Macron cible les jeux vidéo violents, suscitant la colère de l’industrie et des experts
PARIS – Le président français Emmanuel Macron a relancé le débat sur l’impact des jeux vidéo violents sur les jeunes, annonçant qu’il demanderait à des experts d’évaluer les risques pour la santé mentale d’ici mai-juin. Si un “consensus scientifique” démontrait un impact négatif significatif, il envisage une interdiction des jeux où les jeunes passeraient “cinq à six heures par jour à tuer des gens”.
Cette annonce a immédiatement provoqué une vague de critiques de la part de l’industrie du jeu vidéo, qui dénonce un “amalgame” et une “manœuvre de communication politique”. Thomas Rohmer, directeur de l’Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique (Open), rappelle que de nombreuses études n’établissent pas de lien de causalité entre la pratique de jeux violents et des comportements violents dans la vie réelle.
“Il y a un raccourci qui s’opère entre la dimension compétitive du jeu vidéo et ses imaginaires”, explique Olivier Mauco, fondateur de l’Observatoire européen du jeu vidéo. “Si les gens tirent dans des jeux vidéo en ligne, ils vont faire la même chose en vrai. Or, ce n’est pas du tout le cas.” Des accusations similaires ont déjà visé le cinéma et certains genres musicaux par le passé.
Le Syndicat des éditeurs de logiciels de loisirs (SELL) souligne que plus de 40 millions de Français jouent à des jeux vidéo au moins une fois par an, avec un âge moyen de 40 ans. Les 10-17 ans ne représentent que 12% de ce total, soit environ 4,8 millions de personnes.
Lévan Sardjevéladzé, président du Syndicat national du jeu vidéo (SNJV), dénonce une prise de position “à contre-courant de l’évolution sociale” et une “manœuvre de communication politique”. Le député Renaissance Denis Masséglia estime qu’une interdiction serait “non adaptée”, préférant se concentrer sur l’accompagnement des jeunes pour éviter une pratique excessive.
La question de la régulation des jeux vidéo est d’autant plus pressante qu’un système de classification par âge, le PEGI, est déjà en place au niveau européen. Cependant, Olivier Mauco estime qu’il est “un peu dépassé”, notamment en ce qui concerne les jeux multijoueurs et les mécanismes de rétention de l’attention.
Nicolas Vignolles, délégué général du SELL, insiste sur la nécessité d’une meilleure protection des mineurs, mais appelle les pouvoirs publics à “aider plutôt que de taper dessus”. Il plaide pour une “vraie politique d’accompagnement des parents” et davantage de moyens pour lutter contre l’addiction aux jeux vidéo.
Cette prise de position intervient alors que le gouvernement français a récemment voté l’interdiction des réseaux sociaux aux moins de 15 ans, une mesure qui pourrait également concerner les jeux en ligne disposant de fonctionnalités sociales.
L’industrie du jeu vidéo, qui représente un secteur économique important en France et dans le monde, craint que ces mesures ne pénalisent la créativité et l’innovation. Le débat est loin d’être clos et promet de nouvelles tensions entre le gouvernement et les acteurs du secteur.
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Source : Le Figaro.fr
