Le mardi 23 juin 2026, des militants du parti Jamaat-e-Islami ont agressé plusieurs journalistes lors d’une manifestation à Dhanmondi, à Dhaka. Les agresseurs ont qualifié les reporters de « complices » de l’ancien parti au pouvoir, l’Awami League. Cet incident a provoqué une vague de condamnations et l’ouverture d’une enquête interne au sein du parti.
L’agression des journalistes à Dhanmondi
La situation a dégénéré mardi matin près de Dhanmondi 32, alors que des membres du Jamaat-e-Islami organisaient un cortège pour marquer le 77e anniversaire de la fondation de l’Awami League, un parti désormais interdit. Selon les témoignages recueillis sur place, des membres du parti ont commencé à apostropher des journalistes présents, les traitant de « complices » de l’Awami League.

Parmi les victimes figure Mahফুজur Rahman শিশির, journaliste pour le quotidien Daily Shakal, qui a été physiquement pris à partie. Des témoins ont rapporté que les militants ont saisi le col de sa chemise avant de le frapper à coups de poing et de pied alors qu’il était au sol. Selon les informations rapportées par bd-pratidin.com, d’autres professionnels des médias, dont des membres de Jamuna Television et de Kalbela, ont également été la cible d’agressions. Au total, environ 20 à 25 journalistes auraient été pris pour cible lors de cet événement.
Le quartier de Dhanmondi 32, historiquement significatif en raison de la résidence de Sheikh Mujibur Rahman, est devenu le théâtre de tensions politiques accrues depuis le changement de régime. La présence de journalistes sur les lieux visait à couvrir la manifestation du Jamaat-e-Islami contre les activités résiduelles des partisans de l’Awami League, un parti dont les activités politiques ont été restreintes dans le cadre des récentes transitions institutionnelles au Bangladesh.
Réactions politiques et condamnation de la violence
La réponse des organisations politiques ne s’est pas fait attendre. Le Jatiyatabadi Chhatra Dal a exprimé son indignation par le biais d’une déclaration commune de ses dirigeants, Rakibul Islam Rakib et Nasir Uddin Nasir. Ils ont qualifié ces actes de « barbares » et ont souligné que le harcèlement des journalistes est incompatible avec une société démocratique.

Le Chhatra Dal a soutenu que cette violence démontre une intolérance profonde envers les opinions divergentes, affirmant que le Jamaat-e-Islami cherche à instaurer un climat de peur. Parallèlement, des actions de protestation ont été organisées ailleurs dans le pays, notamment à Joypurhat, où le Jamaat-e-Islami local a tenu des manifestations pour marquer son opposition aux activités de l’Awami League.
Au-delà des cercles politiques, la presse bangladaise a réagi avec une vive inquiétude. Diverses associations de journalistes ont rappelé que le droit à l’information est garanti par les principes constitutionnels du pays et que le ciblage délibéré des reporters constitue une entrave grave au pluralisme médiatique. Dans le contexte actuel de polarisation, ces incidents soulèvent des questions sur la sécurité des journalistes travaillant sur le terrain dans des zones où les manifestants partisans exercent un contrôle de fait sur l’espace public.
Enquête interne et promesses de mesures disciplinaires
Face à la controverse, la direction du Jamaat-e-Islami a tenté de tempérer les tensions. Dans un communiqué publié par The Daily Campus, Muhammad Delwar Hossain, secrétaire adjoint du parti pour la zone sud de Dhaka, a présenté ses excuses tout en annonçant la création d’une commission d’enquête.

« Nous sommes profondément attachés à la liberté de la presse et déterminés à assurer la sécurité des journalistes. Si des membres de notre organisation sont impliqués dans ces incidents, des mesures disciplinaires et légales seront prises sur la base de preuves concrètes. » Muhammad Delwar Hossain, secrétaire adjoint du Jamaat-e-Islami pour Dhaka sud.
Le parti a nommé le professeur Nur Nabi Manik pour diriger un comité de trois membres chargé de faire la lumière sur ces événements. Ce comité a reçu pour instruction de soumettre son rapport d’investigation dès le lendemain, le mercredi 24 juin. Le parti a également précisé que ses investigations visent à déterminer si des éléments extérieurs auraient pu infiltrer la manifestation pour provoquer ces incidents, une thèse avancée par certains responsables locaux pour expliquer la brutalité des agressions.
La pratique d’ouvrir des enquêtes internes est courante au sein des organisations politiques bangladaises lors de débordements publics majeurs. Toutefois, l’efficacité de ces commissions dépend souvent de la transparence du processus et de la volonté des autorités de collaborer avec les forces de l’ordre pour identifier les responsables individuels. À ce stade, la police locale n’a pas encore rendu public un rapport complet sur les suites judiciaires de ces agressions, bien que les plaintes déposées par les victimes et les enregistrements vidéo de la scène soient des éléments clés pour les futures procédures.
L’incident de Dhanmondi souligne une fragilité persistante dans l’exercice du journalisme au Bangladesh, où les professionnels des médias se retrouvent souvent pris en étau lors de manifestations opposant des factions politiques rivales. Les enjeux de sécurité pour les reporters restent au cœur des préoccupations des syndicats de journalistes, qui exigent des garanties de protection lors de la couverture d’événements à haut risque.
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