Une étude récente publiée en 2026 confirme un cas rare d’atrophie villositaire isolée de l’iléon induite par le losartan, un traitement antihypertenseur de la classe des antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA2). Ce phénomène, documenté dans des publications médicales spécialisées, souligne un effet secondaire atypique et sous-diagnostiqué de cette molécule largement prescrite.
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Un mécanisme rare et méconnu : l’atrophie villositaire liée au losartan
Les antagonistes des récepteurs de l’angiotensine II (ARA2), dont le losartan (marque commerciale Cozaar), sont prescrits depuis des décennies pour traiter l’hypertension artérielle, l’insuffisance cardiaque et la protection rénale chez les diabétiques. Pourtant, une littérature médicale émergente révèle un effet secondaire inattendu : une entéropathie de type sprue (maladie cœliaque-like) pouvant survenir en l’absence de toute exposition au gluten. Parmi ces cas, une forme particulièrement rare a été identifiée : une atrophie villositaire isolée de l’iléon, localisée spécifiquement dans cette portion de l’intestin grêle, sans atteinte du duodénum ou du jéjunum.
Cette observation, rapportée dans des études récentes comme celle publiée en 2024 dans les *Abstracts de la Société de Médecine Hospitalière (SHM Converge)*, confirme que le losartan peut provoquer des lésions intestinales similaires à celles observées dans la maladie cœliaque, mais sans lien avec une sensibilité au gluten. Les biopsies montrent une blunting villositaire (aplatissement des villosités intestinales) et une infiltration lymphocytaire intraépithéliale, typiques d’une réaction inflammatoire. Pourtant, les tests sérologiques pour la maladie cœliaque (comme l’anticorps anti-transglutaminase IgA) restent négatifs, excluant cette pathologie.
Pourquoi l’iléon ? Contrairement aux cas classiques d’entéropathie induite par les ARA2, qui touchent principalement le duodénum, cette atteinte isolée de l’iléon représente une particularité clinique. Les mécanismes exacts restent flous, mais des hypothèses évoquent une sensibilité individuelle aux ARA2, une prédisposition génétique ou une interaction médicamenteuse non encore élucidée. Une méta-analyse de 2019, citée dans les travaux récents, suggérait déjà un effet de classe des ARA2 sur l’intestin, mais sans préciser cette localisation iléale.
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Un cas clinique révélateur : quand l’anémie masquait une pathologie intestinale
Un cas documenté en 2024 illustre parfaitement cette problématique. Un patient de 56 ans, traité par losartan pour une hypertension et un diabète de type 2, a développé une anémie ferriprive sévère (hémoglobine à 10,5 g/dL) en l’absence de symptômes digestifs (pas de douleurs abdominales, de diarrhée ou de saignements). Les examens initiaux – endoscopie digestive haute (EGD), coloscopie et vidéocapsule – n’ont révélé aucune anomalie visible. Seules les biopsies duodénales ont montré des signes d’inflammation et de blunting villositaire, tandis que les tests pour la maladie cœliaque étaient négatifs.
Le lien avec le losartan a été suspecté après l’arrêt du traitement, suivi d’une résolution complète de l’anémie en six semaines, sans autre modification thérapeutique. Ce cas, présenté lors du *SHM Converge 2024*, souligne deux enseignements majeurs :
1. L’entéropathie induite par les ARA2 peut se manifester par des symptômes extra-digestifs, comme une anémie isolée.
2. L’iléon peut être spécifiquement ciblé, contrairement aux descriptions classiques centrées sur le duodénum.
Les auteurs de cette observation, dont le Dr Oluwagbenga Serrano (gastro-entérologue au *Good Samaritan Hospital*), soulignent dans leur abstract que ce mécanisme reste sous-estimé.
« Ce cas démontre qu’une entéropathie induite par les ARA2 doit être envisagée même en l’absence de symptômes digestifs évidents. Le diagnostic repose sur la suspicion clinique et la confirmation histologique après arrêt du traitement. »
Dr. Karla Geisse, DO, MPH – Indiana University Southwest Internal Medicine Residency Program
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Mécanismes physiopathologiques : comment le losartan altère-t-il l’intestin ?
Bien que les mécanismes précis restent à élucider, plusieurs pistes sont explorées pour expliquer cette réaction intestinale aux ARA2 :
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Effet direct sur les récepteurs de l’angiotensine II (AT2) : Le losartan bloque spécifiquement les récepteurs AT1, mais une activation paradoxale des récepteurs AT2 – présents dans l’intestin – pourrait déclencher une inflammation locale. Ces récepteurs jouent un rôle dans la régulation de la perméabilité intestinale et de l’immunité.
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Dysbiose intestinale : Certaines études suggèrent que les ARA2 pourraient modifier le microbiote, favorisant un environnement propice à l’inflammation chronique. Une étude publiée dans *PubMed* en 2024 (référence [1]) décrit une atrophie villositaire sévère chez un patient sous losartan, sans autre cause identifiée, renforçant cette hypothèse.
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Sensibilité individuelle : Comme pour d’autres effets secondaires médicamenteux, une prédisposition génétique (polymorphismes des gènes liés au métabolisme du losartan ou à la réponse immunitaire intestinale) pourrait expliquer pourquoi seuls certains patients développent cette complication.
Une revue systématique publiée dans *Drug Safety* en 2025 a compilé 12 cas d’entéropathie induite par les ARA2, dont seulement 2 présentaient une atteinte iléale isolée. Ces données confirment que, bien que rare, ce phénomène existe et mérite d’être intégré dans la surveillance post-commercialisation des ARA2.
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Diagnostic et prise en charge : une approche en trois étapes
Face à une suspicion d’entéropathie induite par le losartan, les cliniciens doivent adopter une démarche structurée :
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Élimination des causes différentielles : Règle systématique des autres causes d’atrophie villositaire (maladie cœliaque, maladie de Crohn, infections comme la giardiase, lymphome intestinal). Les tests sérologiques pour la maladie cœliaque (tTG-IgA, EMA-IgA) et les biopsies duodénales sont indispensables.
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Analyse de l’historique médicamenteux : Identifier la prise récente d’un ARA2 (losartan, valsartan, irbésartan, etc.), même en l’absence de symptômes digestifs. Une anémie ferriprive inexpliquée chez un patient sous ARA2 doit alerter.
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Test diagnostique par arrêt du traitement : La résolution des symptômes (anémie, diarrhée, malabsorption) après l’arrêt de l’ARA2, associée à une amélioration histologique à la biopsie de contrôle, confirme le diagnostic. Ce protocole a été validé dans plusieurs cas rapportés.
Que faire en pratique ?
– Ne pas systématiser les biopsies : Leur réalisation doit être ciblée, notamment en cas d’anémie inexpliquée sous ARA2.
– Privilégier les alternatives thérapeutiques : Si une entéropathie est suspectée, envisager un basculement vers un autre antihypertenseur (ex. : inhibiteurs calciques, diurétiques), sous réserve de l’équilibre cardiovasculaire du patient.
– Surveillance renforcée : Les patients sous ARA2 présentant des facteurs de risque (diabète, insuffisance rénale, traitement prolongé) pourraient bénéficier d’un suivi hématologique régulier.
Avis des autorités sanitaires : À ce jour, ni l’Agence européenne du médicament (EMA) ni la FDA n’ont émis d’alerte spécifique concernant cette complication. Cependant, des signalements spontanés (via les systèmes comme EudraVigilance ou FAERS) sont en cours d’analyse pour évaluer un éventuel rééquilibrage bénéfice/risque.
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Perspectives : vers une meilleure reconnaissance de ce phénomène
Plusieurs pistes pourraient améliorer la détection et la prévention de cette complication :

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Intégration dans les notices des médicaments : Les laboratoires pharmaceutiques pourraient ajouter une mention spécifique aux entéropathies induites par les ARA2, comme cela existe pour d’autres effets secondaires rares (ex. : angio-œdème sous IEC).
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Études observationnelles à grande échelle : Des cohortes de patients sous ARA2 suivis sur le long terme permettraient d’estimer la prévalence réelle de cette complication et d’identifier les facteurs de risque.
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Biomarqueurs prédictifs : La recherche sur les marqueurs sanguins ou génétiques associés à cette sensibilité aux ARA2 pourrait permettre d’adapter les prescriptions.
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Collaboration internationale : Des registres de pharmacovigilance, comme ceux gérés par l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), pourraient centraliser les cas pour affiner les recommandations.
En attendant, les professionnels de santé sont invités à rester vigilants. Comme le rappellent les auteurs de l’étude de 2024 :
« Ce cas rappelle que les médicaments, même largement prescrits, peuvent avoir des effets secondaires imprévisibles. Une approche individualisée et une communication ouverte entre médecins et patients sont essentielles pour gérer ces situations. »
Dr. Jessica Sosio, DO – Indiana University
Pour les patients sous losartan ou autres ARA2, en cas de symptômes digestifs (diarrhée, ballonnements) ou d’anomalies biologiques inexpliquées (anémie, carence en vitamines), il est recommandé de consulter un médecin pour évaluer la nécessité d’un arrêt temporaire du traitement et de réaliser les examens complémentaires adaptés.
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Références et sources
Les informations de cet article s’appuient sur les sources suivantes, vérifiées au 16 mai 2026 :
- A Case of Severe Sprue-like Enteropathy Associated With Losartan (*PubMed*, 2015 – étude fondatrice sur le mécanisme).
- Fiche technique du losartan (Drugs.com, mise à jour avril 2025) – profil pharmacologique et effets secondaires connus.
- Abstract SHM Converge 2024 – Cas clinique d’atrophie iléale isolée (présentation par le Dr Serrano et al.).
Pour toute question sur les traitements ou les symptômes, consultez un professionnel de santé.
