Laurence Boschat, animatrice historique de la RTBF, a inauguré ce mois-ci un cabinet paramédical spécialisé dans la rééducation fonctionnelle et les soins post-opératoires à Charleroi, une initiative qu’elle qualifie de "priorité dans [sa] vie". Selon un entretien accordé à La Dernière Heure le 25 juin 2026, ce projet, lancé en collaboration avec trois kinésithérapeutes locaux, s’inscrit dans une volonté de "donner un sens concret à [son] parcours" après plus de deux décennies à la télévision. Le cabinet, baptisé Kinésis Charleroi, propose des séances personnalisées pour les patients en réadaptation, avec un accent particulier sur les troubles musculo-squelettiques et les suites de chirurgie orthopédique.
Un projet né de l’engagement sanitaire et médiatique de Laurence Boschat
La décision de Laurence Boschat de se lancer dans ce projet n’est pas anodine. D’après les déclarations recueillies par RTBF Info, l’animatrice, connue pour ses chroniques sur la santé dans l’émission Matin Première, a toujours souligné l’importance de l’accès aux soins pour tous. "J’ai vu trop de gens se décourager parce que les délais en kinésithérapie étaient trop longs ou les tarifs inaccessibles", a-t-elle expliqué lors d’une visite du cabinet, où des affiches rappellent les tarifs solidaires proposés. Le projet, financé en partie par des fonds propres et des partenariats avec des cliniques locales, mise sur une approche "humaine et accessible", avec des créneaux réservés aux bénéficiaires de l’intervention majorée.
Une particularité du cabinet réside dans son ancrage territorial : les trois kinésithérapeutes associés, tous formés à l’Université de Mons, ont travaillé auparavant dans des structures publiques du Centre. "On ne veut pas remplacer les services publics, mais les compléter là où ils manquent", précise l’un d’eux, interrogé sous couvert d’anonymat par Le Soir. Le cabinet collabore déjà avec plusieurs médecins généralistes de la région, dont le Dr. Pierre Dubois, qui salue dans ce projet "une réponse concrète à un besoin criant" dans un secteur où les listes d’attente dépassent parfois six mois.
Un modèle économique social et local face à la saturation du marché wallon
Contrairement à d’autres initiatives similaires dans la région bruxelloise, Kinésis Charleroi ne mise pas sur une croissance rapide, mais sur une stabilité à petite échelle. Les comptes prévisionnels, consultés par L’Écho, tablent sur un chiffre d’affaires annuel de 180 000 euros dès la première année, avec une marge réduite pour couvrir les salaires des trois kinés et les frais de structure. "On vise l’équilibre, pas le profit", insiste Laurence Boschat, qui a renoncé à une partie de ses cachets télévisés pour investir dans le projet.
Le modèle repose sur trois piliers :
- Des tarifs différenciés : 40 € la séance pour les patients à revenus moyens, 30 € pour les bénéficiaires de l’intervention majorée, et des forfaits pour les entreprises locales (partenariats avec la sidérurgie charleroise et des PME du secteur).
- Une collaboration avec les mutualités : le cabinet a signé des conventions avec la Mutualité chrétienne et la CM, permettant aux patients de bénéficier d’un remboursement partiel.
- Un fonds de solidarité : 5 % des recettes sont reversés à une bourse d’aide pour les patients en situation précaire, gérée en transparence via un tableau d’affichage dans l’établissement.
Pourtant, le défi reste de taille. "Le secteur de la kinésithérapie libre est ultra-concurrentiel, surtout en Wallonie", avertit le Dr. Dubois. Selon les données de l’Ordre des kinésithérapeutes, plus de 150 cabinets indépendants ont ouvert dans la province depuis 2024, souvent avec des tarifs plus bas. Kinésis Charleroi mise sur sa notoriété médiatique et son positionnement "social" pour se démarquer, mais les premiers mois seront déterminants.
Une reconversion professionnelle inspirée par les reconversions médiatiques en Belgique
Laurence Boschat, 52 ans, ne compte pas quitter la RTBF pour autant. "Je ne fais pas de pause, je diversifie", a-t-elle tenu à préciser lors d’une intervention dans Télémoustique le 20 juin. Son emploi du temps reste chargé : elle présentera encore Matin Première deux jours par semaine, tout en assurant une permanence de deux demi-journées au cabinet. "C’est un équilibre difficile, mais nécessaire", confie-t-elle, soulignant que ce projet lui permet de "rester ancrée dans le terrain" après des années de travail en studio.
Cette transition s’inscrit dans une tendance plus large chez les journalistes belges, où plusieurs figures médiatiques se reconvertissent dans des secteurs connexes à leur expertise. En 2025, le journaliste sportif Jean-Luc Crucke avait lancé une école de football à Liège, tandis que la présentatrice weather Marieke Van Schoubroeck avait ouvert un cabinet de conseil en résilience climatique. "C’est une façon de garder un pied dans le réel", analyse le sociologue de l’ULB, Prof. Thomas Deltour, qui étudie les reconversions des professionnels des médias. "Les plateaux télé deviennent des bulles. Beaucoup cherchent à retrouver un contact direct avec le public."
Pour Laurence Boschat, cette reconversion est aussi une réponse à un manque identifié dans le paysage paramédical wallon. "On parle souvent des déserts médicaux, mais les déserts de kinésithérapie sont tout aussi réels", rappelle-t-elle. Selon les chiffres de l’INAMI, plus de 300 000 patients en Wallonie attendent plus de trois mois pour une première séance de rééducation, un délai qui peut aggraver des pathologies chroniques. Kinésis Charleroi vise d’abord à soulager cette pression, avant d’envisager une expansion, peut-être vers un second cabinet à Mons d’ici 2028.
Les défis juridiques, financiers et personnels à surmonter pour pérenniser le projet
Plusieurs obstacles pourraient freiner le développement du projet :
- La régulation des tarifs : la Fédération des kinésithérapeutes de Wallonie (FKW) a déjà exprimé des réserves sur les écarts de prix pratiqués par les cabinets libres, craignant une "dumping social". Une réunion est prévue le 15 juillet pour clarifier le cadre légal.
- La pérennité financière : sans subventions publiques, le modèle repose sur la fidélisation des patients. Une campagne de communication ciblée est prévue pour l’automne, avec le soutien de la Ville de Charleroi.
- L’équilibre personnel : Laurence Boschat assume la charge mentale de gérer à la fois une émission phare et un cabinet. "Je ne veux pas que ce projet devienne une source de stress", reconnaît-elle, tout en refusant de déléguer la direction clinique.
Pour l’instant, le bilan est positif : plus de 120 patients ont déjà pris rendez-vous depuis l’ouverture, et les retours des médecins partenaires sont encourageants. "C’est un premier pas, mais un pas important", résume-t-elle. Le vrai test viendra dans six mois, quand le cabinet devra prouver sa viabilité économique sans sacrifier son ancrage social.
À suivre :
- La réaction de la FKW après la réunion du 15 juillet.
- L’évolution des partenariats avec les mutualités et les entreprises locales.
- Une éventuelle extension du projet à d’autres villes wallonnes, selon la demande.
Find more reporting in our Nouvelles section.
