La guerre au Moyen-Orient accélère la transition énergétique mondiale
Londres – La récente escalade des tensions au Moyen-Orient, conjuguée à la volatilité des prix de l’énergie, pousse les nations à reconsidérer leur dépendance aux combustibles fossiles et à accélérer leur transition vers des sources d’énergie plus propres et plus sûres. Des foyers indiens se ruant sur les plaques à induction aux appels à un investissement massif dans les énergies renouvelables au Royaume-Uni, les conséquences de la crise énergétique se font sentir à travers le monde.
En Inde, où de nombreux ménages dépendent du gaz de pétrole liquéfié (GPL) de plus en plus rare et coûteux, la demande d’appareils de cuisson à induction a explosé. Certains modèles sont en rupture de stock, les restaurants ayant massivement privilégié ces alternatives. Des établissements à Mumbai ont même dû fermer leurs portes faute de pouvoir se procurer du gaz, tandis que d’autres ont limité leurs menus pour réduire leur consommation énergétique.
Cette situation intervient alors que l’Inde vient de conclure un accord historique avec les États-Unis pour importer environ 10 % de son GPL, une première dans ses relations commerciales avec Washington. L’accord, conclu par des raffineries publiques indiennes, vise à diversifier les sources d’approvisionnement énergétique du pays.
Au Royaume-Uni, le débat sur l’indépendance énergétique est relancé. Alors que le gouvernement s’était engagé à abandonner les combustibles fossiles d’ici le milieu du siècle, des voix s’élèvent pour réclamer la réouverture de champs pétroliers en mer du Nord. Cependant, l’argument du « Drill, baby, drill » est remis en question, car les prix du gaz sont déterminés par les marchés mondiaux et l’extraction de pétrole britannique aurait un impact limité à court terme.
Ed Miliband, secrétaire à l’énergie britannique, a souligné la nécessité d’investir dans des sources d’énergie propres et contrôlées localement. Il a comparé ces technologies – panneaux solaires, pompes à chaleur, véhicules électriques, plaques à induction – à des « drones », des outils essentiels pour se libérer de la « montagne russe des combustibles fossiles ».
Un rapport récent du Climate Change Committee, qui conseille le gouvernement britannique sur ses objectifs de réduction des émissions, a révélé que la gestion du choc énergétique lié à l’invasion de l’Ukraine par la Russie a coûté plus de 41 milliards de livres sterling aux contribuables. Le rapport souligne qu’un investissement similaire dans les énergies propres permettrait d’atteindre les objectifs de neutralité carbone du pays.
La Chine, confrontée aux mêmes enjeux géopolitiques, a déjà tiré les leçons de cette crise. Selon Erica Downs et Jason Bordoff, des chercheurs de Columbia University, Pékin se prépare à un monde où la sécurité énergétique est indissociable de la géopolitique en électrifiant son économie, en sécurisant ses sources d’énergie nationales, en constituant des stocks stratégiques et en dominant les chaînes d’approvisionnement des technologies propres.
La transition vers les énergies renouvelables n’est pas seulement une nécessité environnementale, mais aussi une question de sécurité nationale et d’indépendance économique. Comme l’a souligné Miliband, il s’agit de ne plus dépendre du flux de pétrole à travers un détroit vulnérable, mais de s’appuyer sur un flux continu de photons solaires, une source d’énergie inépuisable.
