Raphael, l’éternel troisième, enfin sous les projecteurs du Met
NEW YORK (AP) – Pendant des siècles, le nom de Raphael a été indissociable de ceux de Léonard de Vinci et de Michel-Ange, formant un trio de génies de la Renaissance. Pourtant, au cours des 150 dernières années, sa renommée a progressivement pâli. Le Metropolitan Museum of Art de New York s’apprête à changer cela avec une exposition monumentale, « Raphael: Sublime Poetry », qui ouvrira ses portes le 29 mars.
L’exposition, fruit de huit années de travail acharné de la conservatrice Carmen Bambach, rassemblera 237 œuvres – peintures, dessins, estampes et tapisseries – visant à redéfinir la perception moderne de Raphael. « Ses Madones douces sont apparues trop pieuses et jolies aux yeux contemporains », explique Bambach. « Il est devenu, dans l’esprit des gens, un Raphael victorien, et je pense que cela a nui à sa réputation. »
L’exposition entend révéler un artiste en phase avec son temps : un idéaliste ancré dans la réalité, un innovateur dont les expérimentations ont façonné les normes ultérieures, et un entrepreneur qui a su diffuser son art grâce aux nouvelles technologies de son époque.
L’importance de Raphael dans l’histoire de l’art est indéniable. Selon certains experts, comme l’a souligné Bambach, son « Alba Madonna » pourrait être considérée comme « la plus importante œuvre d’art de la tradition occidentale ». L’exposition retracera le parcours de Raphael, de ses débuts provinciaux à son ascension comme peintre le plus demandé de Rome.
Mais au-delà de la maîtrise technique, l’exposition mettra en lumière la profondeur humaine de Raphael. Bambach souligne que ses œuvres, notamment celles représentant la maternité et l’enfance, résonnent particulièrement en raison du contexte de l’époque, marqué par une forte mortalité infantile et maternelle. Raphael lui-même a perdu sa mère et sa sœur cadette à un jeune âge, un drame qui a pu influencer sa vision artistique.
L’exposition ne se limitera pas aux peintures religieuses. Elle explorera également le talent de Raphael en tant que dessinateur et son rôle de pionnier dans l’utilisation de nouvelles techniques de reproduction, comme l’estampe et la tapisserie, pour diffuser son œuvre.
Selon Bambach, le déclin de la popularité de Raphael est paradoxal. Son art, par sa facilité et son influence, est devenu un modèle pour les peintures académiques du XIXe siècle, celles-là mêmes que les modernistes ont rejetées en quête d’une esthétique nouvelle.
« Raphael: Sublime Poetry » ambitionne de restaurer la place de Raphael parmi les grands maîtres, non seulement en célébrant son génie artistique, mais aussi en démontrant sa pertinence pour le public d’aujourd’hui. L’exposition promet d’être une redécouverte pour les amateurs d’art et une occasion unique de comprendre l’héritage durable de l’un des artistes les plus importants de la Renaissance.
