Le Dr Cyriac Abby Philips, hépatologue basé au Kerala, est devenu une figure polarisante de la médecine indienne en utilisant les réseaux sociaux pour critiquer l’industrie des médecines alternatives. Ses interventions, souvent virulentes contre les produits à base de plantes, lui ont valu une vaste audience en ligne, mais aussi des poursuites judiciaires de la part de fabricants.
L’émergence du « Liver Doctor » sur les réseaux sociaux
Le Dr Cyriac Abby Philips, exerçant à l’hôpital Liver Institute de Kochi, s’est fait connaître sous le pseudonyme de « The Liver Doctor » sur la plateforme X (anciennement Twitter). Depuis 2022, il y publie régulièrement des analyses critiques sur des compléments alimentaires et des remèdes ayurvédiques, qu’il accuse d’être responsables de lésions hépatiques graves chez ses patients.
Sa méthode consiste à publier des études de cas cliniques, souvent accompagnées de preuves histopathologiques, pour démontrer les effets toxiques de certains composés botaniques. Cette approche a attiré plus de 700 000 abonnés sur X, faisant de lui une voix influente dans le débat sur la sécurité des produits de santé non conventionnels en Inde.
Les tensions juridiques avec l’industrie ayurvédique
La célébrité numérique du Dr Philips s’accompagne de défis judiciaires. En 2023, la société Himalaya Wellness Company a déposé une plainte contre le médecin, l’accusant de diffamation et de dénigrement de ses produits, notamment le Liv.52, un complément très populaire sur le marché indien.
Dans le cadre de cette procédure, la Haute Cour de Karnataka a ordonné en septembre 2023 au Dr Philips de supprimer certains tweets spécifiques jugés préjudiciables à la réputation de l’entreprise. Cette décision a marqué un tournant dans la perception publique de ses activités, mettant en lumière le conflit entre la liberté d’expression scientifique et les intérêts commerciaux de l’industrie du bien-être.
Ces injonctions temporaires ne changent rien à la réalité clinique que j’observe quotidiennement dans mon service. La toxicité hépatique induite par les plantes est un problème de santé publique sous-estimé qui nécessite une vigilance rigoureuse.
Un débat médical sur la sécurité des compléments
Le positionnement du Dr Philips divise le corps médical indien. D’un côté, il reçoit le soutien de nombreux hépatologues qui saluent son courage à pointer du doigt les risques liés à l’automédication et au manque de régulation des compléments alimentaires. Les partisans du médecin soulignent que les données cliniques, telles que celles publiées dans le Journal of Clinical and Experimental Hepatology, confirment une augmentation des cas d’insuffisance hépatique aiguë associés à l’utilisation de suppléments botaniques.
À l’inverse, des praticiens de l’Ayurveda et certains régulateurs estiment que ses critiques sont généralisantes et dénuées de nuance. Ils soutiennent que le Dr Philips utilise une rhétorique agressive qui discrédite un système de médecine traditionnelle ancré dans la culture indienne.
Vers une régulation accrue des produits de santé
Le ministère indien de l’Ayurveda, du Yoga et de la Naturopathie, de l’Unani, du Siddha et de l’Homéopathie (AYUSH) a récemment renforcé ses exigences en matière de pharmacovigilance. Bien que ces mesures ne soient pas directement attribuables aux seules actions du Dr Philips, la pression médiatique générée par ses interventions a contribué à placer la question de la sécurité des produits ayurvédiques au cœur de l’agenda politique.

En juin 2026, la question de la responsabilité des influenceurs médicaux reste entière. Alors que les procédures judiciaires suivent leur cours, le Dr Philips continue de publier ses analyses, affirmant que la transparence scientifique prime sur les menaces de poursuites. Les patients, quant à eux, sont invités à consulter leur médecin traitant avant toute introduction de compléments alimentaires dans leur routine, particulièrement en cas de pathologie hépatique préexistante.
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