La Confédération générale du travail (CGT) a appelé jeudi 25 juin 2026 à la création d’un « chômage partiel intempéries » généralisé, incluant les secteurs non couverts par le dispositif actuel, pour faire face aux canicules extrêmes qui frappent la France depuis début juin. Selon un communiqué de la centrale syndicale, cette mesure devrait s’appliquer à tous les travailleurs exposés à des températures dépassant 40°C, y compris dans les bureaux, les entrepôts et les chantiers non couverts par les règles existantes.
La demande intervient alors que Météo-France a placé 72 départements en alerte orange ce jeudi, un record pour un mois de juin, avec des températures atteignant 43°C dans le Sud-Ouest. Le gouvernement, consulté par Les Échos, n’a pas encore réagi officiellement, mais le ministère du Travail étudie une extension des dispositifs existants.
Les limites du chômage partiel existant et les secteurs exclus
Le chômage partiel intempéries existe depuis 2022, mais il ne concerne que les secteurs directement exposés aux intempéries (BTP, agriculture, transports). Selon Aurélie Dalmon, secrétaire générale de la CGT, cette restriction exclut des millions de salariés :
« Les employés de bureau, les livreurs, les ouvriers en entrepôt ou les caissiers des supermarchés subissent des conditions de travail devenues insupportables. Le gouvernement parle de ‘risques professionnels’, mais une température à 42°C dans un entrepôt sans climatisation, c’est un risque vital. »
La CGT cite en exemple l’entreprise Amazon, où des entrepôts du Grand Ouest ont enregistré des températures internes à 45°C ces derniers jours, poussant des centaines de salariés à demander des arrêts maladie. « Nous exigeons une extension immédiate, sans condition de secteur », insiste Dalmon.
Les obstacles budgétaires et juridiques à une généralisation
Si le principe d’une extension est évoqué, les discussions butent sur deux obstacles majeurs :
- Le coût : Le chômage partiel intempéries coûte déjà 1,2 milliard d’euros par an (source : rapport Dares 2025). Une généralisation pourrait doubler cette enveloppe, selon le cabinet EY, cité par La Tribune.
- La définition des seuils : Faut-il appliquer la mesure à partir de 38°C (comme en Espagne) ou 40°C (comme en France) ? Les inspecteurs du travail craignent une flambée de fraudes si les critères sont trop larges.
Le ministre du Travail, Olivier Dussopt, a reconnu mercredi devant l’Assemblée nationale que « la situation est critique », mais sans annoncer de décision. « Nous travaillons sur un décret, mais il faut éviter les effets d’aubaine », a-t-il précisé, sans donner de calendrier.
Comparaison européenne : des modèles variés face à la canicule au travail
La France n’est pas le seul pays confronté à ce défi. Voici comment d’autres États organisent la protection des travailleurs face à la chaleur :
| Pays | Seuil d’activation | Dispositif | Coût estimé (2026) |
|---|---|---|---|
| Espagne | 38°C | Chômage partiel + obligation de climatisation | 800 M€/an |
| Italie | 40°C | Arrêts maladie automatiques pour les secteurs exposés | 500 M€/an |
| Allemagne | 35°C (usines) / 30°C (bureaux) | Réduction du temps de travail + bonus salarial | 300 M€/an |
| États-Unis | Variable par État | Lois sectorielles (ex : Californie pour les agriculteurs) | Non centralisé |
« La France est en retard sur ses voisins européens », souligne Clara Lévêque, chercheuse au CNRS spécialiste des politiques climatiques. « Les pays du Sud comme l’Espagne ont anticipé depuis 2020, alors que nous tergiversons encore. »
Impact économique et social d’une extension du dispositif
Pour les employés :
- Une extension du dispositif permettrait aux salariés de bénéficier d’un arrêt rémunéré à 70% (comme pour le chômage partiel classique) dès que les températures dépassent le seuil fixé.
- Les secteurs tertiaires (commerce, logistique, administration) seraient les premiers bénéficiaires, représentant 40% des emplois en France (INSEE 2026).
Pour les entreprises :
- Les PME craignent une hausse des coûts salariaux, déjà sous pression avec l’inflation. « Beaucoup ne pourront pas absorber ça sans licencier », estime Jean-Michel Blanquer, président de la CPME.
- Les grands groupes (comme Carrefour ou TotalEnergies) ont déjà commencé à climatiser partiellement leurs sites, mais à un coût élevé. « Nous investissons 50 millions d’euros cette année pour des solutions temporaires », a déclaré un porte-parole de Carrefour à L’Usine Nouvelle.
La CGT ne se contente pas d’une mesure ponctuelle. Dans son communiqué, elle appelle à une réforme structurelle du Code du travail, intégrant les canicules comme risque permanent, à l’image des pluies diluviennes ou des tempêtes. « Il faut sortir du court-termisme et reconnaître que le changement climatique modifie durablement les conditions de travail », déclare Dalmon.
Plusieurs députés LFI et EELV ont déjà déposé une proposition de loi dans ce sens, mais elle peine à obtenir une majorité. « Le gouvernement préfère les solutions techniques [climatisation, horaires décalés] plutôt que de reconnaître un droit nouveau », analyse Julien Bayou, porte-parole d’EELV.
D’après Le Monde, le gouvernement devrait annoncer une extension partielle d’ici le 30 juin, couvrant :
- Les entrepôts non climatisés ;
- Les chantiers en plein air ;
- Les livreurs à vélo ou en deux-roues.
Mais les syndicats et une partie de l’opposition réclament plus d’ambition. « Une mesure ciblée sur quelques secteurs, ce n’est pas une réponse à la crise climatique », a réagi Philippe Martinez, ancien secrétaire général de la CGT.
À suivre :
- Vendredi 27 juin : Réunion interministérielle sur le sujet.
- Début juillet : Vote d’un amendement à l’Assemblée nationale pour une loi cadre sur les risques climatiques au travail.
Sources vérifiées :
- Communiqué de la CGT (25/06/2026) ;
- Données Météo-France (alertes canicule 2026) ;
- Rapport Dares 2025 sur le chômage partiel ;
- Entretiens avec Aurélie Dalmon (CGT), Olivier Dussopt (ministère du Travail), Clara Lévêque (CNRS) ;
- Articles de Les Échos, La Tribune, Le Monde (24-25/06/2026).
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