Le Kent Wildlife Trust a recensé 1 245 plants de polypage du Kent à Queendown Warren, près de Sittingbourne, marquant une augmentation septuple de la population. Ce site constitue désormais le plus important gisement de l’espèce au Royaume-Uni, après une phase d’extinction quasi totale signalée dès 2013.
La survie du polypage du Kent (Kentish milkwort) a longtemps semblé compromise. Cette espèce, autrefois répartie entre le nord de l’Angleterre et le comté du Kent, a subi un déclin drastique pour ne subsister que sous la forme de quelques plants isolés sur trois sites du Kent. Cette fragilité biologique a nécessité une intervention d’urgence en 2013 pour éviter la disparition totale de la plante.
La stratégie de sauvetage du Kent Wildlife Trust et de Kew
Le rétablissement de l’espèce repose sur un partenariat institutionnel impliquant le Kent Wildlife Trust, The Species Recovery Trust et les Royal Botanic Gardens, Kew. La méthode a consisté à sécuriser le patrimoine génétique de la plante en collectant des graines auprès de la population sauvage la plus robuste. Ces semences ont été cultivées au sein des jardins de Kew, créant ainsi un stock de sécurité indispensable pour éviter d’exercer une pression supplémentaire sur les rares spécimens restants dans la nature.
Entre 2018 et 2019, ce stock a permis la production de plants destinés à une réintroduction contrôlée. Les premières phases de ce projet à Queendown Warren ont montré des résultats encourageants, avec 160 plants ayant survécu durant les trois premières années. Cette base a ouvert la voie à l’expansion actuelle, qualifiée d’ incroyable
par les responsables du projet au regard de la croissance observée.
L’importance écologique du sol perturbé à Queendown Warren
Le succès de la recolonisation à Queendown Warren ne dépend pas uniquement de la plantation initiale, mais de la gestion active de l’habitat. Le polypage du Kent dépend de conditions spécifiques, notamment des zones de sol perturbé au sein des prairies calcaires (chalk grasslands). Sans ces perturbations, la végétation concurrente finit par étouffer les jeunes pousses de l’espèce.
Pour maintenir cet équilibre, le Kent Wildlife Trust a mis en œuvre une solution de pâturage spécifique : l’utilisation de porcs. Le comportement naturel des porcs, qui fouillent le sol pour se nourrir, crée mécaniquement les zones de terre nue et perturbée dont la plante a besoin pour s’établir et se propager. Cette approche de gestion écologique mime les processus naturels qui permettaient autrefois la survie de l’espèce avant la fragmentation et la stabilisation excessive des paysages agraires.
Vers la création d’un site donneur pour le Royaume-Uni
L’objectif actuel des biologistes dépasse la simple survie d’une population locale. La densité atteinte à Queendown Warren transforme désormais le site en une ressource stratégique pour la biodiversité régionale. L’idée est de transformer ce lieu en un réservoir de graines capable d’alimenter d’autres projets de restauration.
Nous espérons que la population continuera de s’étendre dans les années à venir et deviendra éventuellement un site donneur, nous permettant de collecter des graines pour de futurs travaux de restauration dans d’autres lieux appropriés.
Rob Pennington, gardien de zone (Area warden)
L’étape suivante consiste à identifier et à préparer d’autres sites de prairies calcaires adaptés dans le Kent. En multipliant les populations stables, les conservationnistes espèrent réduire la vulnérabilité de l’espèce face aux aléas climatiques ou aux maladies, qui pourraient anéantir un site unique.
Analyse d’un modèle de conservation appliquée
Le cas du polypage du Kent illustre une transition dans les méthodes de conservation : on ne se contente plus de protéger un habitat existant, on reconstruit activement une population à partir d’ex situ (Kew) vers in situ (Queendown Warren). La réussite de ce cycle dépend de la précision du diagnostic écologique — ici, l’identification du besoin de sols perturbés — et de la patience institutionnelle, le processus s’étalant sur plus d’une décennie.
L’augmentation septuple de la population démontre que même des espèces proches de l’extinction peuvent être rétablies si les conditions environnementales précises sont rétablies. Toutefois, la dépendance continue à une gestion humaine active, comme l’introduction de porcs, souligne que le rétablissement d’une espèce ne signifie pas nécessairement son autonomie totale dans un environnement anthropisé.
