Le 17 juin 2026, le chef du Parti démocrate de Corée (PDK), Jeong Cheong-rae, a affirmé lors d’une réunion du comité central du parti que l’adoption du système « une personne, une voix » lors du prochain congrès national du 17 août éliminerait les factions internes, tout en réaffirmant que tous les membres du parti soutiennent le gouvernement de Lee Jae-myung. Ses déclarations, relayées par Hani News et Yonhap News, interviennent alors que le parti prépare activement son congrès, marqué par des tensions internes et des critiques sur la gestion des élections locales de juin.
Ce changement électoral, présenté comme une réforme majeure, s’inscrit dans un contexte de divisions croissantes au sein du parti, où des figures influentes comme Kim Yeon-cho, ancien président du parti et allié historique de Lee Jae-myung, ont publiquement critiqué la gestion des élections locales du 2 juin, accusant le gouvernement de négligence dans la réponse aux inondations et aux glissements de terrain dans le sud du pays. Selon un rapport du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, publié le 10 juin, ces catastrophes naturelles ont fait 12 morts et 45 disparus, tandis que des habitants de la province du Gyeongsang du Sud ont dénoncé un manque de coordination entre les autorités locales et l’État.
Les tensions ont été exacerbées par des déclarations contradictoires de Park Won-soon, maire de Séoul et membre influent du parti, qui a qualifié les résultats des élections locales de « désastre politique » lors d’une conférence de presse le 15 juin. « Les pertes dans les grandes villes comme Séoul et Busan sont inacceptables, surtout après les promesses de campagne de Lee Jae-myung sur la revitalisation urbaine », a-t-il déclaré, ajoutant que ces échecs remettent en cause la crédibilité du gouvernement. Ces critiques ont été reprises par des députés d’opposition au sein même du PDK, dont Cho Deok-jin, président du groupe parlementaire démocrate, qui a exigé une « autopsie » des stratégies électorales lors d’une session du Parlement national le 16 juin.
Un système électoral révolutionnaire pour briser les factions internes
Jeong Cheong-rae a détaillé les mécanismes du nouveau système « une personne, une voix » (« 1인 1표제 »), qui sera appliqué pour la première fois lors du congrès du 17 août. Selon les statuts provisionnels du parti, publiés le 14 juin par le secrétariat général du PDK, ce dispositif attribuera un poids égal aux votes des 545 membres du comité central et des 3,2 millions de membres ordinaires du parti, contre un système antérieur où les députés avaient un poids décisionnel disproportionné. « Les factions traditionnelles, comme celles de Kim Young-ju ou Kim Byung-joon, ne pourront plus imposer leurs candidats sans l’aval des bases », a expliqué Jeong Cheong-rae, soulignant que ce changement vise à « démocratiser la sélection des dirigeants ».
Cette réforme s’appuie sur des propositions formulées dès 2025 par une commission spéciale créée sous l’impulsion de Lee Jae-myung, alors président du parti. Dans un rapport de 87 pages, rendu public le 5 mars 2025, cette commission avait recommandé l’adoption d’un système de vote électronique pour les membres, afin de « réduire les risques de fraude et de clientélisme ». Cependant, des résistances ont émergé parmi les anciens cadres du parti, dont certains, comme Lee Jung-ho, ancien secrétaire général, ont estimé lors d’un entretien avec MBC News (12 juin 2026) que cette mesure « marginaliserait les députés expérimentés au profit d’une base mal informée ».

Pour contrecarrer ces critiques, Jeong Cheong-rae a annoncé que le parti organisera, dès le 1er juillet, une campagne d’information nationale visant à expliquer les enjeux du nouveau système. « Nous allons former des ambassadeurs démocratiques dans chaque région pour répondre aux questions des membres », a-t-il précisé, citant des exemples de partis étrangers comme le Parti travailliste britannique, qui utilise des plateformes similaires depuis 2018. Selon un sondage réalisé par Gallup Korea et publié le 13 juin, 62 % des membres du PDK se déclarent favorables à cette réforme, contre 28 % qui y voient un risque de « chaos organisationnel ».
« Les députés ne seront plus sous la coupe des chefs de faction et pourront déterminer leur avenir politique en fonction des évaluations des membres. »
— Jeong Cheong-rae, chef du Parti démocrate, 17 juin 2026
Ce système, déjà testé lors d’élections internes en 2024 dans la province du Chungcheong du Nord, avait alors permis à un candidat soutenu par les membres de base de l’emporter contre un député traditionnel, un événement perçu comme un « séisme politique » par JoongAng Ilbo. Cependant, des irrégularités avaient été signalées, notamment des cas de double inscription de membres dans plusieurs circonscriptions, un problème que le parti compte régler via une vérification biométrique obligatoire pour les votants en août.
Contexte : pourquoi ce changement est-il historique pour le PDK ?
Le Parti démocrate de Corée, fondé en 1990 après la chute du régime autoritaire, a toujours été marqué par des luttes de pouvoir entre factions, un héritage des divisions idéologiques de l’ère Roh Moo-hyun (2003–2008). Sous la présidence de Lee Myung-bak (2008–2013), le parti avait été scindé en deux courants : les « réformistes », proches de l’ancien président Roh, et les « conservateurs modérés », favorables à une alliance avec le Parti du Pouvoir du Peuple. Ces tensions avaient conduit à la création du Parti démocrate unifié en 2014, avant sa dissolution en 2020.
Depuis l’élection de Moon Jae-in en 2017, le parti a tenté de moderniser ses structures, notamment en adoptant des primaires ouvertes pour la désignation des candidats aux élections législatives de 2020. Cependant, ces réformes avaient été critiquées pour leur manque de transparence, certains observateurs, comme le professeur Kim Sang-joong de l’Université nationale de Séoul, soulignant dans une interview à Korea Herald (2021) que « les factions continuent d’influencer les résultats via des réseaux informels ».

Le système « une personne, une voix » s’inscrit dans une tendance plus large de démocratisation interne observée dans les partis asiatiques. En Indonésie, le Parti démocrate a adopté un système similaire en 2022, réduisant l’influence des oligarques locaux. En Japon, le Parti libéral-démocrate a introduit des quotas de vote pour les membres de base en 2019, bien que ces mesures aient été moins radicales. En Corée du Sud, cette réforme pourrait avoir des répercussions majeures, car le PDK reste le seul parti à gouvernance nationale capable de rivaliser avec le Parti du Pouvoir du Peuple (PPP) de Yoon Suk-yeol.
Réactions des factions et des alliés : entre soutien et scepticisme
Les réactions au sein du parti sont mitigées. Kim Young-ju, président du Conseil des politiques du PDK et figure historique du courant « progressiste », a salué la réforme lors d’une réunion avec des journalistes le 18 juin, tout en appelant à des « garde-fous » pour éviter une « prise de pouvoir par les extrêmes ». « Si les membres de base ne sont pas correctement informés, nous risquons de voir émerger des candidats populistes », a-t-il averti, faisant référence aux mouvements de protestation récents contre les politiques économiques de Lee Jae-myung.
À l’inverse, Kim Byung-joon, député et leader de la faction « centristes », a exprimé des réserves lors d’une interview à Donga Ilbo le 19 juin. « Cette réforme ignore le fait que les députés ont une expertise que les membres ordinaires n’ont pas », a-t-il argumenté, ajoutant que le parti pourrait « perdre en cohésion » si les décisions sont prises par des votes majoritaires non éclairés. Pour étayer ses propos, il a cité un cas récent où une proposition de loi sur la réforme du système éducatif, soutenue par les députés, avait été rejetée lors d’un vote en ligne des membres.
Les syndicats et organisations de la société civile, traditionnellement alliés au PDK, ont quant à eux exprimé leur soutien. La Fédération des syndicats coréens (FKTU) a publié un communiqué le 18 juin, saluant une « avancée démocratique majeure », tandis que le Centre pour les droits humains de Corée (HRC) a appelé à une « supervision indépendante » du processus électoral pour éviter les biais. « Nous exigeons que les observateurs internationaux, comme ceux de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), soient présents lors du congrès », a déclaré Lee Mi-young, directrice du HRC, lors d’une conférence de presse.
Impact sur les élections législatives de 2028 : un enjeu majeur
Les conséquences de cette réforme pourraient se faire sentir bien au-delà du congrès d’août. Selon des analystes politiques interrogés par Yonhap News, le nouveau système pourrait accélérer le turnover des députés en permettant aux membres de sanctionner les élus peu performants. « Les députés qui ne correspondent pas aux attentes des bases pourraient être exclus du comité central dès 2027 », a estimé Park Jong-sik, professeur à l’Institut des études politiques de Séoul, ajoutant que cela « forcerait le parti à se renouveler ».

Cette dynamique pourrait également affecter la stratégie du PDK pour les élections législatives de 2028. Actuellement, le parti compte 164 députés sur 300, une majorité fragile que Lee Jae-myung cherche à consolider. Cependant, des rumeurs persistent sur des désaccords internes concernant la désignation des candidats dans des circonscriptions clés, comme Busan ou Daegu, où le PPP a renforcé son emprise depuis 2022. « Si le système « une personne, une voix » est appliqué aux primaires de 2027, nous pourrions voir des candidats inattendus émerger, y compris des figures issues de la société civile », a déclaré Choi Jae-sung, analyste au Korea Institute for National Unification, lors d’un webinaire organisé le 20 juin.
Par ailleurs, cette réforme soulève des questions sur la stabilité du gouvernement Lee Jae-myung. Alors que le président affronte une baisse de popularité (à 42 % selon un sondage Realmeter du 15 juin), certains observateurs, comme Shin Beom-chul, directeur du Centre de recherche sur les partis politiques, craignent que les divisions internes ne profitent au PPP. « Yoon Suk-yeol pourrait exploiter ces tensions pour présenter le PDK comme un parti divisé et inefficace », a-t-il averti dans une tribune publiée par Hankyoreh le 19 juin.
Prochaines étapes : comment se déroulera le congrès du 17 août ?
D’ici au congrès, plusieurs étapes clés sont prévues. D’abord, une période de consultation du 1er au 15 juillet, durant laquelle les membres pourront poser des questions via une plateforme dédiée. Ensuite, une phase de vote électronique du 16 au 18 juillet, où les candidats aux postes de président du parti et de secrétaire général seront désignés. Enfin, le congrès officiel du 17 août, où les nouveaux statuts seront adoptés à la majorité des deux tiers.
Cependant, des obstacles logistiques subsistent. Le parti doit encore résoudre le problème des membres inactifs : selon un rapport interne, 1,2 million de membres (soit 37 % du total) n’ont pas voté lors des dernières élections internes en 2024. Pour les inciter à participer, le PDK a annoncé des incitations matérielles, comme des réductions sur les abonnements aux transports en commun pour les votants. « Nous allons aussi organiser des débats télévisés entre les candidats, comme lors des primaires américaines », a précisé un porte-parole du parti, sous couvert d’anonymat, lors d’une conférence de téléphone avec des journalistes le 20 juin.
Enfin, la question de la sécurité lors du congrès reste un sujet sensible. Après les manifestations violentes qui ont entouré le congrès du PPP en 2025, où des affrontements entre militants et forces de l’ordre avaient fait 18 blessés, les autorités ont renforcé la présence policière dans les locaux du parti à Séoul. Le Bureau de la sécurité nationale a confirmé à Yonhap News le 20 juin que des unités anti-émeutes seraient déployées, tandis que des scanners biométriques seront installés à l’entrée pour éviter les intrusions.
Alors que le compte à rebours est lancé, une chose est sûre : le congrès du 17 août ne se contentera pas d’adopter une réforme électorale. Il pourrait bien redéfinir l’avenir du Parti démocrate de Corée, et avec lui, le paysage politique sud-coréen.
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