Le groupe financier suisse Partners Group a annoncé jeudi la restructuration de son fonds coté à Londres, Partners Group Private Equity Limited, en introduisant deux classes d’actions. Cette mesure, qui permet aux investisseurs de liquider jusqu’à 30 % de leurs parts, intervient après une chute de 16 % du titre de la maison mère à la Bourse suisse en juin.
Une réponse à la pression croissante sur la liquidité
La décision de Partners Group de scinder son fonds coté, gérant environ 800 millions d’euros, vise à contenir l’inquiétude des investisseurs face aux décotes persistantes, selon Zonebourse. Le nouveau dispositif propose aux actionnaires de choisir entre maintenir leur stratégie à long terme ou transférer jusqu’à 30 % de leurs avoirs vers une catégorie dite « de réalisation », facilitant ainsi une sortie progressive des actifs.

Cette restructuration fait suite à un mois de juin difficile pour le gestionnaire zougois. Le 3 juin dernier, l’action du groupe avait décroché de plus de 15 % à la Bourse suisse, une réaction brutale à l’annonce d’un plafonnement des retraits sur son fonds « evergreen » au Luxembourg, comme l’a rapporté Le Temps. La firme, qui gère environ 185 milliards de dollars d’actifs, tente ainsi de restaurer la confiance alors que les demandes de rachat dépassaient les limites fixées, atteignant près de 10 % des parts du fonds luxembourgeois.

Dans le secteur des fonds cotés (Investment Trusts) au Royaume-Uni, le mécanisme de décote — où le prix de l’action en bourse est inférieur à la valeur réelle des actifs sous-jacents (NAV) — est une problématique récurrente. Lorsque cette décote s’élargit, elle reflète une perte de confiance des investisseurs dans la capacité du gestionnaire à réaliser les actifs à leur valeur comptable. En proposant cette scission, Partners Group adopte une stratégie de gestion de capital visant à aligner plus étroitement le cours de bourse sur la valeur intrinsèque du portefeuille, une pratique observée chez plusieurs autres gestionnaires d’actifs alternatifs confrontés à des sorties de capitaux dans un environnement de taux d’intérêt plus élevés.
Le crédit privé sous haute surveillance
Le malaise chez Partners Group s’inscrit dans une tendance plus large de défiance envers les marchés privés. Selon Boursorama, les inquiétudes se cristallisent autour de la fiabilité des évaluations d’actifs et de la rapidité avec laquelle ces investissements, par nature illiquides, peuvent être transformés en numéraire. Le secteur est particulièrement scruté depuis que plusieurs fonds de dette privée ont dû restreindre l’accès aux retraits.
La situation est aggravée par les difficultés rencontrées dans le secteur des logiciels. Un consortium incluant Blackstone, Apollo Global Management et FS KKR Capital Corp a récemment pris le contrôle de la société Medallia. Cette restructuration a entraîné une perte de capital de 5 milliards de dollars pour Thoma Bravo et ses co-investisseurs, soulignant la fragilité des rachats d’entreprises conclus lors de la période des taux bas. Ce type d’événement illustre le risque de “valorisation mark-to-model” : contrairement aux actions cotées qui sont évaluées en temps réel par le marché, les actifs privés sont valorisés périodiquement par les gestionnaires, ce qui peut masquer des détériorations de valeur jusqu’à ce qu’un événement de liquidité, comme une vente ou une restructuration, force une réévaluation brutale.
Une solution pragmatique pour le fonds PGPE
Le président de Partners Group Private Equity Limited (PGPE), Peter McKellar, a qualifié cette nouvelle structure de « solution pragmatique et réalisable sous le contrôle du conseil d’administration », selon les informations relayées par Allnews. Si les actionnaires valident cette proposition, les nouveaux titres « de réalisation » seront plafonnés à 30 % du capital-actions, représentant un volume de 250 millions d’euros.
Les détails de cette mise en œuvre seront communiqués au cours du troisième trimestre 2026. En cas d’adoption, la structure entrera en vigueur lors du dernier partiel de l’année, marquant une tentative de normalisation pour un véhicule d’investissement qui, comme beaucoup d’autres fonds cotés au Royaume-Uni, souffrait d’une décote importante par rapport à sa valeur liquidative.
Cette restructuration est conditionnelle à l’approbation des actionnaires lors d’une assemblée générale extraordinaire, un processus standard pour les sociétés cotées à Londres (LSE) lorsque des modifications substantielles des droits des actionnaires ou de la structure du capital sont envisagées. Le choix d’une échéance lointaine, fixée à 2026, suggère une volonté de la direction de permettre une sortie ordonnée des actifs, évitant ainsi des ventes forcées (“fire sales”) qui pourraient nuire à la valeur globale du portefeuille restant pour les investisseurs qui choisissent de conserver leurs parts.
Cette fragilité du secteur n’est pas sans susciter des critiques plus radicales. Le Parti Communiste Révolutionnaire souligne dans son analyse que le crédit privé, souvent perçu comme opaque, expose une clientèle privée fortunée à des risques de liquidité croissants, rappelant que des faillites antérieures de sociétés américaines comme Tricolor ou First Brands avaient déjà alerté les investisseurs sur la volatilité inhérente à ces placements non bancaires. Dans l’écosystème financier mondial, ces fonds jouent désormais un rôle majeur dans le financement des entreprises de taille intermédiaire, comblant le vide laissé par le retrait des banques commerciales suite au renforcement des réglementations prudentielles (Bâle III), ce qui explique l’attention particulière des régulateurs sur la résilience de ces structures face aux cycles économiques.
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