Le géant technologique américain IBM a subi une chute historique à la Bourse de New York, voyant sa valeur de marché fondre de 68 milliards de dollars au début des échanges. Cette dégringolade, qui représente la pire journée de l’histoire de l’entreprise, fait suite à l’annonce par le groupe de résultats financiers inférieurs aux attentes pour le deuxième trimestre, sur fond de bouleversements majeurs provoqués par l’intelligence artificielle (IA).
Un changement radical des priorités d’investissement
La direction d’IBM, sous l’impulsion de son directeur exécutif Arvind Krishna, a admis que l’entreprise a été prise de court par la rapidité avec laquelle ses clients ont réorienté leurs budgets. Au lieu d’investir dans les services de conseil et les logiciels, les entreprises privilégient désormais massivement l’acquisition de serveurs, de capacités de stockage et de mémoire pour bâtir leur propre infrastructure dédiée à l’IA. Selon les déclarations d’Arvind Krishna, cette dynamique a été accentuée par la volonté des clients de sécuriser leur infrastructure face à des restrictions d’offre et des hausses de prix anticipées. « Dans les dernières semaines du mois de juin, nous avons observé des clients qui ont déplacé leurs dépenses trimestrielles de capital (capex) vers des achats de serveurs, de stockage et de mémoire », a précisé le dirigeant. IBM, bien qu’ayant lancé un nouveau processeur mainframe pour l’IA en début de trimestre, n’a pas réussi à compenser la baisse d’activité dans ses autres segments.

Des résultats en deçà des prévisions
IBM a annoncé des revenus de 17,2 milliards de dollars pour le deuxième trimestre, manquant l’objectif de 17,9 milliards de dollars initialement anticipé par les analystes. La stagnation des bénéfices et l’incapacité à conclure plusieurs contrats importants dans les délais prévus ont aggravé ce déficit de performance. Le directeur général a reconnu les manquements de la firme : « Ces conditions imposent à nos équipes d’exécuter parfaitement, et en ce trimestre, nous avons hésité. Nous ne nous sommes pas adaptés et nous ne nous sommes pas déplacés assez rapidement. » En conséquence, les prévisions de profit dilué par action ont été révisées à la baisse, à 2,27 dollars.

L’impact sur le secteur technologique
Cette contre-performance d’IBM agit comme un signal d’alarme pour l’ensemble du secteur logiciel à Wall Street et au-delà, où les investisseurs craignent depuis longtemps que l’IA ne devienne une menace existentielle pour les modèles d’affaires traditionnels. En effet, les modèles d’IA promettent de réaliser les mêmes tâches que les logiciels classiques, mais avec une efficacité différente. La nervosité du marché s’est propagée à d’autres entreprises technologiques : * États-Unis : Oracle (-1,3 %), Microsoft (-1,5 %), Accenture (-2,1 %) et Salesforce (-2,5 %). * Royaume-Uni : Relx (-2,4 %), Sage (-1,7 %) et le London Stock Exchange Group (-0,9 %).
Stakes et avenir : une industrie en pleine mutation
L’ampleur des investissements mondiaux dans l’IA est sans précédent. Pour IBM, le défi est de taille. L’entreprise tente de se transformer, passant d’un héritage centré sur le matériel et les mainframes à celui d’un groupe logiciel agile. Malgré des acquisitions stratégiques comme Red Hat, HashiCorp et Confluent, la pression exercée par ce nouveau cycle d’investissement dans l’infrastructure IA soulève des questions sur la durabilité des anciens modèles économiques. Si la firme a récemment présenté une technologie de pointe pour des puces de moins d’un nanomètre, la priorité immédiate reste la stabilisation de sa situation financière et la reconquête de la confiance des investisseurs.
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