. « Les doses très élevées de vitamines, y compris la niacine, peuvent être dangereuses et ne doivent être utilisées que sous surveillance médicale stricte. », insiste Roldan Urgoiti. L’essai, qui vise à inclure 48 participants d’ici 2027, reste en phase de recrutement.
Pourquoi ces découvertes pourraient-elles changer la donne ?
Le glioblastome résiste aux traitements conventionnels pour plusieurs raisons. Premièrement, la barrière hémato-encéphalique bloque l’accès des médicaments aux tumeurs cérébrales. Deuxièmement, la tumeur supprime activement le système immunitaire en désactivant les cellules myéloïdes, qui devraient normalement attaquer les cellules cancéreuses. Troisièmement, les cellules tumorales développent rapidement des résistances aux chimiothérapies classiques comme le témozolomide.
Les deux approches présentées ici ciblent ces mécanismes de résistance. Le NO-Cbl, en libérant de l’oxyde nitrique directement dans la tumeur, pourrait réduire la pression artérielle intratumorale et améliorer la pénétration des autres médicaments, selon les données précliniques. La niacine, quant à elle, agit en réactivant les cellules immunitaires pour qu’elles reprennent leur rôle de défense. « Normalement, le système immunitaire tente de contrer et d’empêcher la croissance tumorale, mais le glioblastome supprime ce système. », explique Yong. « La niacine permet aux cellules immunitaires de retrouver leur fonction. »
Une différence majeure entre les deux approches réside dans leur mécanisme d’action. Le NO-Cbl agit directement sur la tumeur en modifiant son environnement, tandis que la niacine potentialise les défenses naturelles du patient. « Nous voyons cela comme une synergie potentielle entre ces deux approches. », suggère Bauer, bien qu’aucune étude combinée n’ait encore été menée. Les chercheurs soulignent cependant que ces thérapies ne seront pas des solutions miracles. « Tout ce qui peut aider doit être exploré, mais cela nécessite des protocoles stricts et une surveillance rigoureuse. », rappelle Roldan Urgoiti.
Quelles sont les prochaines étapes ?
Les deux études sont encore en phase préliminaire, mais les résultats obtenus justifient une accélération des recherches. Pour le NO-Cbl, les équipes du Cleveland Clinic Foundation prévoient de lancer des essais cliniques de phase II d’ici la fin 2026, avec pour objectif de confirmer l’efficacité et la sécurité du traitement chez l’humain. « Les données précliniques sont très prometteuses, mais nous devons maintenant les valider chez les patients. », indique Bauer.

Côté niacine, l’essai clinique de l’Université de Calgary continue de recruter des participants pour atteindre les 48 patients prévus d’ici 2027. Les chercheurs envisagent également d’explorer des combinaisons avec d’autres thérapies, comme la radiothérapie ou l’immunothérapie. « Nous devons maintenant déterminer si ces résultats peuvent être reproduits à plus grande échelle et si cette approche peut être intégrée aux traitements standards. », précise Yong.
Un défi majeur reste la mise à l’échelle de ces thérapies. La production de NO-Cbl à grande échelle et la standardisation des doses de niacine nécessiteront des investissements importants. De plus, les régulateurs comme la FDA ou l’EMA devront évaluer rigoureusement la sécurité et l’efficacité de ces approches avant leur adoption en routine clinique.
Un espoir après des décennies de stagnation
Pour les patients atteints de glioblastome, ces découvertes représentent une lueur d’espoir après des décennies de stagnation thérapeutique. Bien que les résultats actuels soient encore préliminaires, ils suggèrent que des molécules aussi simples que des vitamines modifiées pourraient, combinées aux traitements existants, améliorer significativement les chances de survie. « Tout ce qui peut aider doit être exploré, mais cela nécessite des protocoles stricts et une surveillance rigoureuse. », insiste Roldan Urgoiti, soulignant l’importance de la prudence.
Pour les chercheurs, ces résultats ouvrent également de nouvelles pistes pour comprendre les mécanismes de résistance du glioblastome. « Ces découvertes pourraient nous aider à développer des thérapies plus ciblées et plus efficaces contre ce cancer agressif. », déclare Bauer. « Nous sommes encore loin d’une guérison, mais chaque pas compte. »
En attendant, les patients comme Edward Waldner continuent de participer aux essais cliniques, avec l’espoir que ces recherches aboutiront à de meilleures options thérapeutiques. « Je veux aider, et en même temps, je veux me soigner. », résume-t-il. Pour les médecins et les chercheurs, ces résultats confirment qu’il est possible d’envisager de nouvelles approches pour traiter ce cancer redoutable.
Pour toute question sur les essais cliniques ou les traitements expérimentaux, consultez un oncologue ou un centre spécialisé dans les tumeurs cérébrales.
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